{"id":774,"date":"2023-02-22T10:48:25","date_gmt":"2023-02-22T09:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=774"},"modified":"2024-02-16T11:48:48","modified_gmt":"2024-02-16T10:48:48","slug":"antoine-poisson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=774","title":{"rendered":"Antoine Poisson"},"content":{"rendered":"\n\n\t<h2>\u00ab Cinq ann\u00e9es d&rsquo;une amiti\u00e9 totale suivies de trois ann\u00e9es de silence \u00bb<\/h2>\n<h4>La correspondance Andr\u00e9 Breton &#8211; Robert Desnos<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\u00ab\u00a0Diseur de bons mots, mauvais caract\u00e8re.\u00a0\u00bb<br \/>\nBlaise Pascal, <em>Pens\u00e9es<\/em><em>\u00a0<\/em>\n\u00ab Elle ne ment pas\u00a0: elle invente. Elle invente tout<br \/>\navec une facilit\u00e9 insignifiante, jusqu&rsquo;\u00e0 ses r\u00eaves.<em>\u00a0<\/em>\u00bb<br \/>\nJules Renard<em>, Journal<\/em>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>La correspondance d&rsquo;Andr\u00e9 Breton et de Robert Desnos \u00e0 laquelle nous avons pu acc\u00e9der, pour l&rsquo;instant, est de taille r\u00e9duite\u00a0: quatre lettres de Robert Desnos, une trentaine de lettres d&rsquo;Andr\u00e9 Breton. Elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e, hormis une lettre dans les <em>\u0152uvres<\/em> (\u00e9d. M.-C.\u00a0Dumas), et de nombreux extraits dans la biographie d&rsquo;A.\u00a0Egger. Conserv\u00e9e presque int\u00e9gralement \u00e0 la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques-Doucet (une lettre se trouve sur le site Andr\u00e9 Breton), elle permet de r\u00e9\u00e9valuer le jeu de Pygmalion teint\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9 de l&rsquo;auteur et de l&rsquo;\u00e9diteur des <em>Sommeils<\/em>, ainsi que les raisons de leur rupture\u00a0; Desnos la situe en 1927, mais on peut la dater de 1928.<\/p>\n<p>Peu de lettres de Desnos\u00a0: tout indique pourtant qu&rsquo;elles existaient en grand nombre. Deux lettres sont \u00e9voqu\u00e9es dans la correspondance\u00a0; la premi\u00e8re des lettres conserv\u00e9es n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e par Desnos, et l&rsquo;autre se trouvait dans un exemplaire truff\u00e9. Au reste, une derni\u00e8re lettre a \u00e9t\u00e9 acquise par la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques-Doucet en 2020 (vente Pierre Berg\u00e9). La rupture semble avoir \u00e9t\u00e9 assez violente pour que Breton br\u00fbl\u00e2t les lettres de Desnos\u00a0: il y a peu de chances qu&rsquo;il les vend\u00eet, comme il l&rsquo;avait fait pour Val\u00e9ry\u00a0; Desnos n&rsquo;avait pas le prestige de l&rsquo;acad\u00e9micien.<\/p>\n<p>Les raisons de cette rupture\u00a0ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 grandement \u00e9tudi\u00e9es &#8211; comme dans l&rsquo;ouvrage de Marguerite Bonnet\u00a0<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, dans celui d&rsquo;Anne Egger\u00a0<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, ou encore par Marie-Claire Dumas dans son \u00e9tude sur <em>Corps et bien\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> et sur Desnos\u00a0<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Elles sont nombreuses, et m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre rappel\u00e9es. Breton le premier en a donn\u00e9 une liste dans <em>Le Second Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>, en invoquant la profession de journaliste de son ancien ami, son retour \u00e0 l&rsquo;alexandrin, son attitude individualiste et enfin son comportement (notamment une consommation excessive d&rsquo;alcool et le \u00ab\u00a0parrainage\u00a0\u00bb d&rsquo;un bar nomm\u00e9 <em>Le Maldoror<\/em>). Desnos a r\u00e9pondu dans <em>Thomas l&rsquo;imposteur<\/em> et dans le <em>Troisi\u00e8me Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>. Il y accuse Breton de duplicit\u00e9, d&rsquo;hypocrisie, de ne pas \u00eatre digne de la grande amiti\u00e9 dont il lui a fait don\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;eus [c&rsquo;est Breton qui parle] un ami sinc\u00e8re\u00a0: Robert Desnos. Je le trompai. Je lui mentis, je lui donnai faussement ma parole d&rsquo;honneur\u00a0<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.