{"id":779,"date":"2023-02-17T11:32:26","date_gmt":"2023-02-17T10:32:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=779"},"modified":"2023-12-15T16:01:10","modified_gmt":"2023-12-15T15:01:10","slug":"marie-paule-berranger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=779","title":{"rendered":"Marie-Paule Berranger"},"content":{"rendered":"\n\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Flotter sur la bourrasque\u00a0\u00bb<br \/>\nLettres d&rsquo;amour et de guerre.<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\u00ab\u00a0En d\u00e9finitive j&rsquo;aime, je subis, je fais l&rsquo;amour.<br \/>\nJe ne le discute pas.\u00a0\u00bb\n<p><em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste n\u00b012<\/em>, 15 d\u00e9cembre 1929<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Ma ch\u00e9rie je pense \u00e0 toi sans cesse. Nos ann\u00e9es s&rsquo;\u00e9coulent en ce moment et nous sommes \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 il ne faut plus perdre de temps. Mais il faut avoir confiance dans notre \u00e9toile, garder son \u00e9quilibre, flotter sur la bourrasque<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>La bourrasque mentionn\u00e9e dans cette lettre dat\u00e9e du 9 octobre 1939 est celle de la guerre, sans aucun doute, mais tout autant des naufrages et \u00e9cueils de l&rsquo;amour, amours temp\u00e9tueuses d&rsquo;un po\u00e8te libre avec une femme \u00e9mancip\u00e9e des contraintes morales de son temps. La correspondance avec Youki, seulement partiellement publi\u00e9e dans des ouvrages aujourd&rsquo;hui difficiles \u00e0 trouver, reste \u00e0 d\u00e9couvrir pour beaucoup de lecteurs du po\u00e8te\u00a0: il sera principalement question d&rsquo;elle ici.<\/p>\n<p>Elle est constitu\u00e9e des lettres \u00e9chang\u00e9es par le couple que forment Youki (Lucie Badoud) et Robert de 1928<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a> \u00e0 1945 -et l&rsquo;on pourrait dire bien au-del\u00e0 de la mort de Desnos. J&rsquo;ai associ\u00e9 \u00e0 ce corpus d&rsquo;autres \u00e9changes\u00a0: sans m&rsquo;attarder sur ceux des longues ann\u00e9es d&rsquo;amour non partag\u00e9 avec Yvonne Georges, qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s et \u00e9tudi\u00e9s<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>, je me suis plut\u00f4t arr\u00eat\u00e9e sur les lettres de Robert aux passantes qui parfois deviennent des amies du couple Desnos-Youki<\/p>\n<p>Il faut avouer que ces lettres justifient mal la curiosit\u00e9 un peu malsaine du chercheur pour les \u00e9crits priv\u00e9s par un propos m\u00e9tapo\u00e9tique qui les constituerait en \u00ab laboratoire de l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, m\u00eame si ces sujets peuvent \u00eatre exceptionnellement abord\u00e9s dans les lettres \u00e0 Youki, en quelques paragraphes synth\u00e9tiques dignes de figurer parmi les \u00ab R\u00e9flexions sur la po\u00e9sie \u00bb comme la tr\u00e8s belle lettre \u00e0 Eluard cit\u00e9e ici par Silvia Ferrari. On ne verra pas ici l&rsquo;\u00e9pistolier peaufiner son image de po\u00e8te inspir\u00e9, de \u00ab proph\u00e8te \u00bb du surr\u00e9alisme, ni appr\u00eater l&rsquo;histoire de son \u0153uvre pour la post\u00e9rit\u00e9. Le caract\u00e8re quotidien,\u00a0 spontan\u00e9\u00a0 et lib\u00e9r\u00e9 du souci de l&rsquo;image publique<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a> manifeste dans la correspondance amoureuse \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat brut ce que nous aimons retrouver chez Desnos, son impulsivit\u00e9, une fa\u00e7on de se jeter dans le pr\u00e9sent sans r\u00e9serve et d&rsquo;\u00eatre fid\u00e8le, quoi qu&rsquo;il lui en co\u00fbte, \u00e0 la boussole de sa vie, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il se fait de l&rsquo;amour et de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir dessin\u00e9 les contours du corpus j&rsquo;\u00e9voquerai quelques-unes des destinataires de Desnos, moins \u00e0 partir de ses lettres \u00e0 lui (des billets souvent tr\u00e8s courts et factuels) que de leurs lettres \u00e0 elles, pour faire sortir de l&rsquo;ombre quelques-unes de ces passantes qui ne manquaient pas de personnalit\u00e9 ni de plume, et qui r\u00e9fractent dans leurs lettres des images moins connues du po\u00e8te. L&rsquo;une surtout, Claude Cahun, dont on m\u00e9conna\u00eet souvent la relation \u00e0 Robert Desnos. Je terminerai mon propos par les myst\u00e8res du quotidien et l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;amour pour laisser \u00e0 l&rsquo;amour de Desnos pour\u00a0 la \u00ab\u00a0sir\u00e8ne\u00a0\u00bb, Youki,\u00a0 le dernier mot.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Corpus delicti<\/h3>\n<p>Les correspondances de Robert Desnos forment un socle de documents pr\u00e9cieux pour le biographe soucieux de comprendre selon les \u00e9poques quels milieux il fr\u00e9quente, de dater ses d\u00e9placements, de suivre ses tribulations \u00e9ditoriales et financi\u00e8res, ses affectations militaires en 1939-1940, jusqu&rsquo;au p\u00e9riple tragique dans les camps, de Royallieu jusqu&rsquo;\u00e0 Terezin. Elles ont \u00e9t\u00e9 explor\u00e9es par Marie-Claire Dumas<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a> que nous remercions ici de ses tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reuses informations, puis par Anne Egger<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a> qui en cite un grand nombre dans sa biographie. Beaucoup sont r\u00e9unies \u00e0 la Biblioth\u00e8que Litt\u00e9raire Jacques Doucet [d\u00e9sormais BLJD], dans deux volumineux classeurs, aux c\u00f4t\u00e9s de lettres \u00e9chang\u00e9es par Robert et par Youki avec de multiples destinataires et relations. Certaines ont \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9es dans des catalogues de vente, notamment en 2017 lors de la vente de Saint-Val\u00e9ry-en-Caux. Le fonds Desnos de la BLJD, \u00a0la gazette Drouot en ligne et certains catalogues de collections priv\u00e9es et de vente<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>, m&rsquo;ont permis de rencontrer quelques-unes des femmes qui croisent la route du po\u00e8te et ont continu\u00e9 de l&rsquo;accompagner, pour certaines fort longtemps.<\/p>\n<p>Les reines de coeur nous sont mieux connues, Yvonne George et Youki ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es dans la po\u00e9sie de Desnos comme un duo mythique, l&rsquo;initiale de leur pr\u00e9nom, Y, \u00a0fournissant l&#8217;embl\u00e8me de leur dualit\u00e9 : un chemin unique qui bifurque, ou \u00e0 l&rsquo;inverse, deux lignes \u00e9loign\u00e9es l&rsquo;une de l&rsquo;autre qui convergent en une ligne de vie unique. Les lettres que Desnos adresse \u00e0 Youki, loin de se limiter \u00e0 des billets factuels, comportent souvent plusieurs pages ou sont \u00e9crites d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s dense quand il s&rsquo;agit des cartes-lettres de la p\u00e9riode de la seconde guerre mondiale au format restreint. \u00a0Certaines d&rsquo;entre elles, destin\u00e9es \u00e0 Youki, sont illustr\u00e9es de croquis, graffiti et petits dessins expressifs, parfois proches de la bande dessin\u00e9e. On y retrouve des motifs r\u00e9currents apparus \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des sommeils hypnotiques, comme ces grands parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8des que des fen\u00eatres transforment en immeubles [<strong>Figure 1]<\/strong>&#8230; ou, pas si inhabituels chez Desnos, des dessins de guillotine<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a><strong>. <\/strong>D&rsquo;autres sont constell\u00e9es d&rsquo;oiseaux de toutes les couleurs. Le 3\/IX\/30 Desnos envoie \u00e0 Youki, \u00e0 l&rsquo;Imp\u00e9rial h\u00f4tel \u00e0 Tokio, une lettre color\u00e9e de d\u00e9calcomanies\u00a0 [<strong>Figures 2 \u00e0 8]<\/strong>: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai re\u00e7u avec une telle joie ta lettre et ta carte que j&rsquo;ai compris combien ton absence me pesait. Je te sais gr\u00e9 de bien vouloir me dire que la mienne t&rsquo;ennuie un peu [&#8230;]\u00a0\u00bb Mais comment \u00e9gayer la belle destinataire habitu\u00e9e aux dessins de Foujita\u00a0?: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu avec un certain contentement que l&rsquo;art de la d\u00e9calcomanie ne tombait pas tout \u00e0 fait en d\u00e9su\u00e9tude<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a>.\u00a0\u00bb Comme on le voit, les vignettes color\u00e9es sont d&rsquo;abord d\u00e9pos\u00e9es sur la feuille, puis la graphie s&rsquo;abandonne au fil de la lettre au flux narratif improvis\u00e9 sur un mode oral que la main suit comme elle peut\u00a0; l&rsquo;\u00e9criture se d\u00e9fait et se faufile dans les blancs.<\/p>\n<p>Convenons-en, les lettres de Desnos manifestent un penchant \u00e9trange pour les amours non partag\u00e9es\u00a0et les rendez-vous manqu\u00e9s : ainsi la correspondance avec Yvonne George, qui l&rsquo;assaille de demandes, de protestations d&rsquo;amiti\u00e9. Si elle a des liaisons bisexuelles, elle n&rsquo;entretient pas de relation physique avec lui et le traite avec une imp\u00e9rieuse exigence en \u00e9ternel soupirant, dont elle attend qu&rsquo;il soit toujours pr\u00eat \u00e0 voler \u00e0 son secours.\u00a0 Cette posture que Marie-Claire Dumas qualifie de \u00ab\u00a0chevalier servant\u00a0\u00bb, mod\u00e9lise le rapport qui s&rsquo;\u00e9tablit avec les deux attachements majeurs de sa vie.\u00a0 En revanche, la correspondance avec Lucy Schwob plus connue sous le nom de Claude Cahun montre qu&rsquo;elle \u00e9prouve d&#8217;embl\u00e9e pour Robert un v\u00e9ritable coup de foudre<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\">[10]<\/a>, que la r\u00e9serve de Desnos transforme en une relation amicale de couple \u00e0 couple\u00a0: Suzanne Malherbe et Claude Cahun\/ Desnos et Youki.\u00a0 Plusieurs autres femmes font leur apparition dans les correspondances de Desnos\u00a0: br\u00e8ves liaisons avec des jeunes femmes aux trajectoires singuli\u00e8res, souvent tragiques et, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, tout aussi r\u00e9v\u00e9latrices. Le sc\u00e9nario de rencontre comporte peu de variantes\u00a0: dans une de ces f\u00eates qui finissent parfois en sexe sans lendemain, beuverie avec ou sans bagarres et gueule de bois les jours suivants, un ami (Henri Jeanson, Andr\u00e9 Thirion, Marcel Noll ou d&rsquo;autres) pr\u00e9sente \u00e0 Robert une jeune femme dont ce dernier devient le confident et bient\u00f4t l&rsquo;ami intime, parfois l&rsquo;amant. Des passantes, dans la vie de Desnos, il y en eut plusieurs mais rares sont celles dont il partage la vie quelques semaines ou qui laissent leur trace dans un po\u00e8me ou par quelques lettres et billets\u00a0:\u00a0 c&rsquo;est le cas de Th\u00e9r\u00e8se Treize, Florence Pitron, Lilian Lambretch, et Denise &#8230;. Montrobert<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[11]<\/a> .<\/p>\n<p>Je n&rsquo;\u00e9voquerai pas Pearl White, puisque si Desnos en parle dans\u00a0 sa critique cin\u00e9matographique sur les Myst\u00e8res de New York<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\">[12]<\/a>, je n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 d&rsquo;\u00e9change de lettres pour en t\u00e9moigner\u00a0; si relation il y eut, elle fut \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et sans esprit de suite\u00a0; elle est cependant sugg\u00e9r\u00e9e, non attest\u00e9e, par une d\u00e9dicace et des initiales sur une photographie gliss\u00e9e dans un livre. On a aussi la trace en quelques lettres du passage dans sa vie de Bessie de Saussure, chanteuse m\u00e9tis dont Youki lui \u00e9crit franchement qu&rsquo;elle ne l&rsquo;aime pas et qu&rsquo;il doit venir sans elle au rendez-vous qu&rsquo;elle lui fixe<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\">[13]<\/a>. Je laisse de c\u00f4t\u00e9 des coups de c\u0153ur, comme celui qu&rsquo;il \u00e9prouve pour Denise L\u00e9vy. Cette attraction laisse certes des traces dans les d\u00e9dicaces, mais pas dans les correspondances que j&rsquo;ai pu voir. Les correspondances que Desnos puis Desnos et Youki entretiennent avec Bianca Makl\u00e8s, la premi\u00e8re femme de Th\u00e9odore Fraenkel,\u00a0 et avec sa deuxi\u00e8me femme, Guita (ou Ghita dans certaines lettres de Robert), tr\u00e8s fid\u00e8le refuge pour Robert et Youki, ou encore avec Camille George, Lise Deharme, entre bien d&rsquo;autres, sont laiss\u00e9es ici de c\u00f4t\u00e9\u00a0: elles sont de nature diff\u00e9rente, inscrites dans de solides amiti\u00e9s de couples, quasi familiales, et la plupart du temps laconiques et factuelles, li\u00e9es aux rendez-vous et visites fr\u00e9quentes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Th\u00e9rapeute et thaumaturge\u00a0? Billets de commerce illicite, conseils de sant\u00e9 mentale.<\/h3>\n<p>Les relations \u00e9pistolaires, si discr\u00e8tes qu&rsquo;elles soient avec les passantes de sa vie montrent que les liaisons et relations f\u00e9minines de Robert sont li\u00e9es aux r\u00e9seaux de la f\u00eate dans les milieux artistes qu&rsquo;il fr\u00e9quente, de Montparnasse \u00e0 Neuilly.\u00a0Ses conqu\u00eates, souvent mod\u00e8les de ses amis peintres, vivent de leurs charmes\u00a0; jolies et ambitieuses, elles ne manquent ni d&rsquo;intelligence, ni d&rsquo;humour, mais pragmatiques, sont \u00ab\u00a0mont\u00e9es \u00e0 Paris\u00a0\u00bb pour \u00e9changer la vie au foyer, qu&rsquo;on leur pr\u00e9sente comme l&rsquo;accomplissement de toute femme, contre la libert\u00e9 tant physique que morale. C&rsquo;est le cas d&rsquo;Yvonne, de Youki, de Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n<p>Dans ces lettres o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;entend \u00e0 demi-mot, la consommation d&rsquo;opium, de laudanum, de coca\u00efne est \u00e0 peine voil\u00e9e. Un po\u00e8me de 1919<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a>, \u00ab\u00a0Ode \u00e0 Coco\u00a0\u00bb, sous le masque du\u00a0 perroquet ne cache pas l&rsquo;allusion \u00e0 la poudre. Le mot \u00ab\u00a0Coco\u00a0\u00bb revient \u00e0 la fin d&rsquo;une lettre \u00e0 Denise Montrobert, comme un petit nom amoureux mais on accordera que cette signature est d&rsquo;un humour grin\u00e7ant parmi les billets de demande \u00ab\u00a0d&rsquo;aide\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>Ne m&rsquo;en veux pas ch\u00e9rie. Je m\u00e8ne une vie impossible en ce moment&#8230; complications, ennuis, travail, etc&#8230;<br \/>\nJe ne sais pas \u00e0 quelle heure j&rsquo;arriverai.<br \/>\nPardonne-moi si j&rsquo;arrive trop tard et, en tous cas, veux-tu venir mercredi\u00a0? A la m\u00eame heure. Je ferai l&rsquo;impossible pour \u00eatre l\u00e0.<br \/>\nCoco.<\/blockquote>\n<p>\u00c0 Youki, Desnos parle ouvertement de leur consommation d&rsquo;\u00e9ther, mais semble n&rsquo;y voir qu&rsquo;un d\u00e9rivatif ; il craint avant tout qu&rsquo;elle ne c\u00e8de \u00e0 d&rsquo;autres addictions, celles qui ont perdu Yvonne George. Ainsi le 3 septembre 1930<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\">[15]<\/a>, dans une lettre o\u00f9 la d\u00e9gradation de l&rsquo;\u00e9criture au fil des pages rappelle celle de quelques mots not\u00e9s sous hypnose :<\/p>\n<blockquote><p>ma ch\u00e9rie, j&rsquo;ai re\u00e7u avec une telle joie ta lettre et ta carte que j&rsquo;ai compris combien ton absence me pesait. [&#8230;] Le d\u00eener chez Jeanson fut sans histoire et je rentrai chez moi utiliser ce qui restait de notre bouteille. Inutile de dire qu&rsquo;il n&rsquo;en reste plus. Le plus beau est que, persuad\u00e9 que je ne sentais rien, je promenais mon visage innocent et des effluves asphyxiantes \u00e0 travers mes amis constern\u00e9s. J&rsquo;ai eu beau leur dire que je sentais l&rsquo;essence de Bergamote ils n&rsquo;ont pas eu l&rsquo;air de me croire.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le bon vin lui apparait comme un excellent antidote, mais il lui adresse quand m\u00eame des recommandations sur la quantit\u00e9 &#8211; \u00ab\u00a0surtout ne bois pas trop\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Les \u00e9changes avec Th\u00e9r\u00e8se, Lilian Lambrecht et Denise Montrobert comme la correspondance abondante d&rsquo;Yvonne George contiennent beaucoup de billets allusifs, elliptiques, des demandes d&rsquo;aide et de rendez-vous parmi de longues lettres o\u00f9 elles d\u00e9taillent leurs sympt\u00f4mes, les traitements qu&rsquo;elles re\u00e7oivent, leur \u00e9tat de manque, manque de drogue, manque d&rsquo;amour. Il est celui qu&rsquo;on appelle dans l&rsquo;urgence, qui conseille ou \u00e9crit aux avocats quand des poursuites sont engag\u00e9es, quand un scandale d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Les lettres de Desnos \u00e0 Yvonne sont les plus longues, \u00e0 la proportion de son amour et de sa souffrance..<\/p>\n<p>Robert fait fonction de pourvoyeur ou de thaumaturge\u00a0: il sollicite les r\u00e9seaux, livre le \u00ab\u00a0paquet\u00a0\u00bb attendu dans des endroits convenus, rassure et sollicite les amis m\u00e9decins, Th\u00e9odore Fraenkel, et Gaston Ferdi\u00e8re notamment. Les lettres de ses amies parlent des douleurs de l&rsquo;addiction, de la maladie sur le registre de la plainte mais aussi de l&rsquo;humour\u00a0; dans le cas de Denise, l&rsquo;amour est aussi v\u00e9cu comme une addiction qui expose aux souffrances du manque. Sensible \u00e0 la souffrance de chacune, il r\u00e9pond aux appels sans faire de sermon, sans se laisser dissuader par les risques d&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9, mais en profite pour donner des conseils d&rsquo;hygi\u00e8ne mentale, pr\u00f4nant les activit\u00e9s sportives, la marche et la gymnastique, les sorties avec des amis -tous rem\u00e8des \u00e0 la d\u00e9pression ou aux tentations dangereuses qu&rsquo;il semble s&rsquo;appliquer \u00e0 lui-m\u00eame. Instruit par la relation qu&rsquo;il a entretenue avec Yvonne George, la plupart du temps il se prot\u00e8ge et si ses conseils en faveur de la vie ne suffisent pas, il passe le relai au \u00ab\u00a0bon Docteur\u00a0\u00bb\u00a0: Th\u00e9odore Fraenkel<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\">[16]<\/a>, bien souvent embarqu\u00e9 dans ces actions de sauvetage, se trouve charg\u00e9 de sortir Yvonne de l&rsquo;addiction, de l&rsquo;adresser aux cliniques adapt\u00e9es \u00e0 son cas, d&rsquo;att\u00e9nuer l&rsquo;effet de sevrage, de lui donner des m\u00e9dicaments de substitution, de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la compatibilit\u00e9 de ceux-ci avec la tuberculose dont elle va bient\u00f4t mourir. L&rsquo;exp\u00e9rience de la d\u00e9gradation de la sant\u00e9 et des souffrances d&rsquo;Yvonne George, reste un souvenir omnipr\u00e9sent et douloureux. Leurs \u00e9changes montrent qu&rsquo;il la secourt r\u00e9guli\u00e8rement quand elle est en rupture de stock, devient l&rsquo;ami indispensable qui veille sur sa vie, sur son approvisionnement en cas de crise, lui \u00e9vitant les al\u00e9as des r\u00e9seaux de revente. Ces relations qui lui inspireront un roman \u00e0 cl\u00e9 transparent, <em>Le Vin est tir\u00e9<\/em>, forment le socle commun\u00a0des amantes de passage, avec en toile de fond le milieu des artistes, m\u00e9c\u00e8nes, h\u00e9ritiers d\u00e9class\u00e9s, f\u00eatards et marginaux de toutes sortes<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\">[17]<\/a>. Plusieurs de ses amies traversent des p\u00e9riodes tragiques\u00a0: c&rsquo;est le cas de Th\u00e9r\u00e8se \u00ab\u00a0Treize\u00a0\u00bb, une de ses plus anciennes liaisons.<\/p>\n<p>Th\u00e9r\u00e8se Maure, n\u00e9e en 1900, \u00e9cume les soir\u00e9es de Montparnasse aux c\u00f4t\u00e9 de Kiki, sa grande amie. Robert l&rsquo;a rencontr\u00e9e en 1922. Comme Kiki et beaucoup d&rsquo;autres jeunes femmes, elle gagne sa vie comme mod\u00e8le et propose des cours de gymnastique \u00e0 domicile<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\">[18]<\/a>, quoi qu&rsquo;on appelle ainsi. Son pseudonyme lui aurait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par le po\u00e8te, qu&rsquo;on sait sensible aux paronomases et jeux d&rsquo;homophones. Il a v\u00e9cu assez bri\u00e8vement chez elle en 1924, comme en t\u00e9moigne un billet tardif o\u00f9 elle lui demande le 10 juin 1927<a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\">[19]<\/a> de venir r\u00e9cup\u00e9rer ses affaires et son fauteuil rest\u00e9s chez elle depuis trois ans. Th\u00e9r\u00e8se a aussi \u00e9t\u00e9 la maitresse de Per Krogh, un peintre, filleul d&rsquo;Edward Munch, dont le nom revient dans les correspondances entre Robert et Youki.\u00a0 C&rsquo;est sous le nom de Th\u00e9r\u00e8se Cano de Castro qu&rsquo;on la retrouve en 1932 apr\u00e8s son mariage avec Manuel, lorsque Youki prend le relai de Desnos dans les \u00e9changes.<\/p>\n<blockquote><p>Lundi 4\/2\/35<\/p>\nBonjour Youki ch\u00e9rie et cher Robert. Bonjour Fraenkel.