\u00a0\u00bb Symboliquement, Desnos conclut en retirant \u00e0 Breton la charge du surr\u00e9alisme, d\u00e9clarant le mouvement \u00ab\u00a0d\u00e9livr\u00e9 et offert \u00e0 tous\u00a0\u00bb, livr\u00e9 aux \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9siarques et aux ath\u00e9es\u00a0\u00bb, maintenant qu&rsquo;on en a tu\u00e9 l&rsquo;inventeur (et) corrupteur.<\/p>\n<p>Partant, ce n&rsquo;est pas Desnos qui a d\u00e9m\u00e9rit\u00e9 du surr\u00e9alisme, comme l&rsquo;avance Breton, mais Breton lui-m\u00eame\u00a0: il n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 digne du grand espoir entrevu lors de la p\u00e9riode des sommeils. Il faut \u00e9tudier les modalit\u00e9s de cette amiti\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aune de ce contrat non rempli\u00a0: je partirai de ce premier espoir qui avait d\u00e9fini Desnos \u00ab\u00a0proph\u00e8te du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, Breton ayant, du point de vue de\u00a0Desnos, retir\u00e9 petit \u00e0 petit au surr\u00e9alisme et \u00e0 sa \u00ab\u00a0bouche d&rsquo;ombre\u00a0\u00bb son essence.<\/p>\n<p>Outre la grande amiti\u00e9 et la raison de cette rupture, la correspondance Breton-Desnos montre le r\u00f4le d&rsquo;\u00e9diteur de Breton, <em>id\u00a0est<\/em> la commande de textes, leur pr\u00e9sentation et leur correction. C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;aune de la rar\u00e9faction de ces contributions, voire au refus de certaines id\u00e9es de Desnos, que l&rsquo;on peut examiner le revirement brutal de 1928\u00a0; la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0araign\u00e9e de Youki\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> n&rsquo;est qu&rsquo;un sympt\u00f4me d&rsquo;une crise plus longue\u00a0; les racines du mal remontent \u00e0\u00a01925.<\/p>\n<p>Je diviserai cette correspondance en quatre temps\u00a0: une premi\u00e8re p\u00e9riode allant de 1922 \u00e0\u00a01924 o\u00f9, sous l&rsquo;\u00e9gide de Breton, Desnos devient le proph\u00e8te du surr\u00e9alisme\u00a0; ensuite, de 1924 \u00e0 1925, la collaboration entre Breton et Desnos s&rsquo;intensifie, Desnos devenant un des \u00e9l\u00e9ments essentiels du groupe. Breton s&rsquo;efforce cependant d\u00e9j\u00e0 de le contr\u00f4ler. L&rsquo;amiti\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 distance\u00a0\u00bb prend un tour aigre \u00e0 partir de la fin de\u00a01926, \u00e0 mesure que l&rsquo;apolitisme et le journalisme de Desnos l&rsquo;isolent du groupe. En\u00a01927, Breton juge m\u00eame n\u00e9cessaire de lui dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de \u00ab\u00a0cabale\u00a0\u00bb contre lui. Enfin, la rupture douloureuse, au retour de La\u00a0Havane, s&rsquo;\u00e9chelonne depuis la \u00ab\u00a0lettre de l&rsquo;araign\u00e9e\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;au <em>Troisi\u00e8me Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>\u00a0: rupture d\u00e9cisive car \u00e0 distance, et qui n&rsquo;aura point de r\u00e9solution.<\/p>\n<p>En pr\u00e9lude, je citerai Youki. Au d\u00e9but de ses <em>Confidences<\/em>, un paragraphe fait \u00e9trangement songer \u00e0 Desnos\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Il n&rsquo;y a que les gens du m\u00e9tier qui vous appr\u00e9cient \u00e0 vos vrais d\u00e9buts. Ce qui fait battre le c\u0153ur, pour un com\u00e9dien ou une com\u00e9dienne, c&rsquo;est le premier r\u00f4le, ne f\u00fbt-ce qu&rsquo;une simple figuration dans une pi\u00e8ce \u00e0 grand spectacle, pour un peintre, le premier tableau mentionn\u00e9 par un critique, pour un musicien le premier cachet, la premi\u00e8re commande de chanson, souvent sign\u00e9e d&rsquo;un autre nom, pour un \u00e9crivain, le premier texte imprim\u00e9, f\u00fbt-ce dans une de ces revues aussi confidentielles que fugitives. Cette \u00e9motion-l\u00e0, on ne la retrouve jamais plus\u00a0<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Est-ce pour n&rsquo;avoir jamais retrouv\u00e9 cette \u00ab\u00a0\u00e9motion\u00a0\u00bb, l&rsquo;orgueil de voir son premier sommeil imprim\u00e9 et l&rsquo;\u00e9loge de Breton dans <em>Entr\u00e9e des m\u00e9diums<\/em>, que Desnos a voulu s&rsquo;\u00e9loigner\u00a0? Je tenterai de r\u00e9pondre \u00e0 cette question, en rappelant, comme Proust analysant les comportements de Saint-Loup, que les raisons, en mati\u00e8re d&rsquo;amiti\u00e9, sont toujours plurielles, m\u00eal\u00e9es, voire se contredisent.