<br \/>\nJ&rsquo;ai <u>beaucou<\/u>p souffert, maintenant j&rsquo;apprends \u00e0 marcher, comme un enfant. Je vois de nouveau clair. Mais quelle faiblesse\u00a0! Manuel vous dira tout\u00a0! J&rsquo;ai les nerfs \u00e9branl\u00e9s. Je suis plut\u00f4t anxieuse que toximane [sic], c&rsquo;est \u00e0 cela que je dois la faveur de recevoir la visite de Manuel.<br \/>\nBaisers. Th\u00e9r\u00e8se Cano de Castro<\/blockquote>\n<p>Manuel semble moins compr\u00e9hensif que Desnos, mais c&rsquo;est \u00e0 Youki qu&rsquo;elle r\u00e9serve la description de sa solitude, de ses souffrances physiques et psychiques, esquissant aussi une galerie de portraits vivants des intern\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Nous sommes toutes en liquette et camisoles blanches, c&rsquo;est un bel h\u00f4pital. Quand le soir on voit les chemises blanches s&rsquo;envoler vers les lits, on croirait un couvent. Il y a plusieurs jolies filles. Elles sont touchantes \u00e0 voir dans l&rsquo;uniforme. On retombe en enfance ici. Un rien vous amuse\u00a0: les journ\u00e9es sont si longues et mes nuits si terribles. Je les appr\u00e9hende. J&rsquo;ai envie de crier au jour\u00a0: \u00ab\u00a0attends\u00a0!\u00a0\u00bb.<br \/>\nHier soir une jolie petite femme au nez retrouss\u00e9, au casque noir, coiff\u00e9e comme Lucy [<em>C&rsquo;est-\u00e0-dire, selon J.-P. Dutel, avec une frange, comme celle de Lucy Korgh n\u00e9e C\u00e9cile Vidil (1891-1977<\/em>)] nous a chant\u00e9 des chansons poisses\u00a0; une autre, genre tonkinoise, chantait tr\u00e8s \u00ab\u00a0Damia\u00a0\u00bb\u00a0; la 3<sup>\u00e8me<\/sup> qui a l&rsquo;air d&rsquo;avoir 14 ans, gazouillait d&rsquo;une voix haute d&rsquo;ange des chansons jamais finies\u00a0; elle a une t\u00eate de fillette et des nattes blond cendr\u00e9.<br \/>\nCette nuit on a emport\u00e9 une femme qui est devenue folle. On lui a pass\u00e9 une combinaison de toile et on l&rsquo;a emmen\u00e9e. Elle se laissait trainer comme une pauvre b\u00eate.<br \/>\nCe matin, il y en avait une qui \u00ab\u00a0ne voulait aller nulle part\u00a0\u00bb. On l&rsquo;a tout de m\u00eame emmen\u00e9e ailleurs, chez les agit\u00e9s\u00a0! Elle bondissait chaque fois qu&rsquo;on ouvrait la porte, on aurait dit un jeu. Tout le monde criait \u00ab\u00a0attention\u00a0\u00bb et vite on fermait la porte et l&rsquo;autre ronchonnait.<br \/>\nIci ce sont les douces toqu\u00e9es, les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, les maladies [sic] du cerveau, et les intoxiqu\u00e9es, je ne suis pas toqu\u00e9e\u00a0! Mais anxieuse\u00a0! C&rsquo;est le mot du Dr lui-m\u00eame. Ah\u00a0! Sacr\u00e9s Pierre\u00a0 et Manuel\u00a0! Mais Manuel est transform\u00e9, il est bon, je crois que nous aurons du travail, nous serons heureux, ce ne sera pas trop t\u00f4t. J&rsquo;ai eu si longtemps le d\u00e9sespoir comme partage, 3 ans, tu as une id\u00e9e ch\u00e8re Youki des distractions de la maison. Ecris-moi -m\u00eame si je n&rsquo;\u00e9cris pas.\nJe vous embrasse tous les 2.<br \/>\nTh\u00e9r\u00e8se<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\">[20]<\/a><\/blockquote>\n<p>Les lettres pass\u00e9es en vente \u00e0 Saint-Val\u00e9ry-en-Caux correspondent aux moments qui\u00a0 pr\u00e9c\u00e8dent ou suivent une crise\u00a0 et \u00a0le m\u00eame sch\u00e9ma se r\u00e9p\u00e8te\u00a0: le m\u00e9decin, ou elle-m\u00eame lorsqu&rsquo;elle sent son \u00e9tat de sant\u00e9 se d\u00e9t\u00e9riorer, demande une hospitalisation, elle informe<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\">[21]<\/a> ensuite qu&rsquo;elle n&rsquo;aura pas droit aux visites, puis pr\u00e9cise les conditions et les horaires de parloir, envisage une sortie surveill\u00e9e. Th\u00e9r\u00e8se est alors devenue l&rsquo;amie de Youki et son professeur de gymnastique\u00a0; elle s&rsquo;adressera plusieurs fois \u00e0 elle au fil des ann\u00e9es trente -notamment dans les longues lettres, comme celle du 24 juillet 1938, qu&rsquo;elle envoie du \u00a0preventorium de St Michel du Val d&rsquo;Ajol\u00a0 \u00e0 Lacaune-les-Bains, o\u00f9 elle \u00e9voque son travail avec des enfants en grande difficult\u00e9 pour lesquels elle a cr\u00e9\u00e9 un groupe de gymnastique et d&rsquo;acrobatie<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\">[22]<\/a>\u00a0 ; elle insiste sur le profit qu&rsquo;elle y trouve, sur la sant\u00e9 revenue, sur l&rsquo;espoir. Mais Th\u00e9r\u00e8se Maure comme jadis Yvonne George conna\u00eet des rechutes, va de la Salp\u00eatri\u00e8re en maisons de convalescence, \u00e0 Ville d&rsquo;Avray<a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\">[23]<\/a> par exemple. Elle t\u00e9moigne du quotidien terrifiant des intern\u00e9es et des privations qui rendent si pr\u00e9cieux les colis de Youki dont elle fait profiter ses camarades d&rsquo;infortune -par g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 mais aussi pour pacifier les relations souvent violentes et se trouver des alli\u00e9es, des \u00ab\u00a0prot\u00e9g\u00e9es\u00a0\u00bb <strong>[Lettres 1 et 2]<\/strong>.<\/p>\n<blockquote>Ma ch\u00e9rie on me soigne tr\u00e8s bien\u00a0! Je souffre\u00a0! Mais il n&rsquo;y a rien \u00e0 y faire\u00a0! On a d&rsquo;ailleurs r\u00e9duit cela au minimum. Tout le personnel est tr\u00e8s humain. Quelle brutalit\u00e9 \u00e0 Henri Roussel<a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\">[24]<\/a> [sic]. C&rsquo;est maintenant que je m&rsquo;en rends compte. Et pour une femme nerveuse comme moi, je crois vraiment qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;aller progressivement et lentement comme on le fait ici. [&#8230;]<br \/>\nEnvoie-moi encore des journaux, je voudrais savoir la fin du proc\u00e8s Schneider, un petit cube de savon de <u>Marseille<\/u>, du sucre, du beurre, des oranges. Ton paquet \u00e9tait \u00e9patant, qui a fait le choix\u00a0?<br \/>\nJe suis tr\u00e8s bien nourrie et pleine de patience. Enfin, il ne me manque que vous et mes chats. J&rsquo;essaie tant que je peux de distraire ma pens\u00e9e.<br \/>\nIl y a une chose qui me distrairait, c&rsquo;est d&rsquo;avoir de la laine layette cr\u00e8me et un crochet. Quand je pourrais, je croch\u00e8terais et cela m&#8217;emp\u00eacherait de penser au mal qui vient doucement, s\u00fbrement vers vous. J&rsquo;aimerais aussi avoir le \u00ab petit \u00e9cho de la mode \u00bb 0fr50 et la \u00ab mode de Paris \u00bb ? 0,70.[&#8230;]<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la fin de la lettre du Mardi 28 d\u00e9cembre [1937] au soir, l&rsquo;humour reprend ses droits, face aux blocages collectifs qui se cristallisent en hauts moments d&rsquo;absurde :<\/p>\n<blockquote><p>[&#8230;] L&rsquo;\u00e9quipe du soir est ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e\u00a0; cela ne veut pas dire que les autres ne soient pas d\u00e9vou\u00e9es\u00a0; elles sont toutes <u>parfaites<\/u> pour moi. Et pourtant elles ont de quoi s&rsquo;\u00e9nerver sans cesse car ici on travaille toujours du chapeau. Le chapeau passe de t\u00eate en t\u00eate, mais toujours il voyage !! Il y a des moments d\u00e9lirants. Ce qui est assez amusant, c&rsquo;est quand tout le monde fait la m\u00eame blague : c&rsquo;est du travail collectif. Tout le monde veut s&rsquo;en aller ou alors personne ne veut plus partir, ou autre chose.<\/p><\/blockquote>\n<p>Hospitalis\u00e9e dans une maison de convalescence au V\u00e9sinet, en 1938, elle s&rsquo;inqui\u00e8te aussi pour sa grande amie Kiki engag\u00e9e sur le m\u00eame chemin. Th\u00e9r\u00e8se continue de transmettre en fin de lettre son salut \u00e0 Desnos. Ce dernier, arriv\u00e9 en Dordogne, en 1940, s&rsquo;enquiert pr\u00e8s de Youki \u00e0 plusieurs reprises de la sant\u00e9 de Th\u00e9r\u00e8se. Elle s\u00e9journe pendant l&rsquo;Occupation \u00e0 Br\u00e9champs, pr\u00e8s de Nogent-le-Roi avec son mari Manuel Cano de Castro, qu&rsquo;il appr\u00e9cie peu mais dont il craint que Th\u00e9r\u00e8se ne finisse par le tuer. De la ferme des parents de Th\u00e9r\u00e8se, Manuel \u00e9crit lui aussi \u00e0 Youki et lui confie combien il s&rsquo;ennuie \u00e0 la campagne, loin de la vie noctambule parisienne, tandis que Th\u00e9r\u00e8se se sent revivre dans les travaux tr\u00e8s physiques de la ferme qui lui permettent de supporter le climat familial catastrophique qu&rsquo;elle d\u00e9crit dans de tr\u00e8s longues lettres conserv\u00e9es \u00e0 la BLJD<a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans la correspondance adress\u00e9e \u00e0 Robert, des billets plus courts portent d&rsquo;autres plaintes, assorties de demandes pressantes, fixent des rendez-vous \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;endroit que tu sais\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0dans notre petite bistro\u00a0\u00bb\u00a0: ils sont \u00e9crits par Lilian Lambrecht et Denise Montrobert. Youki, au dos d&rsquo;une photographie fait de Lilian la fille de l&rsquo;opticien Merovitch. Cependant, Jean-Pierre Dutel a retrouv\u00e9 un \u00ab\u00a0Ferdinand Henry Lambrecht, directeur chez Meyrowitz\u00a0\u00bb qui est, selon toute vraisemblance, son p\u00e8re. Elle est en tout cas d\u00e9sign\u00e9e par Desnos comme sa \u00ab\u00a0fianc\u00e9e\u00a0\u00bb dans une lettre qu&rsquo;il adresse le 5 avril 1929 \u00e0 un avocat de Draguignan, Maitre Miot, pour faire en son nom la demande de d\u00e9paysement d&rsquo;une affaire de justice. La r\u00e9ponse courtoise et dissuasive de l&rsquo;avocat sugg\u00e8re qu&rsquo;il s&rsquo;agissait probablement de poursuites pour d\u00e9tention de drogue et qu&rsquo;il sera plus facile de la sortir d&rsquo;affaire sur place. Ce terme de \u00ab\u00a0fianc\u00e9e\u00a0\u00bb pourrait \u00eatre de pure convention pour justifier son intervention dans la lettre destin\u00e9e \u00e0 un homme de loi, mais on le retrouve dans une lettre de Florence Pitron, comme chez Th\u00e9odore Fraenkel\u00a0: on charge Robert, en fin de lettre, de transmettre amiti\u00e9s ou baisers \u00e0 sa fianc\u00e9e<a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\">[26]<\/a>.\u00a0 N\u00e9anmoins, la carte-lettre non dat\u00e9e que Desnos lui adresse ne t\u00e9moigne pas d&rsquo;une relation passionnelle intense\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Avant de partir, ma ch\u00e8re Lillian je te souhaite ardemment d&rsquo;\u00eatre en meilleure sant\u00e9 \u00e0 mon retour et de te soignez [sic] pour l&rsquo;amiti\u00e9 m\u00eame de Robert Desnos.<\/p>\n<p>Embrasse, je t&rsquo;en prie, Mme Lambrecht pour moi.<\/p><\/blockquote>\n<p>Une autre passante de la vie de Robert le poursuit de d\u00e9clarations passionn\u00e9es. C&rsquo;est Denise Montrobert. Leur correspondance, laconique et rare du c\u00f4t\u00e9 de Robert, s&rsquo;\u00e9tale entre 1929 \u00e0 1933. Une vingtaine de lettres figuraient dans la vente de Saint-Val\u00e9ry en Caux, parmi elles beaucoup de messages minimaux, qui fixent ou annulent un rendez-vous, des pneumatiques<a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\">[27]<\/a> et quelques longues d\u00e9clarations d&rsquo;un amour visiblement non partag\u00e9. Denise, par sa grand-m\u00e8re anarchiste, S\u00e9verine<a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\">[28]<\/a>, vient d&rsquo;une illustre famille militante; journaliste et f\u00e9ministe, elle s&rsquo;est engag\u00e9e dans les luttes politiques antiracistes de gauche qui mobilisent aussi Desnos dans les ann\u00e9es trente\u00a0 et partage avec lui le go\u00fbt de la litt\u00e9rature. Ses lettres, \u00e0 la diff\u00e9rence des autres interlocutrices d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es, montrent qu&rsquo;elle a lu sa po\u00e9sie et, consciente d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 un po\u00e8te,\u00a0fait un effort de style\u00a0dans ses protestations amoureuses, qui vont jusqu&rsquo;\u00e0 un certain mim\u00e9tisme lyrique voire, plus rarement, stylistique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Robert, Appelle-moi bient\u00f4t, enfin quand tu voudras. Tu me hante [sic] d\u00e9testablement, quand je te vois je redeviens moi-m\u00eame. Je ne suis pas perdue corps et bien<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\">[29]<\/a> [sic] . Je le suis quand tu n&rsquo;es pas l\u00e0. Les oiseaux et l&rsquo;odeur de la for\u00eat mouill\u00e9e et tout ce que j&rsquo;aime, n&rsquo;est plus. Faut-il absolument dispara\u00eetre, ou continuer l&rsquo;agonie.<br \/>\nLes mots ni les couleurs n&rsquo;ont plus de forces, le c\u0153ur des pierres m\u00eame s&rsquo;effrite et la musique que j&rsquo;aime tant n&rsquo;est qu&rsquo;une m\u00e9canique \u00e0 l&rsquo;imitation de mon c\u0153ur.<br \/>\nEnfin je me sens comme la mer et comme le sable aussi mouvante et nul ne peut rien pour moi.<br \/>\nJe t&rsquo;ennuie, toi dont je suis \u00e9prise. Je t&#8217;embrasse, je te ch\u00e9ris mon bien aim\u00e9. Denise.<\/blockquote>\n<p>Certaines prennent l&rsquo;allure d&rsquo;un r\u00e9cit de r\u00eave ou d&rsquo;une fable non sans auto-d\u00e9rision, ni conscience humoristique de sa situation. Qui joue le r\u00f4le du \u00ab\u00a0lamantin\u00a0\u00bb ? Robert au regard absent\u00a0? Elle-m\u00eame perdue dans un amour sans issue ?<\/p>\n<blockquote>Il y avait une fois une for\u00eat et dans cette for\u00eat un lamentin [sic] de taille petite, il pouvait se croire encore dans une mer de feuilles mortes car de grands fonds s&rsquo;ouvraient \u00e0 ses yeux qu&rsquo;un brouillard \u00e9trange obscurcissait souvent.<br \/>\nUn lamentin [sic], rien d&rsquo;autre.<br \/>\nIl y avait aussi une maison pleine de livres, des livres sur tout, l&rsquo;univers imprim\u00e9, une \u00e2me en peine ouvrait tous les livres sans pouvoir lire.<br \/>\nSimplement, une \u00e2me en peine. Il y avait un enfant qui avait la facult\u00e9 de m\u00e2cher son propre c\u0153ur comme du chewing-gum.<br \/>\nEst-ce toi ou moi\u00a0?<\/blockquote>\n<p>Si elle m\u00eale \u00e0 la demande la plainte lyrique, Desnos s&rsquo;en tient \u00e0 son r\u00f4le protecteur occasionnel, garde ses distances, vient ou ne vient pas, fait faux-bond sans pr\u00e9venir, laissant Denise dans un \u00e9tat qui est exactement le sien quand Youki lui fixe des rendez-vous successifs sans daigner appara\u00eetre plusieurs jours de suite.<\/p>\n<blockquote>Lundi 17. Robert, cher Robert, mon ch\u00e9ri. Je t&rsquo;appelle tout le temps, je hurle ton nom tout bas, tout bas [\u00a0? ].<br \/>\nEt je ne sais rien de plus que les vagues rumeurs que m&rsquo;apporte Bernard [son mari]. Je n&rsquo;ose rien demander \u00e0 Fraenkel de peur qu&rsquo;il n&rsquo;ai [sic] rien \u00e0 me r\u00e9pondre. J&rsquo;ai vu ton livre et puis dans un autre livre, une phrase qui m&rsquo;a fait mal. On disait que le po\u00ebte qui pouvait exprimer son r\u00eave n&rsquo;avait pas besoin qu&rsquo;il se r\u00e9alisa [sic].<br \/>\nDonc tout amour r\u00e9el doit encombrer ta vie, et je me suis sentie tout \u00e0 fait inutile.<br \/>\nTu connais mal, sans doute, les derni\u00e8res phases de ma maladie, qui sont d&rsquo;un comi-tragique assez douloureux.<br \/>\nChaque fois que j&rsquo;esp\u00e8re, un nouveau danger court sur moi comme un express. Jusqu&rsquo;ici je suis couch\u00e9e entre les rails, me rel\u00e8verai-je avant qu&rsquo;on ne retrouve ma t\u00eate dans le cendrier\u00a0?<br \/>\nMaintenant que le mal est fait, j&rsquo;ai peur qu&rsquo;il n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 le bien.<br \/>\nTu ne sais pas encore \u00e0 quel point je suis insupportable. Je ne cherche pas le bien ni le mal. Je cherche la vie et quand elle est l\u00e0, j&rsquo;ai si peur que je la tue. [&#8230;]<\/blockquote>\n<p>Ces demandes amoureuses am\u00e8nent en r\u00e9ponse des justifications g\u00ean\u00e9es dans de courts billets, rarement dat\u00e9s dont Denise n&rsquo;est pas dupe<strong>.<\/strong> Elle masque le mal \u00eatre derri\u00e8re l&rsquo;humour\u00a0comme dans cette lettre \u00e0 l&rsquo;en-t\u00eate du <em>Cri des peuples\u00a0<\/em><strong>:<\/strong><\/p>\n<blockquote>Es-tu parti en voyage\u00a0? Est-ce pour cela que je ne sais rien\u00a0? Dans ta lettre tu dis que je t&rsquo;inqui\u00e8tes [sic]. Quelquefois, surtout que ce ne soit pas vrai, cela me ferait beaucoup de peine, je voudrai [sic] que tu penses \u00e0 moi pour rire. Je m&rsquo;en moque que Decaris et toi vous disiez que j&rsquo;ai dix ans, \u00e7a n&rsquo;est pas vrai.<br \/>\nEt puis, c&rsquo;est d\u00e9fendu de faire enrager les malades. La rumeur publique dit de toi des choses tr\u00e8s flatteuses (A peine justes d&rsquo;ailleurs).<br \/>\nJe lis l&rsquo;histoire de la Commune et cela met \u00e0 vif mes pr\u00e9tentions de r\u00e9volutionnaire. J&rsquo;aimerais mieux lire Nat Pikerton [sic]. Qui est chez toi.<\/blockquote>\n<p>Le r\u00f4le ambigu de conseiller pour femmes \u00e9gar\u00e9es ne s&rsquo;adresse pas qu&rsquo;aux jeunes femmes tomb\u00e9es dans le pi\u00e8ge de la drogue\u00a0: l&rsquo;addiction amoureuse requiert tout aussi bien l&rsquo;intervention du chevalier Robert, m\u00eame quand il n&rsquo;en est pas lui-m\u00eame l&rsquo;objet. Florence Pitron le sollicite parce qu&rsquo;elle est en plein d\u00e9sarroi amoureux\u00a0; aux sports d&rsquo;hiver, elle a succomb\u00e9 au charme de Max Ernst et vient \u00e0 sa demande le rejoindre \u00e0 Paris, d\u00e9couvrant alors qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de quitter sa femme, Marie-Berthe Aurenche. C&rsquo;est d&rsquo;abord Thirion qui la console et la pr\u00e9sente, rue du Ch\u00e2teau, \u00e0 Desnos en 1929<a href=\"#_edn30\" name=\"_ednref30\">[30]<\/a>. Les lettres de Florence \u00e0 Robert montrent en filigrane son r\u00f4le de confident compr\u00e9hensif :<\/p>\n<blockquote><p>Mon cher Robert, je tra\u00eene une vie lamentable&#8230; et vous seul comprendrez ce que ces pauvres mots signifient&#8230; et vous m&rsquo;avez dit un soir, Robert, que vous \u00e9tiez mon ami et que je pourrais vous appeler dans un moment de d\u00e9tresse. Je suis malheureuse, terriblement, et vous devinez pourquoi&#8230; J&rsquo;ai trouv\u00e9 \u00e0 Sainte-Maxime un mari terriblement jaloux et toujours de m\u00e9chante humeur et d&rsquo;une maladresse rare. Je crois que malgr\u00e9 toute ma bonne volont\u00e9 je ne pourrai en supporter davantage&#8230; Je vous en supplie, et puisque vous avez bien voulu me le promettre, ne pouvez-vous pas voir Max Ernst ? Lui dire toute ma tristesse, mon immense amour. Il me serait si facile, j&rsquo;aurais tant de courage pour travailler, pour vivre seule \u00e0 Paris, si je savais qu&rsquo;il ne m&rsquo;ait pas tout \u00e0 fait oubli\u00e9e. Vous aviez surpris un soir ce qu&rsquo;il y avait dans mon c\u0153ur et je crois que l&rsquo;absence n&rsquo;a fait qu&rsquo;aggraver ce mal incurable&#8230; Vous m&rsquo;avez promis, j&rsquo;ai confiance, et je suis si malheureuse. Je vous en prie, d\u00e9chirez cette lettre<a href=\"#_edn31\" name=\"_ednref31\">[31]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Rober Desnos l&rsquo;a, au contraire, conserv\u00e9e, de m\u00eame que la suivante o\u00f9 elle se ravise\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>La com\u00e9die dure depuis trop longtemps, j&rsquo;en deviendrais folle !&#8230; N&rsquo;insistez pas trop aupr\u00e8s de Max. Je serais d\u00e9sol\u00e9e qu&rsquo;il croi[e] que j&rsquo;use de tous les moyens pour le convaincre. Son image et sa voix me poursuivent si souvent, si souvent, et j&rsquo;ai peur de me voir dans un pareil \u00e9tat. Il m&rsquo;a fait tant de mal et pourtant je l&rsquo;aime, je l&rsquo;aime&#8230; comment tout cela finira-t-il\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p>Une carte du 21 mars 1929 sugg\u00e8re qu&rsquo;elle reporte sur Robert son affection\u00a0: \u00a0\u00ab\u00a0je m&rsquo;ennuie de vous, ami ch\u00e9ri, tout va de plus en plus mal et je compte rentrer \u00e0 Paris dimanche soir\u00a0\u00bb. En septembre 1929, apr\u00e8s le d\u00e9part de Youki pour le Japon, Desnos s\u00e9journe dans le sud\u00a0; Anne Egger fait l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il a peut-\u00eatre retrouv\u00e9 Florence l\u00e0-bas<a href=\"#_edn32\" name=\"_ednref32\">[32]<\/a>. Elle cite une lettre non dat\u00e9e qui t\u00e9moigne des \u00ab\u00a0magnifiques moments\u00a0\u00bb pass\u00e9s ensemble\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>un dimanche apr\u00e8s-midi \u00e0 Marseille, un soleil agressif et votre petite s\u0153ur plaintive et mis\u00e9rable. Croyez-vous \u00e0 l&rsquo;immense affection et au d\u00e9vouement que je vous promets pour toujours. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s touch\u00e9e, tr\u00e8s \u00e9mue par vous et je ne pourrai jamais oublier notre pacte, ni les magnifiques instants si touchants. Que vos murs gardent longtemps le souvenir de mon ombre, votre robe de chambre la forme de mon corps et votre c\u0153ur les battements de mon c\u0153ur si \u00e9mu. Et pensez souvent qu&rsquo;on peut \u00eatre si triste loin de ceux qu&rsquo;on aime. Je vous embrasse<a href=\"#_edn33\" name=\"_ednref33\">[33]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Une lettre de Georges Neveu situe cet \u00e9pisode plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Villefranche. Bien plus tard, au d\u00e9but de la guerre, Youki interroge Robert sur une allusion de Georges Neveu \u00e0 une femme qu&rsquo;il voyait presque tous les jours \u00e0 cette \u00e9poque-mais il r\u00e9pond ne pas se souvenir de quelle femme il peut s&rsquo;agir&#8230; On a pourtant en m\u00e9moire le beau po\u00e8me \u00e9crit au lendemain de sa mort, br\u00fbl\u00e9e vive dans un accident de voiture<a href=\"#_edn34\" name=\"_ednref34\">[34]<\/a> le 3 novembre 1929. Recueilli \u00e0 la fin de <em>Corps et biens<\/em>, il t\u00e9moigne du passage de Florence dans la vie de Desnos qui, boulevers\u00e9, \u00e9crivait \u00e0 Youki le 7 novembre 1929\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Il est temps que tu reviennes car ton absence ne porte pas bonheur \u00e0 Paris. Cette pauvre L\u00e9na s&rsquo;est tu\u00e9e dimanche dernier&#8230; avec Florence que je revoyais depuis trois semaines. Derain a tent\u00e9 l&rsquo;impossible pour les sauver&#8230; Je suis tr\u00e8s triste. Je ne porte pas bonheur \u00e0 mes amis. Je suis un semeur de catastrophe<a href=\"#_edn35\" name=\"_ednref35\">[35]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Avec Th\u00e9r\u00e8se, Lilian, Denise ou Florence, Robert Desnos a pu se laisser entra\u00eener dans de courtes liaisons, mais il \u00e9vite la confusion des sentiments\u00a0: les demandes de drogue, d&rsquo;attention, de m\u00e9dicaments, de soins lui semblent plus faciles \u00e0 satisfaire que la demande d&rsquo;amour. Redonner \u00e0 ces femmes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es go\u00fbt \u00e0 la vie est ce qui lui importe, mais il est obsessionnellement fix\u00e9 ailleurs et ne cherche pas \u00e0 donner le change. Sa r\u00e9serve d&rsquo;homme lige dont le c\u0153ur est d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9 pla\u00eet aux femmes et lui attire m\u00eame quelques lettres de d\u00e9claration de Lucy Schwob, plus connue sous le nom de Claude Cahun, dont les archives contiennent outre des lettres de Desnos<a href=\"#_edn36\" name=\"_ednref36\">[36]<\/a>, des portraits et autoportraits surprenants. Desnos et Youki, invit\u00e9s Rue Notre-Dame-des-Champs chez Claude Cahun et Suzanne Malherbe<a href=\"#_edn37\" name=\"_ednref37\">[37]<\/a>, peuvent y croiser Henri Michaux, Crevel, Lacan, Tzara, P\u00e9ret, Bataille -ou encore les amis de <em>La Critique sociale<\/em>, la revue de Boris Souvarine et plus largement les membres de l&rsquo;Association des \u00c9crivains et Artistes R\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>Avant cette relation, quasi familiale des deux couples, la rencontre avec Robert, en 1929, avait pris la forme d&rsquo;un coup de foudre de Claude Cahun qui semble effrayer Desnos, ce qu&rsquo;elle enregistre imm\u00e9diatement. Elle \u00e9voque le po\u00e8te dans sa longue lettre \u00e0 Gaston Ferdi\u00e8re en 1946<a href=\"#_edn38\" name=\"_ednref38\">[38]<\/a> et dans <em>Confidences au miroir <\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Desnos s&rsquo;excluait alors du groupe surr\u00e9aliste. Nous nous entend\u00eemes assez bien je crois&#8230; moins peut-\u00eatre lorsqu&rsquo;il me crut moins ind\u00e9pendante que lui-m\u00eame<a href=\"#_edn39\" name=\"_ednref39\">[39]<\/a>.\u00a0\u00bb Leur relation passe par la po\u00e9sie\u00a0: les recueils ou po\u00e8mes d\u00e9dicac\u00e9s que lui adresse Desnos suscitent les r\u00e9actions tr\u00e8s admiratives de\u00a0la lectrice. Elle sollicite un avis sur son propre manuscrit &#8211; celui d&rsquo;<em>Aveux non avenus<\/em>, son \u0153uvre majeure, qu&rsquo;elle d\u00e9pose \u00e0 La Coupole \u00e0 l&rsquo;intention de Robert. Fausse man\u0153uvre : elle se r\u00e9tracte et envoie Suzanne Malherbe, fort g\u00ean\u00e9e de la situation, le r\u00e9cup\u00e9rer pr\u00e8s du barman. Suzanne en informe Desnos. Claude \u00e9crit de son c\u00f4t\u00e9 une longue lettre pour s&rsquo;excuser pr\u00e9tendant que son manuscrit \u00ab ne contient que le pire \u00bb, et s&rsquo;inqui\u00e8te que cet envoi l&rsquo;ait f\u00e2ch\u00e9 ou g\u00ean\u00e9 <strong>[Figures 9 et 10<\/strong>]. Chez Claude Cahun, la relation \u00e0 l&rsquo;autre rel\u00e8ve d&rsquo;une casuistique complexe, inspir\u00e9e par la d\u00e9licatesse et l&rsquo;exigence de v\u00e9rit\u00e9\u00a0; on la voit souvent inqui\u00e8te d&rsquo;en avoir trop dit ou pas assez, d&rsquo;avoir manqu\u00e9 de justesse par orgueil ou par l\u00e2chet\u00e9. Desnos a certes la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre impulsif, mais la crainte qu&rsquo;il soit f\u00e2ch\u00e9, qui revient dans plusieurs lettres de Claude Cahun \u00e0 cette \u00e9poque, tient sans doute davantage \u00e0 ses propres sentiments \u00e0 son \u00e9gard\u00a0:<\/p>\n<blockquote>J&rsquo;esp\u00e8re que vous n&rsquo;\u00eates pas f\u00e2ch\u00e9 contre moi. J&rsquo;en serais d\u00e9sol\u00e9e. Soyez assur\u00e9 de la puret\u00e9 de mes sentiments \u00e0 votre \u00e9gard en d\u00e9pit de ma maladresse \u00e0 l&rsquo;exprimer- J&rsquo;entends par l\u00e0 que je souhaite avant tout ne vous causer de d\u00e9sagr\u00e9ments d&rsquo;aucune sorte. Et si ma proposition vous a d\u00e9plu ou bien vous g\u00eane&#8230; (ne croyez pas que je la renie\u00a0; ne croyez pas que je n&rsquo;y tienne pas -mais je tiens davantage \u00e0 votre amiti\u00e9)&#8230; il m&rsquo;est tr\u00e8s facile de la tenir pour non avenue et jamais je n&rsquo;en reparlerai la premi\u00e8re &#8211; \u00e0 moins que vous ne m&rsquo;y incitiez vous-m\u00eame).<br \/>\nEn tout cas vous me feriez un grand plaisir en venant nous voir, Suzanne et moi, un de ces jours, ou en nous \u00e9crivant quel jour vous ne seriez pas trop bouscul\u00e9 pour venir d\u00e9jeuner ou diner avec nous.<\/blockquote>\n<p>Lucy Schwob signe ses lettres et billets tant\u00f4t Claude Cahun, tant\u00f4t Claude Schwob m\u00ealant le pr\u00e9nom \u00e9pic\u00e8ne de son pseudonyme \u00e0 son patronyme d&rsquo;origine. Ses lettres tr\u00e8s allusives passent des d\u00e9clarations aux regrets. Apr\u00e8s quelques aveux cryptiques, qu&rsquo;elle propose de consid\u00e9rer comme \u00ab\u00a0non avenus\u00a0\u00bb selon la formule qui lui est ch\u00e8re, Claude Cahun propose \u00e0 Desnos d&rsquo;oublier ce premier contact mal engag\u00e9 et instaure entre eux une relation amicale o\u00f9 Youki trouve vite sa place. Le Viking devient leur point de ralliement<a href=\"#_edn40\" name=\"_ednref40\">[40]<\/a>. C&rsquo;est elle, et plus rarement Suzanne, qui fixe les rendez-vous au Viking et les invitations rue Notre-Dame-des-Champs [<strong>Figure 11<\/strong>]. Desnos r\u00e9pond souvent par un billet, o\u00f9 il accepte parfois, et parfois s&rsquo;excuse&#8230; En avril 1931, lors d&rsquo;un s\u00e9jour \u00e0 Jersey, Claude Cahun revient sur le malentendu de leur premi\u00e8re rencontre et l&rsquo;invite \u00e0 les rejoindre\u00a0; on devine qu&rsquo;il s&rsquo;abrite parfois derri\u00e8re ses travaux pour d\u00e9cliner les invitations et ne se laisse pas \u00ab\u00a0attirer pour de bon\u00a0\u00bb, une formule pour le moins ambig\u00fce\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\u00e7a remplacerait avantageusement le soleil. Mais je manque d&rsquo;imagination. Quant \u00e0 vous attirer pour de bon, c&rsquo;est trop difficile malheureusement. La r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est pas pour moi. Chaque fois qu&rsquo;il m&rsquo;en est donn\u00e9 un petit morceau, je la g\u00e2che b\u00eatement.\u00a0[&#8230;]. Que deviennent vos lettres et papiers \u00e0 ranger\u00a0? Etait-ce s\u00e9rieux\u00a0? Je prends des forces et de la \u00ab\u00a0m\u00e9chancet\u00e9\u00a0\u00bb (ce mot exprime mal ce que je voudrais dire).<br \/>\nEcrivez-moi, je vous en prie.<br \/>\nEn somme, vous n&rsquo;avez jamais r\u00e9pondu \u00e0 ma folle proposition&#8230; Si\u00a0! vous m&rsquo;avez montr\u00e9 que vous n&rsquo;\u00e9tiez pas f\u00e2ch\u00e9. Certes, c&rsquo;est le principal. Mais pourtant&#8230;. Ecrivez-moi que nous nous reverrons. Love<a href=\"#_edn41\" name=\"_ednref41\">[41]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Le 13 avril Desnos r\u00e9pond en restant sur le terrain de l&rsquo;humour dans un registre paternel\u00a0: \u00ab\u00a0Mais oui, mon enfant, mais oui c&rsquo;est s\u00e9rieux si vous le voulez cette histoire de paperasses. Je crains par contre que vous soyez d\u00e9courag\u00e9e par cette besogne fastidieuse et r\u00e9barbative. Je ne veux pas quand \u00e0 moi vous entra\u00eener dans une semblable entreprise [&#8230;]\u00a0\u00bb Il laisse prudemment en suspens le dernier paragraphe de son interlocutrice, qui continue de distiller quelques regrets et phrases \u00e0 double entente sur un mode sybillin :<\/p>\n<blockquote><p>Mercredi soir [1931]<\/p>\nJe suis impatiente de lire la suite du po\u00e8me<a href=\"#_edn42\" name=\"_ednref42\">[42]<\/a>. Pas moyen de trouver \u00ab\u00a0The Night of Loveless nights\u00a0\u00bb chez les libraires. S&rsquo;il ne vous reste pas d&rsquo;exemplaires pour moi (apr\u00e8s tout suis-je digne d&rsquo;un si beau cadeau\u00a0?) pr\u00eatez m&rsquo;en un, je vous en prie.<br \/>\nCette lettre vous d\u00e9plait\u00a0?<br \/>\nTant pis pour vous. D\u00e9cid\u00e9ment vous \u00eates un gar\u00e7on cruel (j&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me tromper sur ce point\u00a0!) Mais vous pouvez refuser mon amiti\u00e9, vous ne pouvez pas l&#8217;emp\u00eacher.<br \/>\nEt surtout n&rsquo;allez pas appeler \u00e7a \u00ab\u00a0une engueulade\u00a0\u00bb. C&rsquo;est tout ce qu&rsquo;on voudra sauf \u00e7a\u00a0?<br \/>\nClaude Schwob<\/blockquote>\n<p>Une lettre envoy\u00e9e du 70 bis rue Notre-Dame-des-Champs le mardi [17\u00a0] mars 1931 semble faire suite \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente <strong>[Figure 12] :<\/strong><\/p>\n<blockquote>Me donnerez-vous\u00a0un jour la joie de vous revoir\u00a0?<br \/>\nVous trouverez peut-\u00eatre qu&rsquo;il est honteux de mendier ainsi votre amiti\u00e9 (si je pouvais la voler, soyez s\u00fbr que je ne la mendierais pas) et cela me fait plaisir de vous \u00e9crire que je pense \u00e0 vous, que le livre que vous m&rsquo;avez donn\u00e9 est la premi\u00e8re chose qui se trouve sous ma main au r\u00e9veil &#8211; et que la fin du po\u00e8me me pla\u00eet encore plus que le d\u00e9but, s&rsquo;il est possible. Vous \u00e9crire cela, soit. Mais pourquoi vous envoyer la lettre ? J&rsquo;h\u00e9site longtemps, mais je l&rsquo;envoie quand m\u00eame. D&rsquo;ailleurs c&rsquo;est votre faute : j&rsquo;ob\u00e9is au fant\u00f4me de cristal, \u00e0 ses yeux sans piti\u00e9.\/ Bien v\u00f4tre\/ Claude Schwob.<\/blockquote>\n<p>Ce \u00ab\u00a0fant\u00f4me aux yeux de cristal\u00a0\u00bb condense en une formule embl\u00e9matique un de ses portraits photographiques du po\u00e8te [<strong>figure 13<\/strong>]\u00a0; elle reste fid\u00e8le \u00e0 cette image dans une longue lettre autobiographique adress\u00e9e \u00e0 Charles-Henri Barbier le 21 janvier 1951\u00a0: \u00ab\u00a0Les yeux de Robert sous un ciel plomb\u00e9&#8230; Oc\u00e9an \u00e0 la calme surface duquel flotteraient des algues et fleuriraient des hu\u00eetres butin\u00e9es par un essaim d&rsquo;\u00e9toiles&#8230; Paysage fascinant<a href=\"#_edn43\" name=\"_ednref43\">[43]<\/a>.\u00a0\u00bb En novembre 1931, Claude et Suzanne avertissent de leur d\u00e9part \u00e0 Nantes, o\u00f9 vit une partie de la famille Schwob\u00a0; la correspondance les relie de plus en plus famili\u00e8rement pendant ce s\u00e9jour qui se prolonge au d\u00e9but de 1932. Sur les lettres de Claude, la lyre et l&rsquo;oiseau forment moins une \u00ab\u00a0raison sociale\u00a0\u00bb qu&rsquo;un subtil autoportrait embl\u00e9matique, un r\u00e9bus \u00e0 la Desnos <strong>[figure 14]<\/strong>. Les relations se resserrent, comme en t\u00e9moignent un m\u00e9lange de mise en demeure directe et d&rsquo;humour complice\u00a0;\u00a0les \u00e9changes se muent en conversations famili\u00e8res et intimes autour de Kikou le chat ou de la recette des civelles. Le 29 d\u00e9cembre 1931, elle adresse ses v\u0153ux de Nantes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Je vous souhaite (ce qui est une mani\u00e8re mal d\u00e9guis\u00e9e de me souhaiter \u00e0 moi-m\u00eame) toutes sortes de choses agr\u00e9ables pour 1932&#8230; \u00e7a ne sert \u00e0 rien mais \u00e7a fait toujours plaisir d&rsquo;esp\u00e9rer.<br \/>\nEn attendant je ne puis trouver <em>Commerce<\/em><a href=\"#_edn44\" name=\"_ednref44\">[44]<\/a> dans cette ville charmante mais d\u00e9munie de tout.<br \/>\nPardonnez mon indiscr\u00e9tion et croyez, je vous prie, \u00e0 mon amiti\u00e9 sinc\u00e8re. Le Kikou se rappelle \u00e0 vous. Il est heureux ici, quoique honteusement ross\u00e9 par son fr\u00e8re plus jeune de 3 mois mais beaucoup plus m\u00e9chant : mieux \u00e9lev\u00e9 (pas par moi).<\/blockquote>\n<p>Desnos lui r\u00e9pond sur le ton de la franche camaraderie, avec le m\u00eame humour<\/p>\n<blockquote>14 janvier 1932<br \/>\nVeille du terme\nCh\u00e8res amies,<br \/>\nTout d&rsquo;abord bonne et heureuse ann\u00e9e bonne sant\u00e9 bon app\u00e9tit bon voyage bon tout.<br \/>\nEnsuite <em>Commerce <\/em>est parti pour Nantes hier.<br \/>\nEnfin j&rsquo;habite 6, rue Lacretelle o\u00f9 les civelles sont re\u00e7ues avec honneur, elles et <em>la recette pour les pr\u00e9parer.<br \/>\n<\/em>Allez-vous rester longtemps toutes deux \u00e0 Nantes\u00a0? Pense-t-on dans cette ville \u00e0 \u00e9riger des statues \u00e0 Carrier et \u00e0 Saint-Philibert\u00a0? mais tant va le bateau \u00e0 l&rsquo;eau&#8230;<br \/>\nJe travaille comme un for\u00e7at, je dors comme un loir, je bois comme un trou, je mange comme un porc et je vous souhaite tout \u00a0de m\u00eame sauf le travail.<br \/>\nUne quinzaine de po\u00e8mes sont partis vers leur destin comestible qui est d&rsquo;\u00eatre imprim\u00e9 [Les Sans-Cou\u00a0?] Vous verrez \u00e7a. Vous verrez aussi un tas de lettres en tel d\u00e9sordre et tel nombre que je me demande si vous aurez le courage de les classer.<br \/>\nEt je mets une fois de plus la main \u00e0 la plume pour me dire votre tr\u00e8s respectueux, tr\u00e8s fid\u00e8le\u00a0 et tr\u00e8s reconnaissant ami<br \/>\nRobert Desnos<\/blockquote>\n<p>Claude Cahun fait suivre une \u00e9tude de recettes compar\u00e9es sur la fa\u00e7on d&rsquo;accommoder les civelles dans une lettre o\u00f9 la po\u00e9sie est intimement m\u00eal\u00e9e \u00e0 la vie quotidienne\u00a0; la recette spirituelle\u00a0appara\u00eet comme un exercice proche des chroniques humoristiques de presse f\u00e9minine qu&rsquo;elle \u00e9crivit sur la mode et les m\u0153urs pour le <em>Phare de la Loire<\/em>. La demande implicite de la revue <em>Commerce<\/em> montre qu&rsquo;elle suit toujours attentivement les publications du po\u00e8te. Elle s&rsquo;essaie en attendant aux rimes en -inx et aux homophones, clin d&rsquo;\u0153il aux jeux verbaux recueillis dans <em>Corps et biens&#8230;<\/em>ou au sonnet en -yx :<\/p>\n<blockquote>Les Nantais assurent que les vrais amateurs de civelles les mangent froides, blanches et vertes, avec des fines herbes et sauce d&rsquo;huile et de vinaigre. Elles ne sont vendues que pr\u00e9par\u00e9es &#8211; comme le caviar\u00a0! &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire cuites, au moins je le suppose&#8230;<br \/>\nSelon mes souvenirs d&rsquo;enfant, on les faisait frire (\u00e0 l&rsquo;huile d&rsquo;olive) et on les servait croustillantes, sans beaucoup plus de go\u00fbt que des \u00ab\u00a0pommes de paille\u00a0\u00bb. Il para\u00eet que cet accommodement est une h\u00e9r\u00e9sie. En tout cas il est s\u00fbrement indigeste. On peut \u00e0 la rigueur les faire sauter, mais sans d\u00e9faire le n\u0153ud de serpents qu&rsquo;elles forment\u00a0: elles sont tress\u00e9es, tass\u00e9es en petites couronnes. Donc, les faire sauter au beurre, et si l&rsquo;on veut \u00eatre vraiment Nantais, il faut laisser noircir le beurre. (Horrible\u00a0!)<br \/>\nSi j&rsquo;aimais les civelles je les laisserais dans la Loire, mais si je voulais en manger je les plongerais (nou\u00e9es dans un linge fin) dans l&rsquo;eau bouillante, puis je les m\u00ealerais \u00e0 des champignons et \u00e0 des piments doux. Ou bien roul\u00e9es dans des cr\u00eapes de bl\u00e9 noir. Ou froides, avec des anchois.<br \/>\nEn tout cas, elles doivent arriver comestibles. On doit vous les exp\u00e9dier demain, soit par la poste, soit par le \u00ab\u00a0service rapide\u00a0\u00bb. [L]e plus simple est d&rsquo;en go\u00fbter sit\u00f4t le colis ouvert, et si c&rsquo;est bon, d&rsquo;inventer vos propres recettes pour les r\u00e9chauffer ou les assaisonner.<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\nJ&rsquo;attends impatiemment Commerce COMMERCE COMMERCE &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire un peu de vous.<br \/>\nA bient\u00f4t<br \/>\nClaude Schwob<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\nMa belle-m\u00e8re apprend l&rsquo;orthographe \u00e0 un parent licenci\u00e9 en droit. Elle a trouv\u00e9 pour lui cette belle dict\u00e9e (qui par hasard nous est tomb\u00e9e sous les yeux) :<br \/>\n&#8230;. D&rsquo;applaudir \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;ont eue (qu&rsquo;on tue) les instituteurs&#8230;.<br \/>\nN&rsquo;AIE PAS PEUR DU SPHINX<br \/>\nAI-JE DES YEUX DE LINX<br \/>\nA-T-IL UN GROS LARINX<\/blockquote>\n<p>Enfin <em>Commerce<\/em> arrive, avec \u00ab\u00a0Siramour\u00a0\u00bb -et \u00e0 la lecture de ce magnifique po\u00e8me qui c\u00e9l\u00e8bre une autre sir\u00e8ne se m\u00eale \u00e0 l&rsquo;admiration une pointe de souffrance amoureuse <strong>[Figure 15]<\/strong>. Desnos accuse r\u00e9ception et continue d&rsquo;envoyer ses po\u00e8mes dactylographi\u00e9s : \u00ab Hommes \u00bb, \u00ab Les Quatre sans cous \u00bb, \u00ab La Ville de Don Juan \u00bb accompagnent sa lettre suivante :<\/p>\n<blockquote><p>Paris, ce 26.1.1932<\/p>\nCh\u00e8res amies<br \/>\nLes civelles furent d\u00e9licieuses et \u00ab\u00a0ne durent qu&rsquo;un instant\u00a0\u00bb<br \/>\nQuelle reconnaissance. Vous \u00eates toutes deux trop gentilles pour moi qui attends quatre jours pour vous remercier d&rsquo;un tel plaisir.<br \/>\nElles furent mang\u00e9es crues, puis saut\u00e9es au beurre (tr\u00e8s bon), puis frites \u00e0 l&rsquo;huile.<br \/>\nJ&rsquo;en voudrais d&rsquo;autres mais en vous les remboursant condition (+ dessins)<br \/>\nDites si vous pouvez vous en procurer.<br \/>\nHeureux que <em>Commerce<\/em> soit arriv\u00e9 enfin avec tant de retard. Quand revenez-vous\u00a0? Je pense \u00e0 m&rsquo;exiler si tout va bien.<br \/>\nMon chat Gris Gris est amoureux mais ma chatte (Mouchi) est trop petite, ainsi va le monde.<br \/>\nJe vous envoie quelques po\u00e8mes si \u00e7a vous int\u00e9resse.<br \/>\nTr\u00e8s affectueusement.<\/blockquote>\n<p>Claude Cahun reprendra ce terme d&rsquo;exil lors de leur d\u00e9part, cette fois, d\u00e9finitif, pour Jersey en 1937.\u00a0Viendront alors des descriptions de la vie quotidienne \u00e0 \u00ab\u00a0La Rocquaise\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn45\" name=\"_ednref45\">[45]<\/a>, la maison de St-Brelade&rsquo;s Bay, dans des lettres bien plus longues, associ\u00e9es en 1940 \u00e0 des photographies, autoportraits, accompagn\u00e9s d&rsquo;une l\u00e9gende cocasse, vues de la maison, du jardin, des chats, destin\u00e9es \u00e0 distraire le soldat qui ronge son frein [<strong>Figures 16 <a href=\"#_edn46\" name=\"_ednref46\">[46]<\/a>, 17, 18, 19<\/strong>].<\/p>\n<p>Claude et Suzanne mettent en sc\u00e8ne par leurs collages et d\u00e9coupages, les sc\u00e8nes de la vie quotidienne dans de v\u00e9ritables lettres-objets ou scrap-letters, o\u00f9 s&rsquo;invente un petit genre mixte de l&rsquo;art \u00e9pistolaire. Ainsi de la lettre adress\u00e9e au Sergent Desnos en 1940 <strong>[Figures 20 et 21]<\/strong> ou de celle qu&rsquo;elle envoie \u00e0 Youki en dentelle de papier le 9 mars 1940 <strong>[Figure 22].