<\/p>\n<h3>I. \u00ab Le sergent-major du surr\u00e9alisme \u00bb<\/h3>\n<h4><em>a. Premiers feux : \u00ab Desnos <\/em><em>[&#8230;]<\/em><em> un type \u00e9patant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Andr\u00e9 Breton est mon ami\u00a0\u00bb<\/em><\/h4>\n<p>Desnos est n\u00e9 en 1900, \u00e0 Paris. Issu d&rsquo;un m\u00e9nage modeste, il ne poursuit pas ses \u00e9tudes jusqu&rsquo;au lyc\u00e9e. Vivant de menus m\u00e9tiers, il publie \u00e0 dix-neuf ans un petit recueil \u00e0 compte d&rsquo;auteur\u00a0: <em>Prospectus<\/em>. Lorsqu&rsquo;il rencontre Breton il n&rsquo;a pas l&rsquo;\u00e2ge, le prestige ou l&rsquo;instruction des autres membres du groupe\u00a0; la p\u00e9riode des sommeils vient \u00e0 point pour briller.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re rencontre rat\u00e9e quand, introduit par P\u00e9ret aupr\u00e8s du groupe au cours d&rsquo;un d\u00eener \u00ab\u00a0lugubre\u00a0\u00bb, il ne peut que r\u00e9p\u00e9ter\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e9videmment\u00a0\u00bb, il int\u00e8gre l&rsquo;\u00e9quipe de <em>Litt\u00e9rature <\/em>vers juillet\u00a01922. Dans le quatri\u00e8me n\u00b0\u00a0de la nouvelle s\u00e9rie (1<sup>er\u00a0<\/sup>septembre 1922), il \u00e9crit un petit papier sur <em>Les\u00a0M\u00e9moires d&rsquo;un immortel<\/em> de Max Ernst\u00a0; il donne trois r\u00e9cits de r\u00eaves, \u00e9chelonn\u00e9s sur six ans\u00a0: 1916, 1918-1919 et ao\u00fbt\u00a01922. C&rsquo;est dans ce dernier qu&rsquo;il est visit\u00e9 proph\u00e9tiquement par Andr\u00e9 Breton\u00a0; le r\u00e9dacteur en chef lui annonce qu&rsquo;il a \u00ab\u00a0le plaisir de [lui] annoncer [sa] promotion au grade de sergent-major\u00a0\u00bb. Besoin profond, manifeste, d&rsquo;avoir l&rsquo;attention de Breton, de faire ses armes, de \u00ab\u00a0monter en grade\u00a0\u00bb. Sur une id\u00e9e de Crevel, le 25\u00a0septembre, on applique un protocole de sommeil hypnotique\u00a0: lampes \u00e9teintes, silence et cha\u00eene des mains autour de la table, l&rsquo;un des jeunes gens prend le r\u00f4le de m\u00e9dium. Suivant Crevel, c&rsquo;est Desnos qui improvise le lendemain avec brio &#8211; apr\u00e8s avoir r\u00e9clam\u00e9 la parole en grattant \u00ab\u00a0convulsivement la table\u00a0\u00bb et se r\u00e9veillant <em>sponte sua<\/em>. Sur un conseil de Crevel, on lui donne du papier et un crayon le lendemain\u00a0: il se met alors \u00e0 \u00e9crire et on l&rsquo;interroge\u00a0: il voit \u00ab\u00a0la mort\u00a0\u00bb, et imagine tout de suite un voyage en \u00c9quateur pour Breton<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, sa contribution a un caract\u00e8re catastrophique, proph\u00e9tique\u00a0: l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 macabre pla\u00eet \u00e0 Breton &#8211; d&rsquo;autant que Desnos montre de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour le directeur de <em>Litt\u00e9rature<\/em>, en le renommant \u00ab\u00a0Le volubilis et je sais l&rsquo;hypot\u00e9nuse\u00a0\u00bb puis en \u00e9crivant \u00ab\u00a0lisiblement\u00a0\u00bb qu&rsquo;il l&rsquo;aime<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans cette ambiance de cauchemar\u00a0<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, Desnos parle, improvise, apostrophe, s&#8217;emporte, compose des po\u00e8mes\u00a0; il produit des \u00ab\u00a0Rrose S\u00e9lavy\u00a0\u00bb \u00e0 partir du 7\u00a0octobre\u00a0: une \u00ab\u00a0coul\u00e9e verbale\u00a0\u00bb de jeux de sonorit\u00e9s, non seulement dr\u00f4les, mais lourds d&rsquo;un ordre cach\u00e9. Breton et ses amis d\u00e9couvrent \u00ab\u00a0une manifestation essentielle de l&rsquo;esprit actuel, dont personne n&rsquo;a saisi le m\u00e9canisme et qui sont absolument inimitables\u00a0<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb. Breton, \u00e9merveill\u00e9 de \u00ab\u00a0ce pouvoir qu&rsquo;a montr\u00e9 Desnos de se transporter \u00e0 volont\u00e9, instantan\u00e9ment, des m\u00e9diocrit\u00e9s de la vie courante, en pleine zone d&rsquo;effusion po\u00e9tique\u00a0\u00bb, conclut \u00ab\u00a0Caract\u00e8res de l&rsquo;esprit moderne et de ce qui en participe\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0ne formant qu&rsquo;un v\u0153u\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9norme affection [qu&rsquo;il] lui porte ne lui soit pas trop lourde afin qu&rsquo;il puisse continuer \u00e0 op\u00e9rer le miracle les yeux ferm\u00e9s\u00a0\u00bb. Des yeux que Breton souhaite faire photographier par Man Ray pour saisir sur la pellicule ce que ce que \u00ab\u00a0Desnos continue \u00e0 voir\u00a0\u00bb, et que Breton \u00ab\u00a0ne [voit] pas, [qu&rsquo;il] ne [voit] qu&rsquo;\u00e0 mesure qu&rsquo;il [le lui] montre\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Grand emportement. Voici Desnos nomm\u00e9 \u00ab\u00a0proph\u00e8te du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb dans <em>Entr\u00e9e des m\u00e9diums<\/em>, le texte-pr\u00e9face aux \u00ab\u00a0Sommeils\u00a0\u00bb dans <em>Litt\u00e9rature<\/em>. Dans<em> Les Mots sans ride<\/em>, en d\u00e9cembre, il est \u00ab\u00a0tout ce qu&rsquo;il y a de plus remarquable en po\u00e9sie\u00a0\u00bb, au point que Breton en fait part \u00e0 \u00c9luard\u00a0(14 octobre\u00a01922)\u00a0: s&rsquo;il ne trouve pas le po\u00e8me \u00ab\u00a0si extraordinaire\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0jeux de mots\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0toute la s\u00e9ance\u00a0\u00bb emportent son adh\u00e9sion<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>En\u00a0octobre, indiff\u00e9rent aux po\u00e8mes, Breton cr\u00e9dite son ami d&rsquo;actions proches de la folie\u00a0: les hallucinations, les sommeils, les comportements psychotiques. Le 16\u00a0octobre, Breton \u00e9crit \u00e0 Picabia. Apr\u00e8s avoir recopi\u00e9 nombre \u00ab\u00a0Rrose S\u00e9lavy\u00a0\u00bb, il lui raconte\u00a0que Desnos ob\u00e9it \u00e0 une \u00ab\u00a0\u00e9trange volont\u00e9\u00a0\u00bb (sous la forme d&rsquo;un homme myst\u00e9rieux, venu de New York, et qu&rsquo;il nomme \u00ab\u00a0Cancer\u00a0\u00bb) &#8211; \u00e9trange volont\u00e9 qui le pousse \u00e0 \u00ab\u00a0se jeter au pieds de Madame Everling.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les interventions de Desnos sont toujours circonstanci\u00e9es\u00a0; lors des sommeils, ses d\u00e9lires d\u00e9peignent des membres proches, les mettent en sc\u00e8ne, en font des portraits, tel un \u00ab\u00a0hasard objectif\u00a0\u00bb avant l&rsquo;heure. Certes, c&rsquo;est l\u00e0 le comportement usuel d&rsquo;un m\u00e9dium. Mais comment ne pas y voir autre chose\u00a0: manipulation\u00a0? r\u00e9el d\u00e9sir de briller\u00a0? Ou \u00e9tat second engendr\u00e9 par les sommeils, menant aux limites de la conscience, ce que r\u00e9v\u00e8rent avec effroi ses nouveaux, ses prestigieux amis\u00a0? Il faut comprendre \u00e0 cette aune l&rsquo;espoir du jeune po\u00e8te. Il est \u00e9dit\u00e9 dans chaque num\u00e9ro de <em>Litt\u00e9rature<\/em> jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0; Breton le baptise \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit po\u00e9tique du temps\u00a0\u00bb (r\u00e9alisation <em>in concreto<\/em> du r\u00eave de po\u00e9sie \u00ab\u00a0dans la vie\u00a0\u00bb) Les textes qu&rsquo;il donne \u00e0 cette p\u00e9riode sont repr\u00e9sentatifs de cette passion du jeu de mots\u00a0; \u00ab\u00a0L&rsquo;amour des homonymes\u00a0<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0L&rsquo;Aumonyme\u00a0<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0: le po\u00e8te \u00e9veill\u00e9 prolonge la folie linguistique du dormeur.<\/p>\n<p>Dans une lettre du d\u00e9but de novembre, retrouv\u00e9e en 2020 \u00e0 l&rsquo;occasion de la vente Pierre Berg\u00e9, Desnos lui transmet de nouveaux dessins pour <em>Litt\u00e9rature<\/em>, ainsi que divers aphorismes. Le jeune homme semble assez fier de ses performances (phrases tr\u00e8s longues) et de ses dessins. On note la jeune faconde avec laquelle il \u00e9voque son duel, plein d&rsquo;un enthousiasme d\u00e9bordant.<\/p>\n<blockquote><p>Paris mercredi<\/p>\nCher ami,<br \/>\nJ&rsquo;ai oubli\u00e9 de vous envoyer les dessins du 4\u00a0novembre. Je crois cependant vous avoir donn\u00e9 le jeu de mot dict\u00e9 ce soir-l\u00e0 (caf\u00e9 proche du v\u00e9l.\u00a0d&rsquo;hiv.) \u00ab\u00a0Les lois de nos d\u00e9sirs sont des d\u00e9s sans loisir\u00a0\u00bb au cours d&rsquo;un tr\u00e8s long discours sur la main (double grandeur nature) de madame Everling. Cette phrase \u00e9tait inscrite \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une bague carr\u00e9e qu&rsquo;elle portait \u00e0 un doigt. Ce discours comportait para\u00eet-il des phrases de cinq minutes. Enfin hier soir au sortir du concert Mayol (revue \u00e0 grand spect.) S\u00e9ance dans un petit bar \u00ab\u00a0sans parole\u00a0\u00bb donc [sans] r\u00e9sultat.