<\/strong> Ce sont des relations vivantes de la vie quotidienne \u00e0 Jersey o\u00f9 l&rsquo;\u00e9criture m\u00e9taphorique permet de sugg\u00e9rer ce qui ne passerait pas le cap de la censure. L&rsquo;\u00e9criture \u00e9pistolaire a pris le relais chez Claude Cahun de l&rsquo;\u0153uvre autobiographique, auquel appartient encore<em> Aveux non avenus<\/em>, m\u00eame sous sa forme de collage illustr\u00e9 de photomontages. Fran\u00e7ois Leperlier a publi\u00e9 dans les <em>\u00c9crits<\/em> les longues lettres qu&rsquo;elle adresse \u00e0 Gaston Ferdi\u00e8re ou \u00e0 ses amis Barbier pour relater les \u00e9pisodes de la R\u00e9sistance \u00e0 laquelle Suzanne et elle se livrent, par harc\u00e8lement et d\u00e9moralisation de l&rsquo;ennemi (250 pages)\u00a0: on n&rsquo;en est pas l\u00e0, au d\u00e9but de la guerre, mais on voit n\u00e9anmoins dans celle qu&rsquo;elle envoie \u00e0 Desnos comment la lettre devient journal de bord, \u00a0introspection et espace de vie commune dans la relation \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Attachements et amours libres\u00a0: g\u00e9om\u00e9trie triangulaire et capillarit\u00e9 amoureuse entre Robert, Youki et Foujita<\/h3>\n<p>La correspondance crois\u00e9e r\u00e9v\u00e8le en Youki une personnalit\u00e9 haute en couleurs, forg\u00e9e au contact de la vie agit\u00e9e de Montparnasse et des amours multiples : l&rsquo;\u00e9g\u00e9rie de Foujita et du Paris des ann\u00e9es folles est dot\u00e9e d&rsquo;un fort app\u00e9tit de vie. Ce n&rsquo;est pas la mis\u00e8re familiale mais la mort de ses parents qui l&rsquo;a conduite tr\u00e8s jeune \u00e0 gagner sa vie et peut-\u00eatre aussi \u00e0 profiter de chaque instant pour s&rsquo;amuser ou s&rsquo;\u00e9tourdir. On peut se contenter de voir en elle une de ces femmes l\u00e9g\u00e8res en qu\u00eate de protecteur qui escortent nombre d&rsquo;artistes \u00e0 Montparnasse, n\u00e9anmoins ses frasques et ses conduites irresponsables, son go\u00fbt de la provocation et du scandale ne doivent pas dissimuler sa force de caract\u00e8re, sa d\u00e9termination.\u00a0Elle dilapide sans mesquinerie les ressources des noctambules et esp\u00e8re comme Kiki, comme Fernande Barrey, la premi\u00e8re \u00e9pouse de Foujita, comme Th\u00e9r\u00e8se, rencontrer un riche protecteur ou un peintre qui vende bien ses toiles <strong>[Figures 23 et 24]<\/strong>. Foujita, tr\u00e8s \u00e9pris d&rsquo;elle comme en t\u00e9moigne sa correspondance illustr\u00e9e avec Youki, accepte de jouer ce r\u00f4le plusieurs ann\u00e9es mais devant les ennuis fiscaux, l&rsquo;importance croissante pour lui de la peinture et de la reconnaissance de son \u0153uvre, souhaite en finir avec la vie tr\u00e9pidante et tr\u00e8s collective dont leur maison de la rue Nansouty pr\u00e8s du parc Montsouris est le th\u00e9\u00e2tre. Dans ses lettres du Japon, elle manifeste sereinement un \u00e9go\u00efsme confondant, un sens enfantin du plaisir de l&rsquo;instant et un go\u00fbt absolu de la libert\u00e9 qui n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 de s\u00e9duire Desnos. \u00a0Les lettres de Robert permettent de comprendre comment <strong>lui<\/strong> voit cette insouciance cruelle. L&rsquo;amour inconditionnel qu&rsquo;il lui voue engage une suspension du jugement moral\u00a0: ce qui pourrait appara\u00eetre comme futilit\u00e9, go\u00fbt du luxe, indiff\u00e9rence \u00e0 la souffrance de l&rsquo;autre, il le vit plut\u00f4t, pour emprunter des termes qui ne sont pas les siens, comme un acte de dilapidation et de d\u00e9pense au sens que Bataille donne \u00e0 ces mots<a href=\"#_edn47\" name=\"_ednref47\">[47]<\/a>. Desnos est fascin\u00e9 par les \u00eatres qui jouent leur va-tout, bravant le bon sens et l&rsquo;\u00e9ducation bourgeoise, sans m\u00eame garder une poire pour la soif. Youki incarne cet \u00eatre sans concession.<\/p>\n<p>Les nombreuses lettres l\u00e9gu\u00e9es par Youki ou acquises plus tard par la BLJD se r\u00e9partissent sur plusieurs p\u00e9riodes. Si Desnos et Youki ont v\u00e9cu ensemble rue de Lacretelle puis rue Mazarine<a href=\"#_edn48\" name=\"_ednref48\">[48]<\/a>, ils ont \u00e9t\u00e9 souvent s\u00e9par\u00e9s, Robert s&rsquo;activant le jour dans ses propres cercles, professionnels et amicaux, tandis que Youki vivait plut\u00f4t la nuit en \u00e9lectron libre, ou bien, sir\u00e8ne voyageuse, \u00e9tait en vill\u00e9giature loin de Paris. M\u00eame \u00e0 Paris, ses retours sont impr\u00e9visibles\u00a0: Desnos lui laisse des billets dans leur appartement, esp\u00e9rant qu&rsquo;elle passera ou le rejoindra chez des amis.<\/p>\n<p>-de l&rsquo;automne 1929 au printemps 1930, Youki qui est la femme de Foujita, entreprend avec ce dernier un long p\u00e9riple vers le Japon, o\u00f9 elle rencontre sa famille, ce dont t\u00e9moignent plusieurs photographies jointes aux lettres. A leur retour, elle se retrouve seule dans le Midi, le peintre lui ayant fauss\u00e9 compagnie. Elle appelle Robert \u00e0 l&rsquo;aide.<\/p>\n<p>&#8211; de l&rsquo;automne 1930 \u00e0 f\u00e9vrier 1931, Foujita part seul \u00e0 New York pour tenter de vendre ses toiles et r\u00e9gler ainsi ses dettes fiscales, laissant Youki \u00e0 Paris aux bons soins de Robert. Foujita \u00e9crit parfois plusieurs jours cons\u00e9cutifs une carte \u00e0 son ami Robert pour lui d\u00e9crire l&rsquo;architecture et la vie new yorkaise ; Desnos joue les m\u00e9diateurs ; il \u00e9voque le d\u00e9sarroi de Youki et ses soucis financiers, dont le d\u00e9p\u00f4t de quelques tableaux \u00e0 son intention chez un galeriste peu press\u00e9 de les payer ne saurait le d\u00e9douaner. Il convainc Foujita de lui laisser louer un appartement, rue de Lacretelle, o\u00f9 le peintre la retrouvera \u00e0 son retour.<\/p>\n<p>&#8211; en juillet 1931, au retour de Foujita, Youki fugue en Belgique\u00a0; Desnos est pr\u00eat \u00e0 tout pour la rejoindre le temps d&rsquo;un week-end, mais manque de temps et d&rsquo;argent. Il tient dans ses lettres le journal de sa vie quotidienne dans l&rsquo;appartement qu&rsquo;il partage parfois avec Foujita, quand ce dernier n&rsquo;est pas chez sa maitresse, Mady Lequeux.<\/p>\n<p>&#8211; Dans les ann\u00e9es trente, Youki part aussi souvent qu&rsquo;elle le peut \u00e0 la campagne, avec une amie ou des amis, \u00e0 Marnay-sur-Seine, dans l&rsquo;Aube, \u00e0 Pierrefonds, non loin de Compi\u00e8gne ou dans le Midi, tandis que Robert reste \u00e0 Paris. Cela donne lieu \u00e0 des \u00e9changes ponctuels, en 1933-1934 jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 la guerre et la mobilisation viennent modifier la distribution des r\u00f4les.<\/p>\n<p>&#8211; Desnos mobilis\u00e9 en 1939 est \u00e9loign\u00e9 de l&rsquo;appartement commun, d\u00e9sormais 19 rue Mazarine, et apr\u00e8s un temps de formation \u00e0 Nantes, se d\u00e9place selon ses affectations militaires et les al\u00e9as du repli et des marches forc\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 Surg\u00e8res en Charente maritime, puis \u00e0 Prats en Dordogne. Youki demeure en Corr\u00e8ze avec une amie, Blanche, puis rentre \u00e0 Paris. Robert la retrouve pour une permission de la fin d\u00e9cembre 1939 jusqu&rsquo;au 10 janvier 1940. Leur correspondance reprend ensuite jusqu&rsquo;\u00e0 sa d\u00e9mobilisation. Dans ses lettres, Robert explique comment faire rentrer l&rsquo;argent qui lui est d\u00fb, \u00e0 qui s&rsquo;adresser pour obtenir des aides, diriger les dons vers les soldats de sa compagnie, assurer l&rsquo;approvisionnement, faire r\u00e9parer quelques pannes et fuites, garder espoir, \u00e9viter les provocations sous l&rsquo;occupation.<\/p>\n<p>&#8211; En 1942, Youki est dans un village du Calvados chez des amis, tandis que Robert veille, rue Mazarine ; il fait un court voyage sur lequel il reste discret, revient \u00e0 Paris, la rejoint quelques jours dans le Calvados, puis rentre \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>&#8211; Arr\u00eat\u00e9 en f\u00e9vrier 1944, Robert Desnos \u00e9crit \u00e0 Youki du camp de Royallieu pr\u00e8s de Compi\u00e8gne, puis des camps o\u00f9 il passe successivement jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re lettre de Fl\u00f6ha dat\u00e9e du 7 janvier 1945 <strong>[Lettre 3]<\/strong>. D\u00e8s l&rsquo;arrestation de Desnos, Youki se d\u00e9pense sans compter pour tenter de le faire sortir de Fresnes, puis s&rsquo;organise pour porter les colis \u00e0 Compi\u00e8gne, multiplie les d\u00e9marches pour le faire rayer de la liste du prochain convoi vers Auschwitz, pour faire parvenir les colis et ceux des amis dans les camps o\u00f9 il est intern\u00e9. Sa derni\u00e8re lettre dat\u00e9e du 13 juillet 1945 s&rsquo;ach\u00e8ve sur une d\u00e9claration d&rsquo;amour, celle que Robert avait toujours attendue, o\u00f9 elle lui promet de rattraper le temps perdu\u00a0; Desnos est mort du typhus en juin au camp de Terenz\u00edn le 8 juin 1945. Elle lui donnait les nouvelles des derniers \u00e9pisodes de la guerre \u00ab\u00a0les 8 jours de bagarre\u00a0\u00bb dans Paris, faisait la liste des amis fid\u00e8les, qui viennent chercher des nouvelles, et des oiseaux de mauvais augure qui ont annonc\u00e9 trop t\u00f4t qu&rsquo;on ne reverrait pas Robert Desnos\u00a0; elle \u00e9voque le sort des d\u00e9lateurs et en particulier de ceux qui ont contribu\u00e9 \u00e0 sa d\u00e9portation et ach\u00e8ve sur ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Que cette lettre te parvienne \u00e0 Terezin, soit \u00e0 Moscou,et que tu la lises debout, souriant et en bonne sant\u00e9. Je sais tout ce que tu as subi et le courage que tu as eu. Je consacrerai ma vie \u00e0 te faire oublier ces cauchemars et \u00e0 t&rsquo;aimer et \u00e0 t&rsquo;entourer de bonheur. A bient\u00f4t, mon ch\u00e9ri, \u00e0 bient\u00f4t. Je t&#8217;embrasse grand comme la tour Eiffel. Ta Youki<a href=\"#_edn49\" name=\"_ednref49\">[49]<\/a>.<\/p>\n<h4>Myst\u00e8res du quotidien<\/h4>\n<p>Les secrets qui m&rsquo;ont attir\u00e9e vers les correspondances amoureuses de Desnos, ne sont pas de ceux qui font saliver les paparazzi\u00a0; c&rsquo;est plut\u00f4t l&rsquo;\u00e9nigme initiale, cette \u00e9tranget\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre, de l&rsquo;amour et de la po\u00e9sie qui se r\u00e9v\u00e8le dans le plus familier et qui git dans la part la plus commune de la vie ordinaire. Les \u00e9crits \u00e9pistolaires de Desnos affrontent ce quotidien que d\u00e9finit son ami Leiris\u00a0dans <em>Glossaire\u00a0: J&rsquo;y serre mes gloses!\u00a0<\/em>:<\/p>\n<p>Quotidien &#8211; commun et ti\u00e8de, tel demain aussi bien qu&rsquo;hier<a href=\"#_edn50\" name=\"_ednref50\">[50]<\/a>.<\/p>\n<p>Rien de ti\u00e8de pourtant dans la vie quotidienne de Desnos. Quand il lui arrive en juillet 1931 ou en 1939-1940, \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, de d\u00e9noncer l&rsquo;ennui des jours vides c&rsquo;est que Youki, sa source d&rsquo;\u00e9nergie, est au loin et qu&rsquo;en son absence les t\u00e2ches famili\u00e8res perdent leur raison d&rsquo;\u00eatre.\u00a0Relation minutieuse de la platitude des longues journ\u00e9es et des soir\u00e9es sans but, la lettre donne alors \u00e0 voir le paradoxe du quotidien tel que le d\u00e9crit Maurice Blanchot :<\/p>\n<p>L&rsquo;ennui, c&rsquo;est le quotidien devenu manifeste\u00a0: par cons\u00e9quent, ayant perdu son trait essentiel &#8211; constitutif &#8211; d&rsquo;\u00eatre <em>inaper\u00e7u<\/em>. Le quotidien nous renvoie donc toujours \u00e0 cette part d&rsquo;existence inapparente et cependant non cach\u00e9e, insignifiante parce que toujours en de\u00e7\u00e0 de ce qui la signifie, silencieuse, mais d&rsquo;un silence qui s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 dissip\u00e9, lorsque nous nous taisons pour l&rsquo;entendre et que nous \u00e9coutons mieux en bavardant, dans cette parole non parlante qui est le doux bruissement humain en nous, autour de nous<a href=\"#_edn51\" name=\"_ednref51\">[51]<\/a>.<\/p>\n<p>Youki a seule le pouvoir de r\u00e9enchanter le quotidien. En son absence, ses lettres, souvent de courts billets, font entendre cette \u00ab\u00a0parole non parlante\u00a0\u00bb qui lui porte sans doute moins un \u00ab\u00a0doux bruissement\u00a0\u00bb que les acouph\u00e8nes du vide sid\u00e9ral de la vie sans elle. Dans ces moments-l\u00e0, le sentiment d\u00e9courag\u00e9 de la m\u00e9diocrit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition vide des jours et des nuits est lisible dans sa relation au fil de la plume du petit man\u00e8ge de l&rsquo;attente, des rencontres aux Deux Magots, au bar de la Coupole ou dans les bistros de quartier. La lettre soliloque \u00e0 b\u00e2tons rompus sur l&rsquo;atmosph\u00e8re de la ville, l&rsquo;humeur collective, les potins et bobards en circulation et pourrait produire l&rsquo;ennui du lecteur, si Desnos \u00e9tait moins agile dans le rebond humoristique et le portrait caustique. Ainsi dans cet auto-portrait au bas de la lettre du 13\/14 juillet 1931<a href=\"#_edn52\" name=\"_ednref52\">[52]<\/a> o\u00f9 il trinque tristement \u00e0 sa sir\u00e8ne chim\u00e9rique <strong>[Figure 25]<\/strong> apr\u00e8s un coup d&rsquo;\u0153il circulaire incisif <strong>[Lettre 4]<\/strong>:<\/p>\n<blockquote><p>Je termine cette lettre du bar de la Coupole. M. Maxime Alexandre au bar palit chaque fois que je le regarde. \/A ma gauche Otto Vetcher parle de Marie Laurencin, a ma droite Charlotte Gardel ne dit rien ni Hermine non plus.\/Et moi je suis seul, tout seul, comme chaque fois que tu n&rsquo;es pas l\u00e0.\/Je t&#8217;embrasse\/ Robert<\/p><\/blockquote>\n<p>De fa\u00e7on plus ou moins pressante, Desnos demande \u00e0 Youki, dans les lettres de juillet1931 et\u00a0 de 1939-1940, de ne pas se contenter comme elle le fait presque toujours, de billets rapides ou d&rsquo;un mot vague pour caract\u00e9riser ses journ\u00e9es, mais de lui raconter par le menu tous ses actes m\u00eame ceux qui lui paraissent insignifiants. La lettre qu&rsquo;il attend rel\u00e8ve du journal, o\u00f9 tout doit \u00eatre consign\u00e9, surtout les trous d&rsquo;air ou ce que Breton nomme dans <em>Nadja<\/em> les \u00ab\u00a0moments nuls\u00a0\u00bb, et c&rsquo;est en po\u00e8te qu&rsquo;il en d\u00e9gage toutes les implications linguistiques\u00a0: la perte de substance des mots, us\u00e9s dans les \u00e9changes indiff\u00e9rents, exigerait une nouvelle langue, secr\u00e8te, propre aux deux amants.<\/p>\n<blockquote><p>[&#8230;] Toi qui me reproches si souvent de parler peu que diras-tu de cette lettre\u00a0? Je me m\u00e9fie des mots. Ils r\u00e9sonnent si souvent mal, autrement qu&rsquo;ils devraient, avec un sens excessif quand ils peuvent passer pour m\u00e9chants, insuffisants quand ils sont tendres, et je te place trop haut pour me contenter d&rsquo;un vocabulaire qui a pourtant fait ses preuves mais que je trouve indigne de notre affection. Comme je voudrais inventer un langage sp\u00e9cial, clair, pr\u00e9cis, absolu pour te dire la moindre des choses. Mais il ne suffit pas de te dire que tu es belle et les raisons de mon attachement si le premier venu peut te dire les m\u00eames choses et moins sinc\u00e8re \u00eatre plus facilement cru. Cela tient pourtant \u00e0 aussi peu de choses qu&rsquo;une note de musique, aussi arbitraire et aussi facilement fausse. A quelle heure vas-tu te coucher\u00a0? Te r\u00e9veiller\u00a0? Comment dormiras-tu\u00a0? Quels r\u00eaves feras-tu\u00a0? C&rsquo;est autant de choses que la distance me vole et dont on ne ressent l&rsquo;importance que lorsqu&rsquo;on est priv\u00e9 d&rsquo;elles. Ah, il ne s&rsquo;agit pas ici de renoncer \u00e0 la mati\u00e8re, au concret, c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;important. Tes beaux yeux, telle expression de ta bouche, tel geste, telle boucle de tes cheveux me manquent et du coup me manquent aussi ton intelligence et ta pens\u00e9e et ce qu&rsquo;il y a de plus profond dans ton \u00eatre&#8230; Et c&rsquo;est pourquoi ce vide est immense et pourquoi je souffre de cette s\u00e9paration. J&rsquo;ai err\u00e9 aujourd&rsquo;hui sans but en sortant de la gare<a href=\"#_edn53\" name=\"_ednref53\">[53]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 titre d&rsquo;exemple, il se livre \u00e0 l&rsquo;exercice qui consiste \u00e0 traquer jusque dans la m\u00e9diocrit\u00e9 des journ\u00e9es l&#8217;empreinte de l&rsquo;absente, dans une sorte de tentative \u00e0 la Perec d&rsquo;\u00e9puisement des lieux ou des derni\u00e8res vingt-quatre heures. C&rsquo;est bien l&rsquo;\u00e9nigme de son amour pour Youki, et le paradoxe du quotidien<a href=\"#_edn54\" name=\"_ednref54\">[54]<\/a> que Desnos traque dans ces lettres o\u00f9 elle et lui livreraient le compte rendu de chaque minute v\u00e9cue, de chaque pens\u00e9e, un myst\u00e8re qui est moins celui de la banalit\u00e9 que de la transfiguration de la sc\u00e8ne du quotidien d\u00e8s lors que l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 y para\u00eet. Aujourd&rsquo;hui, ces traces de la vie quotidienne nous permettent de saisir les n\u00e9cessit\u00e9s et les \u00ab\u00a0barricades myst\u00e9rieuses\u00a0\u00bb qui commandent aux rencontres, aux s\u00e9parations mais aussi aux rapports de pouvoir dans le couple\u00a0; elles nous d\u00e9couvrent les attractions physiques et les affinit\u00e9s \u00e9lectives, comme la distribution des r\u00f4les et les conduites r\u00e9currentes des amants. On y saisit le mythe lyrique en construction du chevalier po\u00e8te amoureux et bafou\u00e9, qui prend en charge et transmue en destin\u00e9e certaines constantes de sa vie amoureuse.<\/p>\n<h4>\u00c9nigmes de l&rsquo;amour<\/h4>\n<p>\u00c0 l&rsquo;enqu\u00eate surr\u00e9aliste de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste <\/em>\u00ab\u00a0Quelle sorte d&rsquo;espoir mettez-vous dans l&rsquo;amour\u00a0?\u00a0\u00bb Desnos r\u00e9pond par une critique en r\u00e8gle des pr\u00e9suppos\u00e9s de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 en quatre questions et conclut\u00a0: \u00ab\u00a0En d\u00e9finitive j&rsquo;aime, je subis, je fais l&rsquo;amour. Je ne le discute pas<a href=\"#_edn55\" name=\"_ednref55\">[55]<\/a>.\u00a0\u00bb La place du verbe \u00ab\u00a0subir\u00a0\u00bb entre \u00ab\u00a0aimer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0faire l&rsquo;amour\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas besoin de commentaire. Les lettres corroborent cette configuration amoureuse o\u00f9, par ailleurs, le triangle domine\u00a0: le film r\u00e9alis\u00e9 par Man Ray sur le po\u00e8me-sc\u00e9nario de Desnos, <em>L&rsquo;Etoile de mer<\/em> comme, en 1928, le drame publi\u00e9 dans <em>Paris-Matinal,<\/em> <em>La Place de l&rsquo;\u00c9toile<\/em>, mettent en sc\u00e8ne ces trios amoureux avec passage de relais. Mais Youki n&rsquo;est pas une passante comme Th\u00e9r\u00e8se, Lilian ou Denise; elle n&rsquo;a rien de l&rsquo;ombre d&rsquo;une ombre qui s&rsquo;efface in\u00e9luctablement rong\u00e9e par la drogue et la tuberculose, comme Yvonne.<\/p>\n<p>Le voyage de Foujita et de Youki au Japon en 1929-1930, est l&rsquo;occasion d&rsquo;une premi\u00e8re relation \u00e9pistolaire suivie. Desnos \u00e9crit \u00e0 \u00ab\u00a0M. et Mme Foujita\u00a0\u00bb, et re\u00e7oit de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre des lettres riches en impressions de voyage et en marques famili\u00e8res d&rsquo;amiti\u00e9. Il pr\u00e9c\u00e8de leur arriv\u00e9e d&rsquo;une carte de bienvenue<a href=\"#_edn56\" name=\"_ednref56\">[56]<\/a> qu&rsquo;il exp\u00e9die d\u00e8s leur d\u00e9part de Cherbourg o\u00f9 il les a accompagn\u00e9s, une attention \u00e0 laquelle Youki se montre sensible. Cet \u00e9change met en \u00e9vidence la prise de conscience de l&rsquo;importance de Youki pour lui et r\u00e9ciproquement\u00a0: malgr\u00e9 les joies vari\u00e9es du voyage elle lui laisse entendre qu&rsquo;il lui manque et, lors du retour, qu&rsquo;elle a h\u00e2te de le retrouver. Elle ne manque pas de rendre compte de la disette sexuelle \u00e0 bord ou des bonnes fortunes possibles. Ces lettres hautes en couleurs sont enlumin\u00e9es des dessins de Foujita et des d\u00e9calcomanies de Robert. Dans les mois qui suivent le retour de Youki, la vie \u00e0 trois, plus quelques chats, m\u00eame si Robert, le peintre et les chats s&rsquo;entendent bien, est consentie plut\u00f4t que choisie. La relation du voyage en Bourgogne des quatre protagonistes, r\u00e9unis pour une randonn\u00e9e le 17 ao\u00fbt 1930 (Foujita et Youki, Robert et le neveu de Foujita, Ashihara qui a le bon esprit de dormir presque tout le temps) peint une cohabitation idyllique dans un r\u00e9cit autobiographique joyeusement fictionnalis\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;on voit Robert en vaillant marcheur, bon buveur, secourant les randonneurs d\u00e9faillants, partant en \u00e9claireur n\u00e9gocier les questions d&rsquo;intendance avec les aubergistes et am\u00e9nager les itin\u00e9raires, anticipant les d\u00e9faillances des protagonistes et la fatigue de Youki. Le voyage a-t-il permis une prise de conscience, accentu\u00e9 le d\u00e9tachement de Foujita\u00a0? Alors qu&rsquo;il s\u00e9journe avec Youki \u00e0 Saint-Tropez, chez Derain, le peintre part \u00e0 Marseille rejoindre sa maitresse, la laissant seule \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 Toulon, sans explication, \u00e0 la grande inqui\u00e9tude de cette derni\u00e8re qui fait appel \u00e0 Robert pour le retrouver. Desnos ne peut tout \u00e0 fait cacher sa joie<a href=\"#_edn57\" name=\"_ednref57\">[57]<\/a><strong>. <\/strong>Youki t\u00e9l\u00e9graphie le 1<sup>er<\/sup> septembre\u00a0: \u00ab\u00a0Foujita introuvable. Parti hier de Marseille. Suis dans une mortelle inqui\u00e9tude. Pri\u00e8re faire impossible pour me donner nouvelle.\u00a0\u00bb\/ \u00ab\u00a0Viens imm\u00e9diatement \u00e0 Toulon. Sois sans inqui\u00e9tude pour l&rsquo;argent<a href=\"#_edn58\" name=\"_ednref58\">[58]<\/a>.