<br \/>\nLe clich\u00e9 du dessin pour Litt\u00e9rature rend fort bien.<br \/>\nJe vous envoie incessamment copie jeux de mots que vous demandez<br \/>\nAu revoir &#8211; tr\u00e8s affectueusement et plus que jamais<br \/>\nRobert Desnos\n<p>[verso] Le duel P\u00e9ret-Benevol est en suspens et j&rsquo;ai enfin engueul\u00e9 publiquement le personnage le plus b\u00eate de Paris &#8211; Jean-Michel Renantour qui se permettait de f\u00e2cheux \u00e9pilogues sur mon compte.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Novembre\u00a0: Breton part pour Barcelone prononcer une conf\u00e9rence sur l&rsquo;esprit moderne, en compagnie de Picabia et de Simone. Il laisse les sommeils \u00e0 la charge d&rsquo;\u00c9luard. En son absence, ceux-ci perdent en intensit\u00e9. Selon \u00c9luard, Desnos se livre \u00e0 une sorte de pantomime d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 (s&rsquo;arrache les cheveux, \u00ab\u00a0assure qu&rsquo;il est plein de bonnes intentions, veut [les] distraire et [les] faire rire, fait des grimaces, demande son pardessus, son chapeau pour s&rsquo;en aller, d\u00e9clare qu&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9veillera plus, que ce n&rsquo;est pas utile\u00a0\u00bb), tout cela avec un ton \u00ab\u00a0un peu ivre\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bonnes petites s\u00e9ances\u00a0\u00bb\u00a0; Desnos prestidigitateur, conscient de son propre r\u00eave, s&rsquo;agace de ne pas parvenir \u00e0 s\u00e9duire son audience en d\u00e9pit de ses \u00ab\u00a0bonnes intentions\u00a0\u00bb, de ses grimaces, de son ton \u00ab\u00a0un peu ivre\u00a0\u00bb\u00a0: on est loin des terreurs, tremblements, \u00e9pouvantes \u00ab\u00a0dignes de Maldoror\u00a0\u00bb. Est-ce \u00e0 cause de l&rsquo;auteur de <em>Capitale de la douleur\u00a0<\/em>? L&rsquo;affaire semble avoir tourn\u00e9 au proc\u00e9d\u00e9. Est-ce pour son scepticisme que Desnos, sous hypnose, voudra plus tard poignarder \u00c9luard\u00a0? \u00c0 son retour, le 20\u00a0novembre, Breton n&rsquo;est pas tr\u00e8s enthousiaste \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de renouer\u00a0; il le contacte seulement le 27\u00a0novembre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Nevers 3091 13 27 12\u00a0h\u00a016<br \/>\nArrivons ce soir pr\u00e9venez Aragon amiti\u00e9s Breton<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a><\/blockquote>\n<p>Or il n&rsquo;assiste qu&rsquo;\u00e0 une s\u00e9ance de <em>Rrose S\u00e9lavy<\/em> le mois suivant (le 2\u00a0d\u00e9cembre). Les r\u00eaves cessent courant d\u00e9cembre. L&rsquo;essentiel a \u00e9t\u00e9 dit. Il n&rsquo;est pas besoin d&rsquo;\u00e9lucider le myst\u00e8re de cette communication\u00a0; les \u00ab\u00a0t\u00e9moignages\u00a0\u00bb donn\u00e9s dans <em>Litt\u00e9rature <\/em>suffiront, car ils ont permis d&rsquo;observer un langage s&rsquo;\u00e9laborant dans un \u00e9tat de semi-conscience. La porte d&rsquo;ivoire a \u00e9t\u00e9 entrouverte, c&rsquo;est bien assez\u00a0; et puis conc\u00e9dons que la t\u00e2che devenait dangereuse, entre menaces de suicide et poursuite au couteau, et une recherche d&rsquo;\u00e9motions fortes virant \u00e0 l&rsquo;hyst\u00e9rie.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre Breton est-il press\u00e9 par d&rsquo;autres devoirs. <em>Litt\u00e9rature <\/em>demande une nouvelle livraison\u00a0; lui-m\u00eame r\u00eave d&rsquo;un nouveau Salon, avec Picasso, Cendrars, Brancusi. De son propre aveu, en d\u00e9cembre, il n&rsquo;a pas assez revu Desnos, et s&rsquo;en excuse\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Mon cher ami,<br \/>\nVous savez que je m&rsquo;ennuie beaucoup de vous, je vous ai si mal vu depuis mon retour. Que vous proposerais-je\u00a0? Ce soir, l&rsquo;ennui me conduira m\u00eame au Cam\u00e9l\u00e9on o\u00f9 je pense joindre Marinetti pour lui parler du salon. Vous voyez&#8230;<br \/>\nJe passerai donc seul \u00e0 la Rotonde vers 8\u00a0h\u00a045, puissiez-vous vous y trouver.