\u00a0\u00bb En bon d\u00e9tective, le po\u00e8te multiplie les d\u00e9marches<a href=\"#_edn59\" name=\"_ednref59\">[59]<\/a> et \u00e9crit m\u00eame \u00e0 Monsieur Lequeux, l&rsquo;amant de Madeleine, de son nom d&rsquo;\u00e9pouse Madeleine Barclay, alias Mady Dormans de son nom de sc\u00e8ne (elle travaille au Sphinx le jour et au Casino de Paris le soir\u00a0). Robert r\u00e9pond \u00e0 Youki le 3 septembre\u00a01930. \u00ab\u00a0Enfin on s&rsquo;en fout et on rira bien quand on se retrouvera tout \u00e0 l&rsquo;heure aux \u00eeles d&rsquo;Hy\u00e8res. Ecris-moi vite. Si tu savais la joie que me fait la moindre de tes cartes, tu h\u00e9siterais moins \u00e0 m&rsquo;\u00e9crire. Je vais t\u00e2cher de voir Mado pour la d\u00e9cider \u00e0 partir avec moi. J&rsquo;esp\u00e8re toujours avoir un permis ce qui faciliterait les choses. Mais tout s&rsquo;arrangera.\u00a0\u00bb \u00a0C&rsquo;est finalement avec Georges Auric qu&rsquo;il descend en voiture dans le midi, le 6, adressant en chemin quelques t\u00e9l\u00e9grammes et mots griffonn\u00e9s sur leurs aventures m\u00e9caniques <a href=\"#_edn60\" name=\"_ednref60\">[60]<\/a>. Pass\u00e9 ce moment euphorique et la p\u00e9riode d&rsquo;idylle au soleil<a href=\"#_edn61\" name=\"_ednref61\">[61]<\/a>,\u00a0 le ciel se g\u00e2te.\u00a0 Foujita accul\u00e9 par les ennuis fiscaux, les d\u00e9penses de Youki et la pr\u00e9sence ind\u00e9fectible de Robert, d\u00e9cide de partir seul \u00e0 New York en septembre 1930, pour prendre des contacts, exposer et vendre si possible ses toiles. Il confie Youki aux soins de son chevalier servant, un r\u00f4le que Desnos prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux comme le prouve sa correspondance avec le peintre, \u00e0 la BLJD et \u00e0 la Biblioth\u00e8que Kandinsky<a href=\"#_edn62\" name=\"_ednref62\">[62]<\/a>.<\/p>\n<p>Foujita envoie parfois plusieurs jours de suite \u00e0 Robert des cartes postales de New York, vues de gratte-ciel et consid\u00e9rations sur l&rsquo;architecture qui soulignent que ce qui le lie \u00e0 Desnos c&rsquo;est d&rsquo;abord la passion de l&rsquo;art et l&rsquo;exercice d&rsquo;un certain regard. Il le remercie de ce qu&rsquo;il fait pour Youki mais parle surtout de ses marches exaltantes dans Manhattan.\u00a0 Desnos \u00e9crit \u00e0 Foujita pour lui donner des nouvelles de Youki, de ses difficult\u00e9s financi\u00e8res surtout\u00a0: le galeriste auquel Foujita a laiss\u00e9 des toiles refuse d&rsquo;en r\u00e9gler le montant, alors que Fernande Barrey, de son c\u00f4t\u00e9, \u00e9crit \u00e0 Youki pour demander sa part. Robert alerte le peintre (Lettre du 23 novembre 1930<a href=\"#_edn63\" name=\"_ednref63\">[63]<\/a>), revient \u00e0 la charge pour le prier d&rsquo;intervenir fermement pr\u00e8s du galeriste\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0je t&rsquo;\u00e9cris directement au sujet de Youki. Elle est tr\u00e8s d\u00e9prim\u00e9e, tr\u00e8s ennuy\u00e9e. Weill ne la paie pas&#8230; Dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de votre bonheur, il ne faut pas laisser Youki se d\u00e9sesp\u00e9rer comme cela avec les r\u00e9clamations de fournisseurs, pas d&rsquo;argent parfois pour payer la blanchisseuse<a href=\"#_edn64\" name=\"_ednref64\">[64]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de votre bonheur \u00bb ? est-ce vraiment aussi le sien ? On ne saurait pousser la loyaut\u00e9 plus loin : il sugg\u00e8re \u00e0 Foujita de lui laisser louer un appartement pour elle, o\u00f9 Foujita la retrouvera \u00e0 son retour. On le voit chercher avec z\u00e8le cet appartement qu&rsquo;il trouve finalement rue de Lacretelle, soumettre \u00e0 Youki la description des lieux, s&rsquo;occuper du d\u00e9m\u00e9nagement et de la vente des meubles superflus. Il semble parfois piqu\u00e9 au vif par l&rsquo;ind\u00e9pendance de sa \u00ab prot\u00e9g\u00e9e \u00bb, sans renoncer \u00e0 ses fonctions chevaleresques.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ma ch\u00e8re Youki\u00a0\u00bb<\/p>\nPuisque tu ne veux plus me voir, puisque je te [veille\u00a0?] je te remets sous cette enveloppe le carnet de ch\u00e8ques. Je te ferai parvenir le montant exact du compte d\u00e8s que la banque me l&rsquo;aura donn\u00e9.<br \/>\nJ&rsquo;y verserai d&rsquo;ailleurs le plus t\u00f4t possible la somme que je vous dois (environ cinq mille francs) que vous avez \u00e9t\u00e9 si chics de m&rsquo;avancer.<br \/>\nFais mes amiti\u00e9s \u00e0 Foujita et continue \u00e0 me croire dans tes moments de tranquillit\u00e9 d&rsquo;esprit le meilleur et le plus s\u00fbr de tes amis.<br \/>\nRobert\nP.S. Avec ceci un paquet d&rsquo;objets oubli\u00e9s lors du d\u00e9m\u00e9nagement. Si j&rsquo;en trouve d&rsquo;autres\u00a0 je les porterai aussit\u00f4t.<br \/>\nJ&rsquo;enverrai de m\u00eame Le Voyage en Bourgogne d\u00e8s qu&rsquo;il sera termin\u00e9. Il fait d&rsquo;ailleurs son petit bonhomme de chemin plus vite mais moins gaiement que nous-m\u00eames entre Tonnerre et Beaune<a href=\"#_edn65\" name=\"_ednref65\">[65]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Les lettres de Foujita \u00e0 Youki, envoy\u00e9es de New York en f\u00e9vrier 1931 le montrent press\u00e9 de la rejoindre, mais le retour ne tient pas ses promesses. Youki laisse Foujita et Robert seuls rue de Lacretelle tandis qu&rsquo;elle part chez son cousin Frank Vleminck \u00e0 Linkebeeck pr\u00e8s de Bruxelles, pour \u00ab\u00a0faire la bombe\u00a0\u00bb selon son expression.\u00a0 Foujita se console avec sa maitresse Madeleine Lequeux. La correspondance entre Youki et Robert reprend\u00a0: billets de l&rsquo;une, longues lettres de l&rsquo;autre. Les lettres fleuve<a href=\"#_edn66\" name=\"_ednref66\">[66]<\/a> sont une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre pr\u00e8s d&rsquo;elle, et d\u00e9taillent les activit\u00e9s de la journ\u00e9e, les d\u00e9marches multiples aupr\u00e8s des journaux, des relations, les amis qu&rsquo;on rencontre, les soir\u00e9es arros\u00e9es. Il y fait aussi le compte rendu de ses efforts pour obtenir de Foujita l&rsquo;argent dont elle a besoin \u00e0 Bruxelles. Apr\u00e8s sa visite en Belgique et l&rsquo;\u00e9change qui suit, dans lequel il lui fait part de sa d\u00e9ception, de son incertitude sur ses sentiments \u00e0 son \u00e9gard, il ajoute le 28 juillet\u00a0: \u00ab\u00a0mon retour a \u00e9t\u00e9 \u00e9pique. J&rsquo;avais juste de quoi prendre le m\u00e9tro et un caf\u00e9&#8230; Mais si Foujita n&rsquo;avait pas eu d&rsquo;argent je ne me serais pas couch\u00e9 avant d&rsquo;en avoir trouv\u00e9 pour te l&rsquo;envoyer<a href=\"#_edn67\" name=\"_ednref67\">[67]<\/a>\u00a0\u00bb. Youki expose dans ses lettres \u00e0 Robert son exasp\u00e9ration devant la place que la peinture tient dans la vie de Foujita regrettant que ce dernier ne puisse jamais partager avec elles quelques jours de vacances. Un v\u0153u qui ne se r\u00e9alisera pas&#8230; Foujita, quittant la France avec Madeleine, avertit Youki par un billet laconique : \u00ab\u00a0adieu, je pars. Aies bonne sant\u00e9, laisse-moi partir et ne cherche pas apr\u00e8s moi, aies piti\u00e9 de moi. Je pars pour toujours. Je t&#8217;embrasse pour la derni\u00e8re fois et sois heureuse.\u00a0\u00bb Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Cherche une lettre pour toi dans le tiroir de ma table\/[1<sup>er<\/sup>au fond]\/ basse. Tu me comprendras<a href=\"#_edn68\" name=\"_ednref68\">[68]<\/a>.\u00a0\u00bb. Cette deuxi\u00e8me lettre bien plus longue confirme que la vie avec elle lui para\u00eet trop instable pour qu&rsquo;il puisse se consacrer comme il le souhaite \u00e0 son \u0153uvre.<\/p>\n<blockquote><p>ma vie est finie, je suis fatigu\u00e9 et vieux, je n&rsquo;ai plus la force \u00e0 lutter \u00e0 Paris&#8230; ne cherche pas apr\u00e8s moi, je t&rsquo;en prie, ne m&#8217;emb\u00eate pas. Laisse-moi dans la simple vie que je r\u00eave encore avec un peu d&rsquo;espoir. Tu as maintenant un fid\u00e8le ami, Robert, il est tr\u00e8s gentil et quelle admiration pour toi. Il ne quitte plus avec toi, il m&rsquo;a pris ma place, au fond tu vis avec lui, et pour lui tu es plus ch\u00e8re au monde&#8230; au fond tu n&rsquo;es pas n\u00e9e pour moi, tu ne comprends pas mon d\u00e9sir, tu bois trop, je n&rsquo;aime pas l&rsquo;alcool, qu&rsquo;est-ce que tu veux, ce n&rsquo;est pas ta faute ni moi non plus, tu aimes la ga\u00eet\u00e9, rigolade, mais moi je suis trop s\u00e9rieux et toujours pens\u00e9e calme et triste.<\/p><\/blockquote>\n<p>Foujita ajoute pour Desnos\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Merci de tout ce que tu m&rsquo;a fait et pour Youki tu feras encore ton fid\u00e8le amiti\u00e9. Merci, merci, je n&rsquo;ai plus besoin de rester ; tu as un destin de occuper Youki. Merci<a href=\"#_edn69\" name=\"_ednref69\">[69]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>On peut s&rsquo;interroger sur certaines de ces formulations, les attribuer aux difficult\u00e9s lexicales d&rsquo;un locuteur japonais, ou y entendre de l&rsquo;amertume voire de l&rsquo;ironie. Robert ainsi d\u00e9sign\u00e9 comme successeur l\u00e9gitime, sait, lui, qu&rsquo;il ne va pas vers \u00ab\u00a0la simple vie\u00a0\u00bb comme dit Foujita -heureusement, ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;il d\u00e9sire. Et Youki n&rsquo;a pas d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab\u00a0se ranger\u00a0\u00bb. \u00a0En t\u00e9moignent des billets et petits mots en 1931, o\u00f9 Desnos lui donne rendez-vous, annonce sa visite, attend un signe, et recule d&rsquo;heure en heure, de jour en jour, le terme de son attente, chez lui rue Blomet \u00a0ou rue de Lacretelle, de peur de la manquer\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Il est huit heure moins dix. Je suis tellement seul sans toi. Je vais voir si Guita est chez elle sinon je reviendrai&#8230;. Je suis revenu de bonne heure&#8230; T\u00e9l\u00e9phone chez Schwob si tu as quelque chose \u00e0 me dire&#8230; sinon je reviendrai ici&#8230;<a href=\"#_edn70\" name=\"_ednref70\">[70]<\/a><\/p>\n<p>O\u00f9 es-tu\u00a0? Rien de toi. Pas un signe\u00a0! je vais chez Fraenkel d\u00e9jeuner. Cette attente me prise le c\u0153ur. Je vais aller jusque chez Guita<a href=\"#_edn71\" name=\"_ednref71\">[71]<\/a> (il est sept heures moins le quart). Si elle n&rsquo;est pas l\u00e0, je reviens c&rsquo;est-\u00e0-dire que je serai l\u00e0 \u00e0 huit heures moins le quart. Si elle est l\u00e0 j&rsquo;y resterai une partie de la soir\u00e9e et reviendrai te voir&#8230; si tu es l\u00e0 laisse un mot si tu veux tu seras bonne. Si tu veux venir chez Guita tu me ferais une grande joie. Si tu n&rsquo;as pas le d\u00e9sir de me voir mais de la voir tu n&rsquo;auras qu&rsquo;\u00e0 me le dire je partirai&#8230; et je ne devrai pas \u00e9crire mais je ne ruse pas avec toi. Je parle \u00e0 c\u0153ur ouvert. Cette solitude me p\u00e8se il est huit heures&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dimanche, seize heures.\/ Tu m&rsquo;avais dit de venir, que tu serais l\u00e0. Je t&rsquo;avais dit que je viendrai mais\u00a0 tu feras comme tu voudras&#8230; Tu n&rsquo;es pas l\u00e0&#8230; je suis tr\u00e8s malheureux. Mais je ne te reproche rien.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 18h45 il ajoute un argument de poids en des termes qui le montrent assez secou\u00e9 par cet amour tout en montagnes russes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Je crois avoir bient\u00f4t l&rsquo;argent. Mais la seule chose \u00e0 quoi je pense c&rsquo;est toi et quelque chose me dit d&rsquo;esp\u00e9rer, d&rsquo;esp\u00e9rer. Ah, ne me fais pas retomber plus bas. [&#8230;] Me voici revenu dans la maison vide. Tout l&rsquo;apr\u00e8s-midi j&rsquo;ai esp\u00e9r\u00e9 un coup de t\u00e9l\u00e9phone, un signe de toi. J&rsquo;esp\u00e9rais trouver en rentrant ne f\u00fbt-ce que la trace de ton passage. Une enveloppe ouverte -un peu de ta pr\u00e9sence- ton parfum. J&rsquo;ai le c\u0153ur gros comme un enfant. Ne m&rsquo;abandonne pas ne me laisse pas tomber de plus haut, rappelle-toi tes paroles. Les promesses de ces jours derniers&#8230; il n&rsquo;est pas un endroit o\u00f9 je vais qui ne me dise que tu n&rsquo;es pas l\u00e0. Ces livres que j&rsquo;aime, c&rsquo;est \u00e0 cause de toi que je les aime. Ch\u00e9rie, j&rsquo;en cr\u00e8ve, j&rsquo;en cr\u00e8ve&#8230; mon ch\u00e9rie je t&rsquo;importune. [&#8230;]<br \/>\nMille baisers ma ch\u00e9rie j&rsquo;ai encore dans la bouche l&rsquo;odeur de ta chair et je vais la garder tout le jour en r\u00eavant \u00e0 toi. \u00bb<\/blockquote>\n<p>Les po\u00e8mes du \u00ab\u00a0Livre secret\u00a0\u00bb offert \u00e0 Youki \u00a0en novembre 1932 <strong>[figure 26]<\/strong>, exemplaire manuscrit unique sem\u00e9 de gouaches du po\u00e8te, \u00e9voquent \u00a0sa solitude, ses larmes, le lit d\u00e9sert\u00e9. Youki en d\u00e9pit de tout est le visage de son amour ; une seule certitude\u00a0: elle lui est destin\u00e9e. Leur relation amoureuse ne se con\u00e7oit pas sur le mod\u00e8le d&rsquo;une vie de couple install\u00e9 -non que Desnos n&rsquo;y aspire pas mais il semble ne pouvoir aimer que des femmes qui ne correspondent pas \u00e0 ce mod\u00e8le et ont de leur libert\u00e9 une id\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale \u00e0 la sienne. Desnos, qui fut en tiers le confident des amours lesbiennes ou bisexuelles d&rsquo;Yvonne George, est avec Youki en position d&rsquo;amant soumis au charme d&rsquo;une dominatrice, ce qu&rsquo;il met en sc\u00e8ne non sans humour dans ses dessins. Les correspondances permettent de saisir dans son expression la plus directe la fascination du naufrage amoureux que th\u00e9matisent dans son \u0153uvre graphique, narrative et po\u00e9tique les m\u00e9taphores du paquebot en train de sombrer. Il n&#8217;emp\u00eache que dans les ann\u00e9es trente, tous deux deviennent un couple aux yeux de leurs amis, que la rue Mazarine est un foyer vivant o\u00f9 l&rsquo;on se retrouve, entre amis, sans avoir besoin de s&rsquo;annoncer, pour \u00e9couter des disques, boire un coup -plusieurs.<\/p>\n<p>Cet amour qui se vit sur le mode de la d\u00e9pendance et de l&rsquo;incertitude\u00a0engage le po\u00e8te dans une guerre de conqu\u00eate. L&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 installe un rapport de force, refuse de lui donner une assurance, le maintient en suspens, retenant son souffle dans l&rsquo;attente de la catastrophe toujours possible. Youki alterne les d\u00e9clarations d&rsquo;ind\u00e9pendance, de d\u00e9tachement, et les protestations amoureuses qui n&rsquo;ont pas toutes de quoi le rassurer\u00a0; ainsi dans cette lettre envoy\u00e9e du Japon<\/p>\n<blockquote><p>Je ne fais pas l&rsquo;amour et c&rsquo;est f\u00e2cheux pour mon temp\u00e9rament, mais enfin, pas trop malgr\u00e9 tout&#8230; Enfin, je t&rsquo;aime bien, tu sais et vrai tu me manques.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le r\u00f4le que Desnos se reconna\u00eet est celui de tuteur responsable et protecteur qui doit permettre \u00e0 Youki de vivre selon ses d\u00e9sirs -il lui revient de gagner l&rsquo;argent qui doit lui permettre de voyager, d&rsquo;aller en vill\u00e9giature avec une amie ou un ami, de porter de beaux v\u00eatements, de boire du champagne en joyeuse compagnie. Il ne se reconna\u00eet aucun droit \u00e0 rien r\u00e9clamer en \u00e9change, ni la vie commune, qui s&rsquo;impose peu \u00e0 peu, ni le sexe, encore moins l&rsquo;exclusivit\u00e9. Sans aucun aveuglement, comme en t\u00e9moignent ses mouvements d&rsquo;humeur vis-\u00e0-vis de \u00ab\u00a0mon amie Youki qui me tourmente si souvent, qui n&rsquo;est ni douce ni tendre et dont je ne peux pas me passer bien qu&rsquo;elle se passe ais\u00e9ment de moi et qui dira peut-\u00eatre en lisant cette lettre que je suis un emmerdeur et que je ferais mieux de garder mes beaux sentiments dans mon stylo et ma personne \u00e0 Paris. Qu&rsquo;importe, je ne crois pas un mot de cette derni\u00e8re phrase et j&rsquo;esp\u00e8re bien qu&rsquo;elle pense \u00e0 moi comme je pense \u00e0 elle<a href=\"#_edn72\" name=\"_ednref72\">[72]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bien des lettres de Desnos \u00e0 Youki et quelques cartes postales la rejoignent sur des lieux de vill\u00e9giature, o\u00f9 elle ne va pas seule. Desnos lutte contre sa propre jalousie, sa col\u00e8re, parfois, contre ses inqui\u00e9tudes mat\u00e9rielles souvent, fid\u00e8le au contrat qu&rsquo;il a pass\u00e9 avec lui-m\u00eame de lui assurer par tous les moyens la vie libre et insouciante qui la rend heureuse. Comme Marie-Claire Dumas l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, il trouve aussi son compte \u00e0 cette vie toute en bourrasques, pics et d\u00e9gringolades. Ce qui n&rsquo;exclut pas une certaine violence. Les t\u00e9moignages des amis montrent que le climat rue Mazarine peut \u00eatre parfois plus qu&rsquo;orageux et que les assiettes volent.<\/p>\n<p>Les lettres des ann\u00e9es trente prodiguent non seulement des conseils mais des plaintes et des reproches sous-jacents, assortis de d\u00e9n\u00e9gations, de protestations de soumission\u00a0: \u00ab\u00a0comme il te suffit de peu de mots pour panser les blessures que tu fais. On comprend que tu n&rsquo;y regardes gu\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e9crit-il le 13 Juillet 1931<a href=\"#_edn73\" name=\"_ednref73\">[73]<\/a>. En ce d\u00e9but des ann\u00e9es trente, il court entre les travaux alimentaires, travaille quelques heures par semaine\u00a0chez un administrateur de biens, L\u00e9on Schwob de Lure, pour assurer une rentr\u00e9e d&rsquo;argent r\u00e9guli\u00e8re. Entre les contributions tr\u00e8s al\u00e9atoires aux revues, il s&rsquo;occupe des litiges avec les locataires de 14 \u00e0 16 tous les jours\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Oh la la, j&rsquo;en ai marre du m\u00e9tier que je fais. Passe encore pour le travail, mais \u00e7a ne rapporte pas assez. J&rsquo;y resterai jusqu&rsquo;\u00e0 ce que j&rsquo;ai trouv\u00e9 quelque chose de mieux \u00e0 tout prix<a href=\"#_edn74\" name=\"_ednref74\">[74]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les activit\u00e9s publicitaires et radiophoniques assureront bient\u00f4t des rentr\u00e9es plus substantielles. L&rsquo;amour et la tristesse l&#8217;emportent sur les reproches, comme l&rsquo;atteste cet autre passage de la lettre du 12 juillet 1931 cit\u00e9e plus haut<strong> :<\/strong><\/p>\n<blockquote><p>Paris sans toi est bien d\u00e9sert en d\u00e9pit de quelques amis qui dansent devant les estrades autant que devant le buffet. C&rsquo;est te dire que je m&rsquo;ennuie de toi et que cette fausse ga\u00eet\u00e9 n&rsquo;est pas faite pour me distraire&#8230; Je voudrais savoir si tu penses \u00e0 moi l\u00e0-bas. J&rsquo;ai peur de cette distance qui nous s\u00e9pare et je ferai l&rsquo;impossible pour aller te voir samedi prochain&#8230;<a href=\"#_edn75\" name=\"_ednref75\">[75]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le ton en cette p\u00e9riode o\u00f9 Youki s&rsquo;amuse \u00e0 Bruxelles est d\u00e9sabus\u00e9, d&rsquo;ailleurs les quelques amis encore \u00e0 Paris en ce mois de juillet semblent tous, \u00e0 l&rsquo;en croire, pris de d\u00e9pression. Errant avec Pierre Batcheff et Jacques Pr\u00e9vert dans \u00ab\u00a0la rue de Lappe presque vide\u00a0\u00bb, il \u00e9crit deux jours plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vogu\u00e9 sans but jusqu&rsquo;\u00e0 7h30 o\u00f9 j&rsquo;ai rencontr\u00e9 aux 2 Magots, Jeanson et sa femme qui attendaient les Achard. Nous avons d\u00een\u00e9 aux Capucines&#8230; Apr\u00e8s quoi nous avons \u00e9t\u00e9 [&#8230;] voir Stroheim dans la 2<sup>e<\/sup> moiti\u00e9 de la symphonie nuptiale intitul\u00e9e <em>Mariage de Prince<\/em>. C&rsquo;est BEAU. Imagine les <em>Hauts de Hurlevent et Ligeia <\/em>(sic??) <a href=\"#_edn76\" name=\"_ednref76\">[76]<\/a>\u00a0 Je ne te raconte que \u00e7a. Il faut voir. Les larmes vous viennent aux yeux et ce qu&rsquo;on se sent fort apr\u00e8s. La veulit\u00e9 sentimentale ou la sentimentalit\u00e9 veule. Quel g\u00e9nie. C&rsquo;est beau, beau, beau et si simple. Nous verrons cela ensemble<a href=\"#_edn77\" name=\"_ednref77\">[77]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce spectacle le bouleverse et les associations litt\u00e9raires qu&rsquo;il convoque n&rsquo;ont rien d&rsquo;anecdotique\u00a0: Ligeia dans la mythologie grecque, est une N\u00e9r\u00e9\u00efde, fille du dieu-fleuve Ach\u00e9lo\u00fcs et de la muse Calliope, dont le nom signifie \u00ab\u00a0\u00e0 la voix claire et per\u00e7ante\u00a0\u00bb &#8211; une muse \u00e0 la voix de sir\u00e8ne, en somme, \u00e0 laquelle on ne peut faire la sourde oreille, tout \u00e0 l&rsquo;inverse de \u00ab\u00a0la voix de Robert Desnos\u00a0\u00bb telle qu&rsquo;elle apparaissait dans le fameux po\u00e8me \u00e9ponyme de <em>Corps et biens.