<br \/>\nIl faudrait que je vous voie longuement et seul, je ne sais trop ce que j&rsquo;ai envie de vous dire\u00a0<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s pris par ce projet de Salon, auquel il compte ajouter Marinetti, il veut lui parler \u00ab\u00a0seul \u00e0 seul\u00a0\u00bb, lui qu&rsquo;il a \u00ab\u00a0si mal vu\u00a0\u00bb. Leur amiti\u00e9 se colore d\u00e9j\u00e0 de paternalisme\u00a0: l&rsquo;a\u00een\u00e9, Breton, a pris en charge le jeune homme. Chaperonnage ambigu\u00a0: Desnos n&rsquo;appartient pas au groupe, il appartient \u00e0 Breton. De fait le \u00ab\u00a0proph\u00e8te\u00a0\u00bb est repr\u00e9sent\u00e9 dans <em>Au rendez-vous des amis<\/em>, en 1922, parmi les autres surr\u00e9alistes mais \u00e0 distance, timide.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>b. \u00ab\u00a0Je crains aussi que vous <\/em><em>n&rsquo;ayez<\/em><em> trop attendu de moi.\u00a0\u00bb (Desnos, 15 f\u00e9vrier)<\/em><\/h4>\n<p>Grande d\u00e9tresse chez Desnos en ce d\u00e9but de 1923. Comme le note Mark Polizzotti, \u00ab\u00a0les sommeils sont sa drogue psychologique, une mani\u00e8re de s&rsquo;assurer un statut, et son attachement aux s\u00e9ances hypnotiques appara\u00eet comme une forme s\u00e9v\u00e8re de d\u00e9pense n\u00e9vrotique\u00a0<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0\u00bb. La dangerosit\u00e9 de son comportement pourrait \u00eatre une r\u00e9ponse \u00e0 la peur de perdre cette \u00ab\u00a0drogue\u00a0\u00bb. En\u00a01952, l&rsquo;enchantement pass\u00e9, le r\u00e9cit de Breton devient critique. Le \u00ab\u00a0proph\u00e9tisme\u00a0\u00bb de Desnos, son insistance \u00e0 \u00ab\u00a0sommeiller\u00a0\u00bb d\u00e9coule d&rsquo;une complexion narcissique\u00a0: voulant \u00ab\u00a0concentre l&rsquo;attention sur lui seul\u00a0\u00bb, il se refuse \u00e0 \u00ab\u00a0interrompre l&rsquo;exp\u00e9rimentation\u00a0\u00bb, et se pr\u00e9sente plusieurs fois chez Breton, allant jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;endormir au cours du repas. Un soir, comme Desnos semble impossible \u00e0 r\u00e9veiller, il a recours \u00e0 un m\u00e9decin. Inquiet pour la sant\u00e9 mentale de son ami, Breton met fin d\u00e9finitivement \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c9quilibre mental compromis, obsession, impossibilit\u00e9 de se r\u00e9veiller, insulte\u00a0: Desnos ne veut pas perdre son nouvel \u00e9clat, son \u00ab\u00a0r\u00f4le\u00a0\u00bb qui met fin \u00e0 son d\u00e9ficit d&rsquo;\u00eatre, ou de sentiment de l\u00e9gitimit\u00e9. Le 14\u00a0f\u00e9vrier, le voici mandat\u00e9 pour r\u00e9cup\u00e9rer des po\u00e8mes in\u00e9dits de Rimbaud, comme l&rsquo;indique une lettre dat\u00e9e du lendemain\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Paris, jeudi,<\/p>\nCher Ami,<br \/>\nJe suis all\u00e9 chez Messein. Il a effectivement les 3 sonnets de Rimbaud mais comme il les vend 50 frs je n&rsquo;ai pu les acheter. Si vous allez chez lui pour les avoir il suffit d&rsquo;attendre qu&rsquo;il n&rsquo;y ait personne dans la boutique autre que le commis. Vous pouvez dire sans me nommer qu&rsquo;un ami est venu se renseigner aujourd&rsquo;hui. Il semble avoir une collection assez grande d&rsquo;ouvrages de ce genre que je n&rsquo;ai pu examiner. En tous les cas il en a une liste [&#8230;]. Un d\u00e9tail\u00a0: ne lui dites pas que c&rsquo;est lui l&rsquo;\u00e9diteur. Il est entendu que ce sont des livres en occasion.<br \/>\nJe regrette vraiment de ne pouvoir vous les envoyer.<br \/>\nD&rsquo;autre part je ne les aurai par l&rsquo;imprimeur que d&rsquo;ici un mois. Quel ennui.<br \/>\nJe sais d&rsquo;autre source qu&rsquo;on a fait ces temps-ci une \u00e9dition secr\u00e8te des m\u00e9moires du Marquis de Sade. Il para\u00eetrait que cela peut se trouver rue Laferri\u00e8re, Dans les boutiques sp\u00e9ciales qui y sont.<br \/>\nJe voudrais bien un jour vous voir un peu. Il me reste que je me fais quelque inqui\u00e9tude depuis l&rsquo;avortement de <em>Dada<\/em><em>\u00a0<\/em><em>II<\/em>. Que toute cette politique pue. Je ne tiens \u00e0 rien tant qu&rsquo;\u00e0 votre amiti\u00e9 et tout malentendu m&rsquo;est p\u00e9nible. Au reste, excusez-moi je dors six heures par jour depuis un an. Je crains aussi que vous n&rsquo;ayez trop attendu de moi.<br \/>\nPlus j&rsquo;y repense plus l&rsquo;article d&rsquo;Aragon me pla\u00eet. Il \u00e9largit les questions qui nous s\u00e9parent du Reste.<br \/>\nAu lieu de refaire Dada, n&rsquo;y aurait-il pas place pour une explosion romantique (de 1923, s&rsquo;entend)\u00a0?