<\/em> \u00c0 cette voix orphique du po\u00e8te, les \u00e9l\u00e9ments, les animaux, les objets ob\u00e9issaient, mais pas Yvonne, la femme aim\u00e9e. Le sc\u00e9nario se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p>Beaucoup de ces pages disent la soumission, le d\u00e9sarroi ; le registre sentimental, la supplication, ne semblent pas susceptibles de s\u00e9duire Youki, qui l&rsquo;appelle \u00ab\u00a0mon amour ador\u00e9\u00a0\u00bb un jour et lui bat froid le lendemain, sans condescendre \u00e0 s&rsquo;expliquer sur ses humeurs. L&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 m\u00eame au sein du quotidien est ce qui l&rsquo;attache\u00a0: \u00ab\u00a0Tu es si extraordinaire, aussi, comme un ciel d&rsquo;\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;orage et le soleil et la pluie se succ\u00e8dent sans arr\u00eat sans que rien puisse laisser pr\u00e9voir quand, comment et pourquoi&#8230;\u00a0\u00bb . Desnos est aussi capable de comprendre \u00ab\u00a0ce qu&rsquo;il y a dans [sa] jolie t\u00eate\u00a0\u00e0 [son] \u00e9gard\u00a0\u00bb (Lettre du 28 juillet 1931) -l&rsquo;angoisse du manque, la hantise du d\u00e9nuement\u00a0? &#8211; que d&rsquo;analyser sa propre posture d&rsquo;amant meurtri. L&rsquo;amour de Robert pour Youki est plus proche de la d\u00e9pendance \u00e9rotique, ou plut\u00f4t de la d\u00e9pendance \u00e9rotis\u00e9e. Le plaisir reste li\u00e9 \u00e0 la souffrance, dans ces deux lettres de 1931 dont certains termes \u00e9voquent le po\u00e8me \u00ab\u00a0Non l&rsquo;amour n&rsquo;est pas mort\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn78\" name=\"_ednref78\">[78]<\/a>:<\/p>\n<blockquote><p>Mon amour. J&rsquo;ai bien le droit de t&rsquo;appeler ainsi Youki\u00a0: j&rsquo;ai r\u00e9fl\u00e9chi tout recommence. \u00c0 nouveau je dois te conqu\u00e9rir et c&rsquo;est bien la derni\u00e8re fois que je fais allusion au pass\u00e9. Tu es ma femme. Nulle autre ne prendra ta place. Plus j&rsquo;y pense plus je me crois responsable de ce qui se passe. Ai-je voulu souffrir \u00e0 nouveau\u00a0? Je le croirais tant la souffrance que tu me causes m&rsquo;est ch\u00e8re. Mais ce n&rsquo;est pas cela. Il y a plus que cela qui me rattache directement \u00e0 toi. Mais je ne t&rsquo;en infligerai pas le spectacle. Tu seras mienne. Car tu ne l&rsquo;as jamais \u00e9t\u00e9. Tout recommence&#8230; Ai-je vraiment voulu d\u00e9truire \u00e0 mon insu ce que j&rsquo;aimais le plus au monde. Si cela \u00e9tait toi, ce serait faux. Si c&rsquo;est mon amour, je l&rsquo;ai doubl\u00e9. Que dis-je\u00a0: avant est m\u00e9prisable. Il na\u00eet aujourd&rsquo;hui o\u00f9 je suis seul et o\u00f9 toute piti\u00e9 m&rsquo;est une insulte. J&rsquo;ai v\u00e9cu mon \u00e2ge pendant quelques jours. Depuis midi j&rsquo;ai retrouv\u00e9 ma jeunesse, que je dois conserver pour \u00eatre digne de toi&#8230; Non, je ne renonce pas. Comme aux jours de la grange-Blomet, j&rsquo;attendrai que tu viennes et tu viendras. Ma vie est belle de t&rsquo;avoir connue, de t&rsquo;avoir comprise. S&rsquo;il le fallait, je changerais de nom et de visage pour te retrouver, pour te rencontrer. Nous ne nous connaissons pas. Nous venons de liquider un passif. C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui que Foujita est parti. Il y a quelque part par le monde une Youki qui marche vers l&rsquo;horizon cheveux au vent et la cherchant, Robert<a href=\"#_edn79\" name=\"_ednref79\">[79]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;\u00e9criture \u00e9pistolaire atteint par endroits, dans son emportement m\u00eame, au lyrisme du po\u00e8me. Ailleurs, il confirme, en termes plus crus, ce qui d\u00e9sormais balaie toute incertitude dans des termes que ne d\u00e9savoueraient pas Corsaire Sanglot et Louis Lame, deux adversaires \u00e0 la taille l&rsquo;un de l&rsquo;autre\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>En d\u00e9pit de tout, en d\u00e9pit de l&rsquo;amiti\u00e9 m\u00eame que je puis porter \u00e0 certains, en d\u00e9pit d&rsquo;une loyaut\u00e9 \u00e0 laquelle je n&rsquo;ai jamais failli, vous serez mienne. Mon c\u0153ur est aussi jeune que voici dix ans alors que j&rsquo;esp\u00e9rais \u00eatre aim\u00e9. Et j&rsquo;esp\u00e8re \u00eatre aim\u00e9. La seule diff\u00e9rence est que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 aim\u00e9 bien inutilement et que je vous aime. Riez\u00a0! Sans orgueil, ni vanit\u00e9, nous sommes \u00e0 la taille l&rsquo;un de l&rsquo;autre. L&rsquo;amour le plus pur, le plus c\u00e9leste est le m\u00eame que le plus d\u00e9prav\u00e9 et j&rsquo;aime tout en vous depuis cet esprit libre, r\u00e9volt\u00e9 qui est le v\u00f4tre jusqu&rsquo;\u00e0 votre cul, le plus beau du monde et dont l&rsquo;odeur m&rsquo;est ch\u00e8re&#8230; Youki, je garderai pour moi certaines histoires m\u00e9lancoliques que je me conte \u00e0 moi-m\u00eame dans les nuits de solitude, je garderai ma jalousie. J&rsquo;ai assez d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour tout supporter au nom de l&rsquo;espoir et pour un seul baiser sinc\u00e8re de votre bouche<a href=\"#_edn80\" name=\"_ednref80\">[80]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>On retiendra l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de cette formule, \u00ab\u00a0je garderai ma jalousie\u00a0\u00bb\u00a0: aussi bien \u00ab\u00a0je n&rsquo;en dis rien, je la garde pour moi\u00a0\u00bb que \u00ab je la conserverai envers et contre tout\u00a0\u00bb. En novembre 1932, il r\u00e9vise son testament en sa faveur<a href=\"#_edn81\" name=\"_ednref81\">[81]<\/a> parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je [te] suis redevable des seules\u00a0 joies que j&rsquo;ai connues\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans une lettre simplement dat\u00e9e \u00ab\u00a0Dimanche\u00a0\u00bb\u00a0 o\u00f9 il r\u00e9sume les derniers actes de sa course aux finances pour payer les factures, adress\u00e9e \u00e0 Youki alors \u00e0 Marnay<a href=\"#_edn82\" name=\"_ednref82\">[82]<\/a>, il l&rsquo;informe que Gaston Ferdi\u00e8re est d&rsquo;accord pour commencer avec elle une analyse, puisqu&rsquo;elle le souhaite, et s&rsquo;en r\u00e9jouit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>J&rsquo;en suis bien heureux. Nous nourrissons toi et moi des fant\u00f4mes qui s&rsquo;interposent entre nous. Il n&rsquo;est que temps de les tuer une fois pour toutes. Je n&rsquo;ose esp\u00e9rer que tu m&rsquo;aimeras pour cela mais tout de m\u00eame&#8230;<br \/>\nQuant \u00e0 moi, je serai si heureux d&rsquo;avoir une Youki assez libre pour ne pas craindre de perdre sa libert\u00e9 \u00e0 chaque baiser. Une Youki qui ne soit plus en libert\u00e9 provisoire et qui r\u00e9ponde enfin \u00e0 mon immense tendresse qui, pour une fois, n&rsquo;est pas l&rsquo;ennemie de l&rsquo;amour.<br \/>\nJe t&#8217;embrasse ma ch\u00e9rie<\/blockquote>\n<p>On note l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de cette libert\u00e9 consentie \u00e0 Youki. Desnos, comme dans la famille bourgeoise traditionnelle, entend par son travail, d\u00fbt-il multiplier les chroniques et petits travaux, faire vivre sa compagne pour lui procurer la vie insouciante et luxueuse \u00e0 laquelle elle aspire. C&rsquo;est lui qui s&rsquo;occupe des d\u00e9tails mat\u00e9riels, retient les chambres d&rsquo;h\u00f4tel, envoie l&rsquo;argent des billets de train, pr\u00e9vient ou affronte les ennuis que son temp\u00e9rament pourrait attirer \u00e0 une sir\u00e8ne rebelle, en l&rsquo;occurrence, une amende pour lumi\u00e8re nocturne en p\u00e9riode de couvre-feu, une insouciance plut\u00f4t dangereuse dans Paris occup\u00e9, une plainte des voisins pour tapage nocturne lorsque Youki invite les amis \u00e0 d\u00eener. C&rsquo;est encore lui qui tente de r\u00e9soudre les difficult\u00e9s \u00e0 payer le loyer, trouver du charbon, garder un toit. Les lettres de Desnos en 1939-1940, tr\u00e8s protectrices, prescrivent des panoplies de solutions, d&rsquo;amis \u00e0 contacter, de d\u00e9marches \u00e0 entreprendre. Or, c&rsquo;est une autre forme de pouvoir sur l&rsquo;autre, paradoxale, ici, puisque dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il revient \u00e0 l&rsquo;homme de faire vivre sa femme -une fa\u00e7on de la garder \u00e0 la maison et de la rendre d\u00e9pendante-, \u00a0il s&rsquo;agit au contraire pour Desnos de lui donner les moyens de sortir en bonne compagnie, en reine de la f\u00eate, sans qu&rsquo;il s&rsquo;autorise \u00e0 revendiquer le statut de propri\u00e9taire exclusif. Youki, de son c\u00f4t\u00e9 joue comme les demi-mondaines de la fin du XIXe si\u00e8cle de cette image de la femme l\u00e9g\u00e8re, qui a besoin d&rsquo;\u00eatre entretenue comme le peintre a besoin d&rsquo;un m\u00e9c\u00e8ne. Ni \u00e9pouse et m\u00e8re ni travailleuse exploit\u00e9e, elle affiche agressivement ce choix existentiel et entre l&rsquo;amour et la libert\u00e9 qu&rsquo;elle semble juger incompatibles, elle a choisi la seconde de quelque prix qu&rsquo;il faille la payer -ou la faire payer.<\/p>\n<p>Barthes a d\u00e9crit dans <em>Fragments d&rsquo;un discours amoureux<\/em>, les contradictions dans lesquelles se noie l&rsquo;amoureux jaloux, qui s&rsquo;interdit de l&rsquo;\u00eatre. Il parle apr\u00e8s 1968 d&rsquo;une nouvelle casuistique, n\u00e9e au sein de la g\u00e9n\u00e9ration hippie et de la vie communautaire qui appara\u00eet alors comme une alternative au couple traditionnel\u00a0pr\u00e9sent\u00e9 comme la cellule de base de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste fond\u00e9e sur la propri\u00e9t\u00e9 et le pouvoir. Il y voit l&rsquo;origine et le fruit de la r\u00e9partition genr\u00e9e des t\u00e2ches et rend compte de la situation qui se cr\u00e9e dans les strat\u00e9gies amoureuses au temps de l&rsquo;amour libre sans oublier les conflits int\u00e9rieurs qui en r\u00e9sultent. Mais la circulation amoureuse, le partage qui s&rsquo;instaure dans les groupes artistes des ann\u00e9es vingt et trente montrent que sur ce plan aussi les avant-gardes ont cherch\u00e9 des alternatives \u00e0 la morale dominante, avec plus ou moins de succ\u00e8s<a href=\"#_edn83\" name=\"_ednref83\">[83]<\/a>. L&rsquo;analyse de Barthes au chapitre de la jalousie ne s&rsquo;applique pas seulement, comme il le croit, \u00e0 un certain \u00e9tat d&rsquo;esprit post-68\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>(Conformisme invers\u00e9\u00a0: on n&rsquo;est plus jaloux, on condamne les exclusives, on vit \u00e0 plusieurs etc. -Voire\u00a0!-, voir ce qu&rsquo;il en est r\u00e9ellement\u00a0: et si je me for\u00e7ais \u00e0 n&rsquo;\u00eatre plus jaloux par honte de l&rsquo;\u00eatre\u00a0? C&rsquo;est laid, c&rsquo;est bourgeois, la jalousie\u00a0: c&rsquo;est un affairement indigne, un <em>z\u00e8le<\/em> -et c&rsquo;est ce z\u00e8le que nous refusons.)<\/p><\/blockquote>\n<p>Barthes conclut ainsi\u00a0 le chapitre:<\/p>\n<blockquote><p>[&#8230;] \u00a0Comme jaloux, je souffre quatre fois\u00a0: parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l&rsquo;\u00eatre, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l&rsquo;autre, parce que je me laisse assujettir \u00e0 une banalit\u00e9\u00a0: je souffre d&rsquo;\u00eatre exclu, d&rsquo;\u00eatre agressif, d&rsquo;\u00eatre fou et d&rsquo;\u00eatre commun<a href=\"#_edn84\" name=\"_ednref84\">[84]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ces quatre souffrances sont pr\u00e9sentes dans les lettres de Robert, qui ne se reconna\u00eet pas le droit d&rsquo;\u00eatre propri\u00e9taire du corps de Youki, ni de ses pens\u00e9es et de ses d\u00e9sirs, et se trouve ainsi d\u00e9vor\u00e9 par une souffrance non l\u00e9gitime; il se sent \u00a0coupable de son propre d\u00e9sir d\u00e8s lors que, limitant la libert\u00e9 de l&rsquo;autre, il nierait sa souverainet\u00e9. Mais ce que n&rsquo;envisage pas Barthes dans ce chapitre, c&rsquo;est que cette souffrance amoureuse soit source de jouissance\u00a0: \u00eatre exclu, \u00eatre en tiers, t\u00e9moin, telle est de fa\u00e7on r\u00e9currente la posture que lui r\u00e9servent avec une certaine constance ses choix amoureux\u00a0; c&rsquo;est une place qu&rsquo;il travaille \u00e0 maintenir dans la relation triangulaire de 1929 \u00e0 1931.<\/p>\n<p>Cette relation que l&rsquo;on a vu se construire dans l&rsquo;amour, mais aussi la frustration et la violence, \u00e9volue consid\u00e9rablement au d\u00e9but de la guerre et pendant l&rsquo;Occupation. La tendresse, l&rsquo;inqui\u00e9tude, la sollicitude se teintent de gravit\u00e9 et Desnos implique d\u00e9sormais Youki dans le quotidien -parce qu&rsquo;il ne peut pas faire autrement, \u00e9tant \u00ab\u00a0sous les drapeaux\u00a0\u00bb, mais aussi parce qu&rsquo;il envisage de plus en plus, tout en lui \u00e9crivant le contraire, sa propre mort et veut lui donner les moyens de s&rsquo;assumer mat\u00e9riellement, en quelques br\u00e8ves le\u00e7ons : qui solliciter, quels droits faire valoir, comment faire rentrer ce qu&rsquo;on lui doit. En bon soldat fourrier il lui adresse des demandes de fournitures et rend compte des colis qui arrivent ou n&rsquo;arrivent pas, pour lui-m\u00eame mais plus souvent pour les soldats de son r\u00e9giment\u00a0: elle est une bonne m\u00e9diatrice pour obtenir des dons, faire rentrer les aides pr\u00e9vues par l&rsquo;\u00e9tat et les sommes dues pour son travail \u00e0 la radio ou promises par des amis fid\u00e8les. Il compte aussi sur elle d\u00e9sormais pour veiller au grain aupr\u00e8s des \u00e9diteurs. Ce souci devient lancinant dans les lettres \u00e9crites de Compi\u00e8gne lorsqu&rsquo;il sent que le pi\u00e8ge se referme avant qu&rsquo;il ait pu voir l&rsquo;aboutissement des publications envisag\u00e9es. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es quarante, ses lettres planifient les publications \u00e0 venir, avec un sentiment d&rsquo;urgence tr\u00e8s perceptible.<\/p>\n<p>Ce qui, finalement, appara\u00eet comme une constante dans toutes les lettres de Desnos, c&rsquo;est la d\u00e9termination sauvage d&rsquo;\u00eatre heureux. En 1931, \u00e0 un moment o\u00f9 il doit imp\u00e9rativement assurer la vie de Youki, Desnos \u00e9crit \u00e0 Foujita qui est \u00e0 New York sur un ton l\u00e9ger qui lui permet de dire quand m\u00eame ses difficult\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Je fr\u00e9quente toujours le Mont-de-Pi\u00e9t\u00e9, ma tante, le clou, le P\u00e9gale et je m&rsquo;y fais de solides relations. A part cela la vie continue sans grande rigolade. J&rsquo;esp\u00e8re arriver \u00e0 me d\u00e9brouiller. Ce n&rsquo;est pas commode mais quand le diable y serait il faudra bien que la mis\u00e8re fiche le camp.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 Youki, il multiplie les d\u00e9clarations d&rsquo;espoir et s&rsquo;adresse \u00e0 lui-m\u00eame des injonctions rituelles \u00e0 la Fortune et au bonheur, tout particuli\u00e8rement quand il doute de son amour, comme dans les moments de d\u00e8che, quand il sent Youki distante :<\/p>\n<blockquote><p>[&#8230;] Je sais bien que le manque d&rsquo;argent n&rsquo;est pas dr\u00f4le, je ne le sais que trop, mais enfin il ne faut pas t&rsquo;exag\u00e9rer les ennuis. \u00c7a se tassera s\u00fbrement. J&rsquo;en suis s\u00fbr et la preuve, c&rsquo;est qu&rsquo;au moment o\u00f9 tu lis cette lettre cela va d\u00e9j\u00e0 un peu mieux<a href=\"#_edn85\" name=\"_ednref85\">[85]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> septembre 1939, le ton est plus grave et Desnos attend son ordre de mobilisation pour Nantes, qui arrivera le 6 septembre. Youki est \u00e0 Argentat avec une amie, Blanche. Il lui \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Ma ch\u00e9rie ch\u00e9rie<br \/>\nLes carottes ne sont pas encore cuites mais elles sont sur le feu. Je pars le 5eme jour c&rsquo;est-\u00e0-dire mercredi.<br \/>\nJe t&rsquo;envoie de l&rsquo;argent&#8230;. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il te parviendra rapidement. Dis-toi bien que ma <em>seule tranquillit\u00e9<\/em> c&rsquo;est que tu sois <em>pour l&rsquo;instant<\/em> o\u00f9 tu es. Vas-y doucement pour l&rsquo;argent. C&rsquo;est ma seule pr\u00e9occupation. Moi je m&rsquo;en tirerai toujours. Fais attention \u00e0 tes propos. Sois calme, tr\u00e8s calme, amuse-toi autant que tu le peux mais n&rsquo;aie plus d&rsquo;opinion. Ne crois \u00e0 rien. Ne crois qu&rsquo;une chose\u00a0: c&rsquo;est que tu es vivante et moi aussi. Ton aide pour moi c&rsquo;est que aides <em>ta<\/em> vie. Ne te tourmente pas pour moi, je me charge de moi. Reste \u00e0 l&rsquo;abri. D\u00e8s que tu pourras quitter Argentat moi, ou Sammy ou un autre, nous te pr\u00e9viendrons. Je t&rsquo;en prie sois surtout calme&#8230;\u00a0 ne bois pas. Un monde que nous aimions se termine. Soyons pr\u00eats pour le futur. \u00a0\u00a0Ch\u00e9rie je t&#8217;embrasse, je t&#8217;embrasse mile et mille fois sans croire encore \u00e0 la cochonnerie de guerre. Je m&rsquo;occupe d etout. Les chattes seront en s\u00fbret\u00e9. Je pense \u00e0 tes fourrures, \u00e0 tout. Tu verras.<br \/>\nCh\u00e9rie ne t&rsquo;inqui\u00e8e pas. Ces mois passeront comme les autres et nous nous retrouverons tous les deux au gouffre de Padirac, ou ailleurs.<br \/>\n[&#8230;]<a href=\"#_edn86\" name=\"_ednref86\">[86]<\/a><\/blockquote>\n<p>Dans les petites difficult\u00e9s de la vie quotidienne comme dans les grands d\u00e9sastres, Desnos, champion de la m\u00e9thode Cou\u00e9, diffuse r\u00e9solument, et surtout en temps de guerre, un optimisme propitiatoire. Cette technique du \u00ab\u00a0bonheur forc\u00e9\u00a0\u00bb, comme il \u00e9crit des \u00ab\u00a0po\u00e8mes forc\u00e9s\u00a0\u00bb en 1936, devient une m\u00e9thode de salut dans les ann\u00e9es noires. Apr\u00e8s les lettres de l&rsquo;automne qui d\u00e9noncent l&rsquo;ennui, l&rsquo;enlisement (12\/10\/39 \u00ab\u00a0Ma ch\u00e9rie. Rien de nouveau comme de juste. C&rsquo;est vraiment la barbe. On s&rsquo;installe. Pour un peu on s\u00e8merait des graines pour le printemps. [&#8230;]\u00a0\u00bb, on trouve dans les lettres de la \u00ab\u00a0dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb des instants de gr\u00e2ce, Robert tentant de faire partager son \u00e9merveillement devant la tranquille beaut\u00e9 de la for\u00eat, devant les ressources que se d\u00e9couvrent les humains, dans cette situation \u00e9trange qui fait qu&rsquo;en pleine guerre on a le sentiment d&rsquo;\u00eatre sur un vaste chantier o\u00f9 chacun travaille paisiblement en bon artisan ou en bon agriculteur dans une nature champ\u00eatre<strong>. <\/strong>Un tableau qui ne lui dissimule pas la cruaut\u00e9 de l&rsquo;\u00e9vacuation du village o\u00f9 les soldats prennent le relais des vieillards dans les fermes.<\/p>\n<blockquote><p>26 mai 1940<\/p>\nMa ch\u00e9rie<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\nJ&rsquo;ai pu \u00e9vacuer le village, mesure de s\u00e9curit\u00e9 l\u00e9gitime et rassurante pour les soldats. Mais quoi\u00a0? Ces maisons pimpantes, pleines de g\u00e9raniums cachaient tous ces vieillards. Les Phil\u00e9mon et Baucis (180 ans \u00e0 eux deux) s&rsquo;en vont cal\u00e9s entre des ballots train\u00e9s par des vaches. Ailleurs cette vieille femme n\u00e9e en 1843 sous Louis-Philippe, prend le m\u00eame omnibus et dans son fran\u00e7ais tr\u00e8s pur d&rsquo;avant 1870\u00a0 nous dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je vivrai assez longtemps pour voir mourir Hitler\u00a0\u00bb. D&rsquo;autres cachent leurs sentiments. Ceux-l\u00e0 sont la cause de l&rsquo;exode. La caravane s&rsquo;en va entra\u00een\u00e9e par les pleurs, les sanglots des grands et les rires de petits pour qui commence la grande aventure de la vie. Comme toujours ceux qui ne poss\u00e8dent rien pleurent le plus fort. La nuit tombe. Le meuglement lointain des vaches attel\u00e9es r\u00e9pond \u00e0 celui des veaux abandonn\u00e9s. Et tout est vide de civils. Le lendemain le village est d\u00e9sert comme par un dimanche mais nos bonshommes avant de partir pour travailler se sont lev\u00e9s d\u00e8s 2 et 3 heures du matin. Les vaches sont traites, les veaux allait\u00e9s, les cochons nourris, un grand gaillard moustachu imite la voix de la fermi\u00e8re et crie \u00ab\u00a0come, come, come aux poules \u00e0 qui il jette le grain. Les hommes partis le village est mort. Je fais mes \u00ab\u00a0\u00e9tats\u00a0\u00bb pr\u00e8s de la fen\u00eatre et je regarde la route vide, j&rsquo;entends le bourdonnement des insectes qui accentue le silence. Mais quelle impression de s\u00e9curit\u00e9. Le rideau est tir\u00e9 entre la sc\u00e8ne et la salle. Nous sommes entre hommes. Le maquillage ne sert plus \u00e0 rien. Plus de trac. Le moral est bon. Au soir, on vient chercher les vaches. Elles errent d&rsquo;abord en tous sens avant de se former en troupeau. Un taureau chevauche les femelles \u00e0 tour de r\u00f4le. \u00c7a meugle et \u00e7a gueule et ces cris rejoignent les cris des anciens \u00e2ges, jusqu&rsquo;aux for\u00eats d&rsquo;il y a deux mille ans o\u00f9 l&rsquo;aurochs broutait l&rsquo;herbe des collines. \u00c0 deux kilom\u00e8tres du village on enten encore leur meuglements. Les petits veaux ont suivi. Ceux qui pouvaient marcher. Il fait beau, calme et tout devient viril parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de femmes et que d\u00e9sormais les hommes ne pensent qu&rsquo;\u00e0 elles. Mes copains de la cavalerie ne sont plus l\u00e0. Et je t&rsquo;\u00e9cris du bout du silence, calme, heureux d&rsquo;avoir de tes nouvelles et plus rassur\u00e9 que jamais.