<br \/>\nJe vous reverrai samedi soir comme convenu mais de gr\u00e2ce s&rsquo;il y a malaise oublions-le.<br \/>\nDites \u00e0 Simone que les lettres ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9es aux Postes R\u00e9publicaines\u00a0<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Cette lettre importante laisse voir plusieurs dynamiques d\u00e9cisives. Albert Messein est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque un c\u00e9l\u00e8bre \u00e9diteur de po\u00e9sie\u00a0; fors Verlaine, il a publi\u00e9 <em>La<\/em> <em>Phalange<\/em>, la revue de Roy\u00e8re\u00a0; il poss\u00e8de en outre un important fonds symboliste. Prisant fort les in\u00e9dits et les raret\u00e9s, Breton a donn\u00e9 dans <em>Litt\u00e9rature<\/em> le po\u00e8me en hommage \u00e0 la Commune <em>Les Mains de Jeanne Marie<\/em>, des po\u00e8mes in\u00e9dits d&rsquo;Apollinaire et de Mallarm\u00e9, ainsi que les <em>Po\u00e9sies<\/em> de Lautr\u00e9amont. Les po\u00e8mes que doit retrouver Desnos sont sans doute des <em>Stupra <\/em>de Rimbaud, publi\u00e9s en 1871 sans \u00e9diteur. Bon connaisseur des go\u00fbts de son mentor, Desnos \u00e9voque aussi Sade, qu&rsquo;il a commenc\u00e9 \u00e0 lire en int\u00e9grant le groupe. C&rsquo;est en commis fid\u00e8le qu&rsquo;il \u00e9crit, bien concern\u00e9 par l&rsquo;article d&rsquo;Aragon, inquiet devant l&rsquo;avortement de Dada\u00a0II (sans doute le \u00ab\u00a0mouvement flou\u00a0\u00bb du groupe)\u00a0: plus que tout, il cherche la conciliation\u00a0: \u00ab\u00a0s&rsquo;il y a malaise, oublions-le.\u00a0\u00bb Pis. Il se sent tenu de s&rsquo;excuser pour le caract\u00e8re d\u00e9cousu de sa lettre\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Je ne tiens \u00e0 rien tant qu&rsquo;\u00e0 votre amiti\u00e9 et tout malentendu m&rsquo;est p\u00e9nible. Au reste, excusez-moi je dors six heures par jour depuis un an. Je crains aussi que vous n&rsquo;ayez trop attendu de moi.<\/p><\/blockquote>\n<p>Comment expliquer le registre d\u00e9faitiste de cette lettre\u00a0? Trois hypoth\u00e8ses\u00a0: Desnos s&rsquo;excuse de n&rsquo;avoir pu acheter les po\u00e8mes, trop chers pour sa maigre bourse (50\u00a0francs)\u00a0; il d\u00e9plore la lassitude de Breton face aux sommeils\u00a0; peut-\u00eatre enfin a-t-il jou\u00e9 un r\u00f4le dans l&rsquo;\u00e9chec du Salon de la fin de 1922. Il ne nous est rien parvenu qui accr\u00e9dit\u00e2t une telle b\u00e9vue, mais la derni\u00e8re explication semble la meilleure\u00a0: Desnos sugg\u00e8re de faire un Salon \u00ab\u00a0romantique 1923\u00a0\u00bb, en compensation. La phrase cependant d\u00e9passe largement ce cadre, et \u00e9voque plut\u00f4t la crainte d&rsquo;avoir d\u00e9j\u00e0 d\u00e9m\u00e9rit\u00e9\u00a0: comment retrouver sa gloire perdue\u00a0? Breton le rassure le lendemain m\u00eame\u00a0: il poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 les <em>Stupra<\/em>, (il a du moins d\u00e9j\u00e0 un in\u00e9dit \u00e0 pr\u00e9senter) et se propose d&rsquo;initier son prot\u00e9g\u00e9 \u00e0 la peinture, domaine qu&rsquo;il conna\u00eet mal :<\/p>\n<blockquote>Mon cher ami,<br \/>\nMerci mille fois. Soyez certain que je vous aime toujours et que tout ce qui est vous m&rsquo;est toujours extr\u00eamement agr\u00e9able.<br \/>\nDenise est \u00e0 Paris et serait heureuse de vous voir. On vous montrera de petits Klee et les \u00ab\u00a0Stupra\u00a0\u00bb de Rimbaud\u00a0<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a> que je suis assez heureux pour poss\u00e9der \u00e0 l&rsquo;heure actuelle. \u00c7a marche merveilleusement pour Litt\u00e9rature.<br \/>\nNous vous attendons ce soir \u00e0 partir de 8\u00a0h.\u00a01\/2\u00a0<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>En d\u00e9pit de ces brumes passag\u00e8res, l&rsquo;affection et les liens entre les deux hommes demeurent\u00a0; ils sont assez forts pour que Desnos prenne contact avec Carrive\u00a0: et le jeune po\u00e8te de jouer Breton, en donnant \u00e0 son jeune prot\u00e9g\u00e9 ce petit conseil d&rsquo;automatisme (lequel avouons-le, rappelle surtout la \u00ab\u00a0m\u00e9thode Desnos\u00a0\u00bb, preuve qu&rsquo;il en a fait sa \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb)\u00a0: \u00e9crire \u00ab\u00a0sans souci du sens de la syntaxe et de l&rsquo;orthographe, ou alors sous la dict\u00e9e absolument objective de cette voix dont [il lui a] parl\u00e9\u00a0\u00bb, avec ou sans ponctuation<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. D\u00e9j\u00e0, deux versions du surr\u00e9alisme coexistent.