<br \/>\nTendres baisers<br \/>\nRobert<a href=\"#_edn87\" name=\"_ednref87\">[87]<\/a><br \/>\nP.S. L&rsquo;histoire Soutine me para\u00eet tr\u00e8s bien. Le pays est beau, souviens-toi de Noyers. A l&rsquo;Ille s\/Serein, il y a notre bouquiniste, le vieux. Mais, c&rsquo;est un pays \u00e0 vin, pr\u00e8s de Chablis. Ne fais pas de b\u00eatise.<br \/>\nBaisers.<br \/>\nR.<br \/>\nMa s\u0153ur et mon beau-fr\u00e8re ont des parents tr\u00e8s gentils \u00e0 Peily s\/Serein. Mais je crains que tu les effraies. Fais bien attention.<\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;ensemble des lettres de Desnos, recueillies dans les actes du colloque de Cerisy, devenus difficiles \u00e0 trouver qu&rsquo;il faudrait citer, la pr\u00e9c\u00e9dente donnant seulement un aper\u00e7u des qualit\u00e9s d&rsquo;\u00e9criture de cette partie de la correspondance qui restitue les bruits et les mouvements, pour passer du visible au plus profond, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de chacun, sur ce \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre de la guerre\u00a0\u00bb o\u00f9 le rideau \u00ab\u00a0est tir\u00e9\u00a0\u00bb. On remarque l&rsquo;insistance -pour Youki\u00a0?- sur \u00ab\u00a0l&rsquo;impression de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, le calme, le d\u00e9sir, l&rsquo;efficacit\u00e9 muette. On y rencontre au passage Mouloudji \u00ab\u00a0qui est un bon gosse\u00a0\u00bb, Jean-Paul Sartre dont \u00ab\u00a0le nom [lui] dit quelque chose\u00a0\u00bb, Jean-Louis Barrault, un ami tr\u00e8s proche du couple,\u00a0 qu&rsquo;il a le bonheur de retrouver dans un cantonnement proche du sien.<\/p>\n<p>Dans la lettre du 26 juillet 1940, il ne laisse pas passer l&rsquo;anniversaire de Youki, n\u00e9e le 31 juillet et lui fait cadeau ce jour-l\u00e0 d&rsquo;un message d&rsquo;espoir:<\/p>\n<blockquote>[&#8230;] Quelle que soit l&rsquo;allure des \u00e9v\u00e9nements il ne faut jamais s&rsquo;imaginer qu&rsquo;ils sont d\u00e9finitifs et que l&rsquo;avenir est enti\u00e8rement soumis \u00e0 leur influence. Jamais le pr\u00e9sent n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 si fugitif et il ne faut compter que sur soi-m\u00eame. Ce qui est excellent \u00e0 plus d&rsquo;un point de vue et m\u00eame profitable. Je te souhaite donc une longue vie dans ce monde passionnant et boulevers\u00e9. On n&rsquo;a pas fini de rire, crois-moi, et on rira. Le tout est justement de vivre assez longtemps d&rsquo;une part et de rire tout de suite d&rsquo;autre part.<br \/>\nCe qui n&#8217;emp\u00eache pas de poser les pieds sur la terre<a href=\"#_edn88\" name=\"_ednref88\">[88]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Il en donne ensuite la preuve de fa\u00e7on concr\u00e8te, les d\u00e9tails de la vie quotidienne pour \u00eatre petits ne sont pas anodins. Le souci de ne pas voir Youki dans le d\u00e9nuement reste latente\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Par exemple tu ne me donnes aucune nouvelle de J.P. Tu me dis que tu as \u00ab\u00a0encore\u00a0\u00bb de l&rsquo;argent mais tu ne dis pas combien. Tu me dis que l&rsquo;on se ravitaille \u00e0 Paris et tu ne dis pas combien il faut d\u00e9penser par jour&#8230; etc. Tous d\u00e9tails mat\u00e9riels qui m&rsquo;int\u00e9ressent beaucoup, crois-moi<a href=\"#_edn89\" name=\"_ednref89\">[89]<\/a>. Il faut me dire tout cela, me faire confiance, m&rsquo;attendre sans impatience (j&rsquo;arriverai bient\u00f4t), rire aux jours pass\u00e9s, rire aux jours pr\u00e9sents, rire aux jours \u00e0 venir, bien se porter et garder suivant ma marotte sa lucidit\u00e9 et son \u00e9quilibre.<br \/>\nJe t&#8217;embrasse tendrement trente-sept fois cent fois.<br \/>\nRobert<a href=\"#_edn90\" name=\"_ednref90\">[90]<\/a><\/blockquote>\n<p>Le 8 ao\u00fbt cette pr\u00e9diction de bonheur semble se r\u00e9aliser\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Ma Ch\u00e9rie<br \/>\nAm&rsquo;on my merry way h\u00e9 h\u00e9 h\u00e9<br \/>\nJe quitte Prats<a href=\"#_edn91\" name=\"_ednref91\">[91]<\/a> demain ou apr\u00e8s-demain en direction de X puis de Y, d&rsquo;o\u00f9 je partirai vers Paris.<br \/>\nBaisers baisers baisers.<br \/>\nRobert<\/blockquote>\n<p>Quand les menaces se pr\u00e9cisent, il (se) rassure : \u00ab\u00a0je m&rsquo;en tirerai, je m&rsquo;en suis toujours tir\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas, on va s&rsquo;en tirer\u00a0\u00bb. L&rsquo;amour en danger, la guerre sont de ces tornades, naufrages et combats d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s qu&rsquo;il affronte inlassablement depuis les ann\u00e9es vingt. Non pas en bon samaritain mais en homme participant des tourments li\u00e9s \u00e0 toute humanit\u00e9. Cette empathie extr\u00eame, cette capacit\u00e9 \u00e0 entendre ce que les mots et les plaintes les plus banales disent de sinc\u00e8re et de d\u00e9chirant sont sans doute ce qui l&rsquo;a s\u00e9par\u00e9 des d\u00e9clarations surr\u00e9alistes du groupe apr\u00e8s 1927\u00a0: \u00ab\u00a0transformer le monde\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb\u00a0 dans et par la po\u00e9sie ne se con\u00e7oivent pas pour lui \u00a0hors de l&rsquo;action quotidienne individuelle, et surtout n&rsquo;impliquent pas tant de changer l&rsquo;autre -f\u00fbt-il incons\u00e9quent, intoxiqu\u00e9, fou-\u00a0 que de suspendre ses propres certitudes et toute exigence de r\u00e9ciprocit\u00e9. C&rsquo;est dans cette perspective que Desnos peut aussi bien aider ses amies \u00e0 trouver de l&rsquo;opium, qu&rsquo;inviter les co-d\u00e9tenus de Royallieu, de Buchenwald ou de Fl\u00f6ha \u00e0 partager leurs r\u00eaves et leurs recettes de cuisine ou lire dans les lignes de la main de ses compagnons de camp qu&rsquo;ils vivront longtemps.<\/p>\n<p>Cet optimisme qu&rsquo;on retrouve dans tous les t\u00e9moignages des compagnons de camp<a href=\"#_edn92\" name=\"_ednref92\">[92]<\/a>nait d&rsquo;une conscience lucide de la situation -et non de son d\u00e9ni\u00a0; c&rsquo;est en situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e la seule forme de lutte possible, qui r\u00e9side dans l&rsquo;affirmation de la n\u00e9cessit\u00e9 du bonheur<a href=\"#_edn93\" name=\"_ednref93\">[93]<\/a>, de la certitude de la lib\u00e9ration et de jours meilleurs o\u00f9 la vie l&rsquo;aura emport\u00e9 -ce futur ant\u00e9rieur est essentiel \u00e0 la survie. L&rsquo;usage g\u00e9n\u00e9reux de la proph\u00e9tie, qui est l&rsquo;enseigne de Desnos, rend cette correspondance d&rsquo;amour et de guerre unique. Dans les temps de sommeil hypnotique et de prof\u00e9rations automatiques, Desnos annon\u00e7ait la mort plus ou moins lointaine de tous ses amis et de lui-m\u00eame\u00a0; apr\u00e8s 1936, en r\u00e9ponse \u00e0 la conscience aigu\u00eb de ce qui va survenir, s&rsquo;\u00e9labore une petite cuisine du bonheur individuel qui a vertu de r\u00e9sistance et qu&rsquo;il ne faudrait pas confondre avec le minimalisme de la \u00ab\u00a0petite gorg\u00e9e de bi\u00e8re\u00a0\u00bb ou la valorisation des petits riens et de l&rsquo;instant parfait. L&rsquo;humour et l&rsquo;optimisme pratiqu\u00e9s de fa\u00e7on volontariste comme exercice d&rsquo;hygi\u00e8ne ou sport de combat, contre tout espoir pourrait-on dire, cr\u00e9ent la disposition d&rsquo;esprit qui permet aux plus petits faits heureux de transformer les destin\u00e9es tragiques. Cette conviction profonde que r\u00e9v\u00e8lent les lettres d&rsquo;amour et de d\u00e9samour comme les lettres de guerre, est le secret que Desnos cherche \u00e0 transmettre \u00e0 ceux qu&rsquo;il veut aider parce qu&rsquo;ils combattent une force plus grande qu&rsquo;eux. L&rsquo;art de cr\u00e9er des raisons de vivre contre toute raison rel\u00e8ve de la confiance dans la beaut\u00e9 et dans le pouvoir du langage \u00e0 transformer le pr\u00e9sent, dans la certitude que la po\u00e9sie et la fid\u00e9lit\u00e9 au seul d\u00e9sir d\u00e9tiennent la cl\u00e9 des situations.<\/p>\n<p>__________________________________________________________<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Lettre \u00e0 Youki du 9\/10\/39, <em>Desnos en l&rsquo;an 2000, <\/em>textes r\u00e9unis par Marie-Claire Dumas et Kate Conley, Gallimard, 2000, p. 408.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Deux cartes d&rsquo;Arcachon sont adress\u00e9es \u00e0 madame Youki Foujita 3 square Montsouris en 1928. DSN 445 et 446, BLJD. Sauf mention contraire, les illustrations proviennent de la vente de Saint-Val\u00e9ry-en-Caux (catalogue et images reprises dans la Gazette des ventes) aet de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> Black Alan, <em>Yvonne George<\/em>, \u00e9ditions RPM, 2006 et Audrey Coudevylle-Vue, Fr\u00e9hel et Yvonne George, muses contrast\u00e9es de la chanson \u00ab\u00a0r\u00e9aliste\u00a0\u00bb de l&rsquo;entre-deux-guerres (th\u00e8se de doctorat en lettres modernes-cantologie), Universit\u00e9 de Valenciennes et du Hainaut-Cambr\u00e9sis, 2016.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> Bien que Desnos ne sacrifie jamais \u00e0 l&rsquo;hypocrisie, il manifeste, dans ses correspondances avec d&rsquo;autres \u00e9crivains ou avec Jacques Doucet, conscience de son statut -en toute modestie et auto-d\u00e9rision parfois- \u00a0et de celui du destinataire, ainsi que de l&rsquo;usage collectif qui peut \u00eatre fait d&rsquo;une lettre.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> Voir <em>L&rsquo;Exploration des limites, <\/em>Klincksieck, 1980 et la publication document\u00e9e de certaines de ces lettres dans <em>Robert Desnos<\/em>, Cahiers de L&rsquo;Herne, dirig\u00e9 par Marie-Claire Dumas, Paris, 1987\u00a0; <em>Youki et Robert Desnos<\/em>, Cahier Robert Desnos n\u00b0 4, 1999\u00a0; <em>Desnos en l&rsquo;an 2000<\/em>,; Desnos et la guerre. Dossier, t\u00e9moignages, hommages in\u00e9dits, <em>L&rsquo;Etoile de mer, <\/em>Cahiers de l&rsquo;Association des Amis de Robert Desnos, nouvelle s\u00e9rie n\u00b0 6, pr\u00e9sent\u00e9 par Marie-Claire Dumas et Jacques Fraenkel, 2015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> Anne Egger, <em>Robert Desnos<\/em>, Fayard, 2007.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> Je remercie en particulier Monsieur Jean-Pierre Dutel, libraire et collectionneur parisien, qui a bien voulu faire sortir de l&rsquo;ombre lors de l&rsquo;entretien qu&rsquo;il m&rsquo;a accord\u00e9 le 6 mai 2022 quelques-unes des correspondantes que j&rsquo;\u00e9voque.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> DSNC 464, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> DSNC 452, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a> Comme le montrent <em>Aveux non avenus<\/em> dans ses transpositions mythologiques, et plus clairement ses <em>Confidences au miroir\u00a0 <\/em>qui figure dans les <em>\u00c9crits<\/em>, r\u00e9unis par Fran\u00e7ois Leperlier aux ditions <em>j<\/em>ean<em>m<\/em>ichel<em>p<\/em>lace en 2002, et contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;on lit parfois, Claude \u00e9prouve une attraction pour des hommes et des femmes, sans exclusivit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\">[11]<\/a> \u00c9pouse de Bernard\u00a0 Lecache depuis 1923, Denise Montrobert gardait de son milieu familial une forte orientation politique et militante. Lecache journaliste militant d&rsquo;extr\u00eame gauche, \u00e9crit au <em>Journal du peuple<\/em> d&rsquo;Henri Fabre, et dans <em>Le Merle Blanc, <\/em>cr\u00e9\u00e9 par Eug\u00e8ne Merle\u00a0; il prend parti pour la R\u00e9volution russe, adh\u00e8re au Parti communiste d\u00e8s ses d\u00e9buts et m\u00e8ne une carri\u00e8re politique, pr\u00e9sidant aussi la ligue contre l&rsquo;antis\u00e9mitisme. Il appr\u00e9cie peu l&rsquo;autre visage de Denise qui dans les ann\u00e9es trente fr\u00e9quente les r\u00e9seaux d&rsquo;intoxiqu\u00e9s. Il la quitte et se remarie en 1936.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> Pearl White a men\u00e9 une trajectoire tristement parall\u00e8le \u00e0 celle d&rsquo;Yvonne George, mourant plus tard qu&rsquo;elle en 1938 de cirrhose mais fr\u00e9quentant les m\u00eames f\u00eates \u00e0 Montparnasse et Neuilly, sans doute aussi les m\u00eames r\u00e9seaux pour se procurer de la drogue. Desnos en fait l&#8217;embl\u00e8me des actrices de son temps\u00a0: \u00ab\u00a0Pearl White fut le symbole des d\u00e9sirs sensuels de toute une g\u00e9n\u00e9ration que la guerre sevrait de joies l\u00e9gitimes et n\u00e9cessaires, je parle de la g\u00e9n\u00e9ration de 1900&#8230;\/ Pearl White multipli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;infini r\u00e9gnait sur le monde. Elle hantait toutes ces cervelles neuves, elle agitait ces sens en fusion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> DSN C 752, BLJD<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> \u00ab\u00a0Ode \u00e0 Coco\u00a0\u00bb est repris dans <em>Corps et biens<\/em> en 1930.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\">[15]<\/a> DSN C 452, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[16]<\/a> La correspondance de Robert avec Th\u00e9odore Fraenkel confirme qu&rsquo;avec sa premi\u00e8re femme Bianca Makl\u00e8s, puis avec Guita, il a constitu\u00e9 dans les ann\u00e9es vingt et le d\u00e9but des ann\u00e9es trente la \u00ab\u00a0vraie famille\u00a0\u00bb de Desnos. Quand Youki lui \u00e9chappe, Robert prend ses repas, donne rendez-vous chez eux \u00e0 Youki, \u00e0 ses amis.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\">[17]<\/a> Voir Anne Egger, <em>op. cit.<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\">[18]<\/a> Elle a appris la gymnastique et enseign\u00e9 au cours de gymnastique de Georges H\u00e9bert avant de cr\u00e9er son propre cours. Voir Anne Egger, <em>op. cit.<\/em> p. 155, note 174.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\">[19]<\/a> DSNC 2207, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\">[20]<\/a> Lettre du 6 f\u00e9vrier 1935.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\">[21]<\/a> Un de ses amis, William, informe Youki, de son transfert \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital lorsqu&rsquo; elle ne peut pas encore communiquer, il d\u00e9crit ses souffrances et ce que repr\u00e9sentent les lettres de Youki pour elle.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\">[22]<\/a> DSNC 2213, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\">[23]<\/a> Ainsi les lettres d&rsquo;appel au secours du 29 ao\u00fbt 1937 \u00e0 Robert et du 18 octobre puis du 30 novembre 1937 \u00e0 Youki\u00a0: \u00ab\u00a0Ma ch\u00e9rie ne demande pas \u00e0 me voir, puisque c&rsquo;est le r\u00e8glement. On peut me d\u00e9poser des fruits ou g\u00e2teaux au chocolat, des journaux, au pavillon, et un petit mot surtout. L&rsquo;interne est toujours tr\u00e8s gentille et bonne. \/J&rsquo;ai beaucoup de courage. Je vous embrasse tous les deux.\/ Th\u00e9r\u00e8se Cano de Castro, salle Fabret, aux Chalets, Salp\u00eatri\u00e8re, 13<sup>e<\/sup>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\">[24]<\/a> Dans un billet o\u00f9 elle remerciait Th\u00e9odore Fraenkel, elle donnait en d\u00e9cembre son adresse\u00a0\u00ab\u00a0pavillon Ferrus, h\u00f4pital Henri Rousselle, rue Cabanis, 14<sup>\u00e8me\u00a0<\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\">[25]<\/a> Lettres de Th\u00e9r\u00e8se DSNC 2214-2215 et de Manuel, 2216, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\">[26]<\/a> Une fianc\u00e9e mentionn\u00e9e par Florence qui ajoute quelques mots \u00e0 son intention \u00ab\u00a0j&rsquo;ai pens\u00e9 beaucoup \u00e0 vous et \u00e0 Lilian. Je vous souhaite toute la joie, tout le bonheur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0j&rsquo;aimerais tant envoyer des fleurs \u00e0 Lilian\u00a0 -Anne Egger trouve mention d&rsquo;elle sur une carte sign\u00e9e de Phil et de Robert \u00e0 cette destinataire, et Th\u00e9odore Fraenkel la cite. On sait par une lettre \u00e0 Youki qu&rsquo;il l&rsquo;a revue en juillet 1931 (lettre du 23 juillet, DSN C 465)\u00a0\u00ab\u00a0Tu parles d&rsquo;un revenant\u00a0\u00bb commente-t-il.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\">[27]<\/a> Comme la carte pneumatique dat\u00e9e du 25 II 1929, adress\u00e9e au 45 rue Blomet\u00a0: \u00ab\u00a0Lundi. Veux-tu me t\u00e9l\u00e9phoner ce soir entre neuf et onze heures ou bien je viendrai chez toi demain \u00e0 trois heures. Excuse-moi. Denise. Trudaine 27-21\u00bb, ou cette proposition respectueuse\u00a0: Lundi 14 octobre [1929]. Mon cher ami, Cela vous ferait-il toujours plaisir que je vous pr\u00eate mon phono. Affectueusement, Denise Lecache.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\">[28]<\/a> Une lettre exceptionnellement dat\u00e9e (du 30 janvier 1930) post\u00e9e \u00e0 Pierrefonds est \u00e9crite sur un papier portant le S de S\u00e9verine \u00e0 en-t\u00eate des <em>Trois Marches, Pierrefonds, Oise.<\/em> S\u00e9verine y \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1929.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\">[29]<\/a> Allusion \u00e0 <em>Corps et Biens<\/em>. Publi\u00e9 par Desnos en mai 1930, \u00e0 peu de distance de sa rupture avec Andr\u00e9 Breton (mars 1929) et de la mort d&rsquo;Yvonne George (avril 1930), au seuil de sa liaison avec Youki,ce recueil constitue pour Robert Desnos bien plus qu&rsquo;une \u00e9tape ou un adieu, le bilan po\u00e9tique de ses ann\u00e9es surr\u00e9alistes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref30\" name=\"_edn30\">[30]<\/a> Andr\u00e9 Thirion, <em>R\u00e9volutionnaires sans r\u00e9volution, <\/em>Robert Laffont, 1972, p. 225-226.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref31\" name=\"_edn31\">[31]<\/a> Mars 1929, DSN 858, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref32\" name=\"_edn32\">[32]<\/a> Anne Egger, <em>Op\u00a0.cit, <\/em>p. 400-401.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref33\" name=\"_edn33\">[33]<\/a> DSN 858, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref34\" name=\"_edn34\">[34]<\/a> Florence trouve la mort le 3 novembre 1929, aux c\u00f4t\u00e9s de L\u00e9a Amsel, danseuse et actrice qui fut l&rsquo;amante d&rsquo;Aragon jusqu&rsquo;\u00e0 sa rencontre avec Elsa. Au volant de sa Bugatti elle avait entrepris de faire la course avec la Bugatti de Derain sur la route de Barbizon quand elle a perdu le contr\u00f4le du v\u00e9hicule.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref35\" name=\"_edn35\">[35]<\/a> Lettre du 7 novembre 1929, DSN 451, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref36\" name=\"_edn36\">[36]<\/a> On consultera en ligne pour avoir une id\u00e9e plus pr\u00e9cise de l&rsquo;ampleur de ces correspondances l&rsquo;article de Charlotte Maria, \u00ab\u00a0Claude Cahun et le surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, <em>Texte et image<\/em> [Online], vol. 1\u00a0|\u00a02011, Online since 13 December 2017, connection on 25 January 2023. URL\u00a0: http:\/\/preo.ubourgogne.fr\/textetimage\/index.php?id=140.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref37\" name=\"_edn37\">[37]<\/a> Quelques-unes des lettres \u00e9chang\u00e9es par Claude Cahun et Robert Desnos sont \u00e0 la BLJD, ainsi que les billets d&rsquo;invitation plus factuels g\u00e9n\u00e9ralement de la main de Suzanne. Charlotte Maria en a cit\u00e9 certains dans sa th\u00e8se. Une trentaine de lettres et cartes et cinq ou six billets de Suzanne qui \u00e9taient entre les mains de Youki sont pass\u00e9s en vente \u00e0 Saint-Val\u00e9ry en Caux en 2017.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref38\" name=\"_edn38\">[38]<\/a> Claude Cahun, <em>\u00c9crits, <\/em>textes pr\u00e9sent\u00e9s et r\u00e9unis par Fran\u00e7ois Leperlier, Jean<em>m<\/em>ichel<em>p<\/em>lace, 2002<em>, <\/em>p. 664-665. Elle pr\u00e9cise \u00e0 Ferdi\u00e8re que ses lettres ont disparu, \u00ab\u00a0br\u00fbl\u00e9es sans doute\u00a0\u00bb au moment de leur arrestation \u00e0 Jersey et de la mise \u00e0 sac de sa maison, et que la derni\u00e8re lettre qu&rsquo;il lui ait \u00e9crite date de 1940.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref39\" name=\"_edn39\">[39]<\/a> Claude Cahun, \u00ab\u00a0Confidences au miroir\u00a0\u00bb, <em>\u00c9crits<\/em>, <em>op. cit. <\/em>, p. 593.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref40\" name=\"_edn40\">[40]<\/a> Cette relation amicale avec Robert Desnos en rupture violente avec Breton depuis 1929 se d\u00e9ploie alors que Claude Cahun se rapproche du surr\u00e9alisme et de Breton. <em>Aveux non avenus<\/em> d\u00e9concerte Breton, comme la personne de Claude Cahun, dont il estime la pens\u00e9e, les capacit\u00e9s de synth\u00e8se et les analyses politiques (<em>Les Paris sont ouverts<\/em>, Corti, 1934). En la mati\u00e8re, ni Desnos ni Breton n&rsquo;osent exiger l&rsquo;exclusivit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref41\" name=\"_edn41\">[41]<\/a>DSN C 858, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref42\" name=\"_edn42\">[42]<\/a> Le po\u00e8me entier para\u00eet en 1930 \u00e0 Anvers, \u00e9dition hors commerce. Il n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00eat au moment de la publication de <em>Corps et biens<\/em>. Une d\u00e9dicace \u00e0 Th\u00e9odore Fraenkel sur le manuscrit de 1927 permet de comprendre que la fin en \u00e9tait perdue\u00a0: \u00ab\u00a0Mon cher Fraenkel, vous serez le seul \u00e0 avoir le manuscrit premier avec la plus grande partie des passages perdus que j&rsquo;ai retrouv\u00e9s par miracle aujourd&rsquo;hui 29 octobre 1929\u00a0\u00bb. Claude Cahun semble l&rsquo;avoir lu d&rsquo;abord dans sa version inachev\u00e9e, puis avoir re\u00e7u en r\u00e9ponse \u00e0 sa demande le livre publi\u00e9 avec le po\u00e8me complet.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref43\" name=\"_edn43\">[43]<\/a> Cit\u00e9 par Fran\u00e7ois Leperlier, <em>Claude Cahun. L&rsquo;exotisme int\u00e9rieur, <\/em>Fayard, p. 204.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref44\" name=\"_edn44\">[44]<\/a> Le grand po\u00e8me de Desnos \u00ab\u00a0Siramour\u00a0\u00bb est publi\u00e9 dans la revue <em>Commerce<\/em> , Cahier XXVIII, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1931.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref45\" name=\"_edn45\">[45]<\/a> \u00ab\u00a0La Rocquaise\u00a0\u00bb, d\u00e9baptis\u00e9e d\u00e8s 1937, devient pour moi, dit Claude Cahun \u00ab\u00a0La ferme sans nom\u00a0\u00bb<em>, \u00ab\u00a0Confidences au miroir\u00a0\u00bb, <\/em><em>\u00c9<\/em><em>crits<\/em>, op. cit. p. 588.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref46\" name=\"_edn46\">[46]<\/a> Au verso \u00ab\u00a0 with love -\/(comme ils disent ici sans savoir, je crois, toute la valeur du mot -\/mais qui peut la conna\u00eetre\u00a0?)\/ Je pense souvent \u00e0 vous. Est-ce que cela se voit sur cette photo\u00a0?\/ <u>Claude <\/u>Cahun<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref47\" name=\"_edn47\">[47]<\/a> Georges Bataille, dont il s&rsquo;est rapproch\u00e9 au temps de sa rupture avec Breton, en 1928-1929, commence \u00e0 th\u00e9oriser l&rsquo;\u00e9rotisme \u00e0 partir de la notion de sacrifice, de d\u00e9pense rituelle en lien avec le sacr\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es trente.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref48\" name=\"_edn48\">[48]<\/a> Dans une lettre du 22 janvier 1934 Robert d\u00e9taille \u00e0 Youki\u00a0 les travaux d&#8217;emm\u00e9nagement dans leur nouveau domicile. (DSNC 491, BLJD).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref49\" name=\"_edn49\">[49]<\/a> DSN 819, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref50\" name=\"_edn50\">[50]<\/a> Michel Leiris, Glossaire\u00a0:<em> J&rsquo;y serre mes gloses! , <\/em>Texte \u00e9tabli, introduit et annot\u00e9 par Louis Yvert, illustrations d&rsquo;Andr\u00e9 Masson,\u00a0 Po\u00e9sie Gallimard, 2014.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref51\" name=\"_edn51\">[51]<\/a> Maurice Blanchot, <em>L&rsquo;Entretien infini<\/em>, Paris, Gallimard, 1969, p. 361.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref52\" name=\"_edn52\">[52]<\/a> DSNC 763, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref53\" name=\"_edn53\">[53]<\/a> Lettre du 12 juillet 1931, DSNC 462, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref54\" name=\"_edn54\">[54]<\/a> Chaque \u00e9l\u00e9ment de ma vie quotidienne est, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, transparent \u00e0 ma conscience et clairement accessible \u00e0 ma manipulation, selon diverses gradations d&rsquo;affinit\u00e9 qui d\u00e9finissent une sph\u00e8re de complicit\u00e9 atmosph\u00e9rique avec mon entourage imm\u00e9diat. Dans ces circonstances, le monde quotidien repr\u00e9sente le dernier endroit o\u00f9 j&rsquo;aurais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;aller qu\u00e9rir quelque chose de secret [&#8230;] Et\u00a0 pourtant l&rsquo;\u00e9nigme initiale ne laisse pas de r\u00e9appara\u00eetre\u00a0: ce qui se pr\u00e9sente comme le plus proche et le plus familier est en r\u00e9alit\u00e9 le plus lointain et le plus \u00e9trange. Bruce B\u00e9gout, <em>La D\u00e9couverte du <\/em>quotidien, Alia, 2005, p. 18-19.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref55\" name=\"_edn55\">[55]<\/a> <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste n\u00b012<\/em>, 15 d\u00e9cembre 1929.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref56\" name=\"_edn56\">[56]<\/a> \u00ab\u00a0Mes chers amis\/ A votre arriv\u00e9e dans ce beau pays je tiens \u00e0 vous souhaiter la bienvenue.\/ En date d&rsquo;octobre 1929.Affectueusement\/ Robert Desnos.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref57\" name=\"_edn57\">[57]<\/a> T\u00e9l\u00e9gramme de Youki le 1 er septembre 1930, DSN C 756 ; r\u00e9ponse de Desnos, le 3 septembre, DSN 452.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref58\" name=\"_edn58\">[58]<\/a> T\u00e9l\u00e9gramme du 3 septembre, DSN C 758, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref59\" name=\"_edn59\">[59]<\/a> Voir Anne Egger, <em>op. cit. <\/em>p. 476-477.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref60\" name=\"_edn60\">[60]<\/a> DSNC 458, 459, 461, BLJD. Il \u00e9crit de l&rsquo;H\u00f4tel de la Sir\u00e8ne\u00a0\u00e0\u00a0 Villefranche sur Sa\u00f4ne \u00e0 Madame Foujita H\u00f4tel Proven\u00e7al \u00e0 Port-Cros une carte avec une image humoristique\u00a0: \u00ab\u00a0Ma ch\u00e8re Youki\/ J&rsquo;aurais voulu t&rsquo;\u00e9crire sur du papier \u00e0 en-t\u00eate mais cet h\u00f4tel o\u00f9 je bois m\u00e9lancoliquement un \u00bc Vichy n&rsquo;en poss\u00e8de pas. J&rsquo;ai \u00e9chou\u00e9 ici en cherchant la Sa\u00f6ne. Elle est introuvable. Ce doit \u00eatre une fable. Quant \u00e0 cette sir\u00e8ne\u00a0! Une sir\u00e8ne d&rsquo;eau douce et quasi lyonnaise.\/ Quelle encre [encre marron-noir p\u00e2le]\u00a0! Quel pays\u00a0! Baisers Robert\u00a0\u00bb (458)<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref61\" name=\"_edn61\">[61]<\/a> Youki \u00e9voque cet \u00e9pisode dans la lettre du 28 novembre 1939, adress\u00e9e \u00e0 Robert, mobilis\u00e9 : \u00ab\u00a0Souviens-toi de Port Cros. Je ne te l&rsquo;ai pas dit, mais c&rsquo;est l\u00e0 que je t&rsquo;ai aim\u00e9. Tu le m\u00e9rites \u00e9videmment, mais l&rsquo;atmosph\u00e8re y \u00e9tait pour quelque chose. Je r\u00e9p\u00e8te\u00a0: le soleil, la mer, l&rsquo;amour. Douceur de vivre.\u00a0\u00bb DSN C 797, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref62\" name=\"_edn62\">[62]<\/a> Lettres de Foujita adress\u00e9es \u00e0 Youki, \u00a0Paris, New York (17 septembre 1930 &#8211; 23 janvier 1931) Biblioth\u00e8que Kandinski, fonds Youki et Robert Desnos, sous la cote YFOU 9\u00a0; inventaire en ligne par St\u00e9phanie Rivoire, le 04\/09\/2017.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref63\" name=\"_edn63\">[63]<\/a> DSNC 690, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref64\" name=\"_edn64\">[64]<\/a> Lettre du 31 janvier 1931, DSN, 693, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref65\" name=\"_edn65\">[65]<\/a> DSNC 679, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref66\" name=\"_edn66\">[66]<\/a> Lettres DSN C 462-469, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref67\" name=\"_edn67\">[67]<\/a> DSN 466, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref68\" name=\"_edn68\">[68]<\/a> DSNC 1024\/1025, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref69\" name=\"_edn69\">[69]<\/a> Lettre dat\u00e9e \u00ab\u00a0Paris le vingt neuf octobre Dix neuf cent trente et un\u00a0\u00bb, DSN C 1023, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref70\" name=\"_edn70\">[70]<\/a> DSNC 681, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref71\" name=\"_edn71\">[71]<\/a> Ghita Luchaire vit avec Th\u00e9odore Fraenkel, apr\u00e8s la rupture avec sa premi\u00e8re femme, Bianca Makl\u00e8s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref72\" name=\"_edn72\">[72]<\/a> Lettre du 12 juillet 1931, DSNC 462, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref73\" name=\"_edn73\">[73]<\/a> DSN C 463, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref74\" name=\"_edn74\">[74]<\/a> DSN C 464, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref75\" name=\"_edn75\">[75]<\/a> DSN C 462, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref76\" name=\"_edn76\">[76]<\/a> Cette intervention est la sienne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref77\" name=\"_edn77\">[77]<\/a> Lettre du 14 juillet 1931, DSN C 464, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref78\" name=\"_edn78\">[78]<\/a> Po\u00e8me de A <em>La Myst\u00e9rieuse<\/em>, qui s&rsquo;adressait \u00e0 Yvonne George et fut repris dans <em>Corps et biens <\/em>en 1930<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref79\" name=\"_edn79\">[79]<\/a> [79] Lettre du 30 juillet 1931, DSN 467, BLJD., DSNC 682, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref80\" name=\"_edn80\">[80]<\/a> \u00a0Lettre dat\u00e9e de \u00ab\u00a0Paris, ce mardi [1931] DSNC 676, BLJD. <em>L&rsquo;Etoile de mer <\/em>n\u00b0 4, 1999, p. 27.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref81\" name=\"_edn81\">[81]<\/a> Anne Egger, <em>op. cit. <\/em>p. 529.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref82\" name=\"_edn82\">[82]<\/a> Elle y s\u00e9journe en 1933. Le mercredi 8 ao\u00fbt 1933, il lui signale un projet de <em>Vu <\/em>sur Cuba. DSNC 470, BLJD. Le\u00a0 dimanche 4 septembre et le lundi 5 septembre, il d\u00e9taille les gains, d\u00e9penses, travaux en cours et articles en projet (DSNC 477 et 478).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref83\" name=\"_edn83\">[83]<\/a> Cette g\u00e9om\u00e9trie compliqu\u00e9e se retrouve dans les configurations amoureuses des surr\u00e9alistes, avec des variantes, dans les trios que forment Eluard, Gala et Max Ernst\u00a0; Breton, Simone et Suzanne Muzard ou encore Breton, Max Morise et Simone\u00a0; Andr\u00e9 Pieyre de Mandiargues, Bona et Octavio Paz\u00a0 puis Toledo, ou\u00a0 Mandiargues, Leonor Fini et Stanislao Lepri. Desnos et Eluard, vivent comme un conflit de loyaut\u00e9 plus ou moins violent avec eux-m\u00eames cet amour trop partag\u00e9 qu&rsquo;exige leur id\u00e9e de la libert\u00e9 absolue en amour -celle de l&rsquo;autre garantissant la leur. Accepter pour les femmes une libert\u00e9 \u00e9gale \u00e0 celle que les hommes se sont arrog\u00e9, touche \u00e0 un choix moral et \u00e0 un engagement anti-bourgeois plus politique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref84\" name=\"_edn84\">[84]<\/a> Roland Barthes, <em>Fragments d&rsquo;un discours amoureux<\/em>, paris, Le Seuil, collection Tel Quel, 1977, p. 172-173.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref85\" name=\"_edn85\">[85]<\/a> Lettre du 28 juillet 1931, DSN C 466, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref86\" name=\"_edn86\">[86]<\/a> Lettre du 1<sup>er<\/sup> septembre 1939, dans <em>Robert Desnos, <\/em>Cahier de l&rsquo;Herne,<em> op. cit.<\/em>, p. 297.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref87\" name=\"_edn87\">[87]<\/a> Lettre cit\u00e9e dans l&rsquo;anthologie des lettres \u00e0 Youki \u00e9crites dans les ann\u00e9es 1939-1940 qui cl\u00f4t <em>Desnos en l&rsquo;an 2000<\/em>, <em>op. cit.<\/em> p. 500-501.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref88\" name=\"_edn88\">[88]<\/a> DSNC 516, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref89\" name=\"_edn89\">[89]<\/a> Le 20 juillet il lui racontait les principales \u00e9tapes de son p\u00e9riple \u00e0 travers la France \u00ab\u00a0Je suis en bonne sant\u00e9. Pas trop fatigu\u00e9 par 2 mois de r\u00e9gime amaigrissement et 250 km de footing \u00e0 marche forc\u00e9e.<\/p>\n<p>Ma ch\u00e9rie tout ce qui m&rsquo;inqui\u00e8te c&rsquo;est tes conditions de vie. Mets-moi au courant en d\u00e9tail. Je t&#8217;embrasse tr\u00e8s tendrement et je br\u00fble de revenir.\u00a0\u00bb Dans la m\u00eame lettre on devine ce qu&rsquo;\u00e9tait la marche forc\u00e9e\u00a0: il est pass\u00e9 par Saintes, La Jarne, Surg\u00e8res, La Rochelle, a laiss\u00e9 \u00ab\u00a0le reste de ses affaires\u00a0\u00bb\u00a0 \u00e0 Surg\u00e8res en s\u00fbret\u00e9 et se trouve en Dordogne en zone non occup\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref90\" name=\"_edn90\">[90]<\/a> Cette lettre figure dans le <em>Desnos <\/em>\u00a0des Cahiers de L&rsquo;Herne et dans <em>Desnos en l&rsquo;an 2000<\/em>, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref91\" name=\"_edn91\">[91]<\/a> Il est alors cantonn\u00e9 \u00e0 Prats-du-P\u00e9rigord. X et Y s&rsquo;explique probablement par l&rsquo;interdiction de donner des indications sur les d\u00e9placements \u00e0 venir -la censure militaire veille.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref92\" name=\"_edn92\">[92]<\/a> Voir dans <em>Oeuvres<\/em>, le r\u00e9cit d&rsquo;Andr\u00e9 Verdet qui fut avec lui \u00e0 Compi\u00e8gne puis dans le convoi qui d&rsquo;Auschwitz fut conduit ensuite \u00e0 Buchenwald\u00a0et le vit partir pour Flossenburg\u00a0; on lit ensuite les t\u00e9moignages des compagnons de Fl\u00f6ha, Henri Pfihl, Pierre Volmer. Voir aussi le t\u00e9moignage d&rsquo;Andr\u00e9 Bessi\u00e8re dans un entretien avec Katharine Conley,\u00a0 \u00ab\u00a0De Compi\u00e8gne \u00e0 Terezin avec Desnos. <em>Au camp de Fl\u00f6ha\u00a0\u00bb<\/em>. dans <em>Desnos en l&rsquo;an 2000<\/em>, <em>op. cit.<\/em> p. 310<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref93\" name=\"_edn93\">[93]<\/a> Voir ici-m\u00eame l&rsquo;article de Silvia Ferrari.<\/p>\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-1.jpg\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-1.jpg\" alt=\"Figure 1\" itemprop=\"image\" height=\"381\" width=\"507\" title=\"Figure 1\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-2.jpg\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-2-265x300.jpg\" alt=\"Figure 1\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"265\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 1\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-3.jpg\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-3-230x300.jpg\" alt=\"Figure 2\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"230\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 2\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-4-e1677060790669.jpg\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-4-e1677060790669-238x300.jpg\" alt=\"Figure 3\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"238\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 3\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-5-e1677062422652.jpg\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-5-e1677062422652-238x300.jpg\" alt=\"Figure 4\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"238\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 4\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-6-e1677062394726.jpg\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-6-e1677062394726-235x300.jpg\" alt=\"Figure 5\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"235\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 5\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-7-e1677060900961.jpg\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-7-e1677060900961-228x300.jpg\" alt=\"Figure 6\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"228\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 6\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-8-1-e1677060966221.jpg\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-8-1-e1677060966221-217x300.jpg\" alt=\"Figure 7\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"217\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 7\n\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"\" alt=\"\" itemprop=\"image\" onerror=\"this.style.display='none'\"  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href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-11.png\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-11.png\" alt=\"Figure 9\" itemprop=\"image\" height=\"845\" width=\"679\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 9\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-12.png\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-12.png\" alt=\"Figure 10\" itemprop=\"image\" height=\"858\" width=\"648\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 10\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?attachment_id=828\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-13.jpg\" alt=\"Figure 11\" itemprop=\"image\" height=\"914\" width=\"707\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\tFigure 11\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-14.jpg\" alt=\"Figure 12\" itemprop=\"image\" height=\"799\" width=\"630\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 12\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-15.jpg\" alt=\"Figure 13\" itemprop=\"image\" height=\"816\" width=\"690\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 13\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-16.png\" alt=\"Figure 14\" itemprop=\"image\" height=\"700\" width=\"538\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 14\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-17.jpg\" alt=\"Figure 15\" itemprop=\"image\" height=\"1097\" width=\"1387\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 15\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-18-226x300.jpg\" alt=\"Figure 16 recto\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"226\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 16 recto\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-19-recto-224x300.jpg\" alt=\"Figure 17 recto\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"224\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 17 recto\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-19-verso-219x300.jpg\" alt=\"Figure 17 verso\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"219\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 17 verso\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/figure-20-234x300.jpg\" alt=\"figure 18\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"234\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tfigure 18\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-21-recto-218x300.jpg\" alt=\"Figure 19 recto\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"218\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 19 recto\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-21-verso-217x300.jpg\" alt=\"Figure 19 verso\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"217\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 19 verso\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-22-300x198.jpg\" alt=\"Figure 20\" itemprop=\"image\" height=\"198\" 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src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Figure-26-176x300.png\" alt=\"Figure 24. Foujita et Youki. Site Foujita\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"176\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tFigure 24. Foujita et Youki. Site Foujita\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/figure-27-rotated.jpg\" alt=\"figure 25\" itemprop=\"image\" height=\"656\" width=\"571\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tfigure 25\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00ab\u00a0Flotter sur la bourrasque\u00a0\u00bb Lettres d&rsquo;amour et de guerre. &nbsp; \u00ab\u00a0En d\u00e9finitive j&rsquo;aime, je subis, je fais l&rsquo;amour. Je ne le discute pas.\u00a0\u00bb La R\u00e9volution surr\u00e9aliste n\u00b012, 15 d\u00e9cembre 1929 &nbsp; Ma ch\u00e9rie je pense \u00e0 toi sans cesse. Nos ann\u00e9es s&rsquo;\u00e9coulent en ce moment et nous sommes \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 il ne faut &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=779\"> <span class=\"screen-reader-text\">Marie-Paule Berranger<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-779","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-et-communications"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/779","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=779"}],"version-history":[{"count":44,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/779\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1038,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/779\/revisions\/1038"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=779"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=779"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=779"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}