<\/p>\n<h4><em>c. \u00ab Je ne trouve pas toujours dans cet \u00e9tat le courage de m&rsquo;exposer \u00e0 ceux que j&rsquo;aime<\/em><em>.\u00a0\u00bb<\/em> <em>D\u00e9route du mouvement flou<\/em><\/h4>\n<p>Fortifi\u00e9 par les sommeils et ce patronage, Desnos devient l&rsquo;homme fort du surr\u00e9alisme\u00a0: il se bat et d\u00e9fend les \u00ab\u00a0[bons] [copains]\u00a0\u00bb. Prenons l&rsquo;affaire Wieland Mayr\u00a0: le 3\u00a0mars, au <em>Gaulois<\/em>, celui-ci avait tenu des propos d\u00e9sobligeants sur Robespierre, l&rsquo;idole de Desnos. On retrouve dans les archives de Desnos le proc\u00e8s-verbal sign\u00e9 par Andr\u00e9 Breton et Paul \u00c9luard\u00a0: une entrevue est d\u00e9cid\u00e9e le 8\u00a0mars 1923, au cours de laquelle Desnos lui donne une gifle.<\/p>\n<p>Ce pugilat a lieu lors d&rsquo;une mauvaise passe de Breton\u00a0: face \u00e0 la dispersion des troupes, l&rsquo;\u00e9puisement des sommeils, l&rsquo;\u00e9chec du salon, le journalisme d&rsquo;Aragon, il lui \u00e9crit une lettre chagrine, le 7\u00a0mars\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Mon bien cher ami,<br \/>\nPardonnez-moi cette inconvenance d&rsquo;hier mais je d\u00e9sesp\u00e8re, depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 de tout, et je ne trouve pas toujours dans cet \u00e9tat le courage de m&rsquo;exposer \u00e0 ceux que j&rsquo;aime. Voudrez-vous encore venir ce soir si, pour votre grand malheur, vous n&rsquo;avez rien de mieux \u00e0 faire.<br \/>\nComment sortir de tout cela mon Dieu. Mais je ne serais pas f\u00e2ch\u00e9 de vous voir encore une fois seul. Autant que possible, nous sortirons<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Cyclothymique, Breton a \u00e9vit\u00e9 Desnos au cours d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif\u00a0; le m\u00eame jour il \u00e9crit \u00e0 Simone pour se plaindre de la situation\u00a0: il \u00e9voque un d\u00e9clin litt\u00e9raire irr\u00e9m\u00e9diable, accuse l&rsquo;imb\u00e9cillit\u00e9 de la revue de Soupault, enfin promet de ne plus \u00e9crire\u00a0<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. L&rsquo;aventure de Desnos semble avoir \u00e9t\u00e9 une des seules actions \u00ab\u00a0d&rsquo;envergure\u00a0\u00bb du mois. Encore que\u00a0: \u00ab\u00a0Quelles folies, tout de m\u00eame, comme cela m\u00e9rite peu la peine qu&rsquo;on se donne&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>d. \u00ab Cette place de curiosit\u00e9 \u00bb<\/em><\/h4>\n<p>Desnos a-t-il senti la ranc\u0153ur de Breton\u00a0? la d\u00e9route du groupe l&rsquo;inqui\u00e8te-t-elle\u00a0? Il semble plut\u00f4t que le lien profond entre les deux hommes soit presque rompu &#8211; du moins la \u00ab\u00a0place d&rsquo;\u00e9lection\u00a0\u00bb est assi\u00e9g\u00e9e. C&rsquo;est dans ce contexte que prend place la lettre du 4 avril 1923 d\u00e9j\u00e0 reproduite et comment\u00e9e par Marie-Claire Dumas\u00a0<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est bien une lettre d&rsquo;excuse, qui vise \u00e0 retenir Breton malgr\u00e9 son d\u00e9sint\u00e9r\u00eat. Desnos utilise une argumentation serr\u00e9e\u00a0: tout d&rsquo;abord, le caract\u00e8re d&rsquo;\u00e9lection des deux amis, comme s&rsquo;ils \u00e9taient pr\u00e9destin\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez certain que pour nul au monde je n&rsquo;ai eu tant d&rsquo;amiti\u00e9.\u00a0\u00bb Pis. L&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de sauvetage est attach\u00e9e \u00e0 Breton\u00a0: \u00ab\u00a0Chez vous j&rsquo;ai trouv\u00e9 le germe d&rsquo;une inqui\u00e9tude qui me ronge s\u00fbrement et que la cessation d&rsquo;\u00e9crire a rendu seulement plus \u00e9vidente. Je n&rsquo;aurai sans doute pas cet h\u00e9ro\u00efsme, le seul acceptable, de l&rsquo;homicide ou du suicide. Votre compagnie un instant a pu me rassurer\u00a0\u00bb, obstacle au suicide d&rsquo;autant plus pr\u00e9gnant que l&rsquo;auteur des <em>Pas perdus<\/em> a \u00e9t\u00e9 le \u00ab\u00a0germe\u00a0\u00bb, celui qui a inocul\u00e9 le surr\u00e9alisme \u00e0 Desnos\u00a0; enfin, voici rejou\u00e9e l&rsquo;amiti\u00e9 de Montaigne et La\u00a0Bo\u00e9tie\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne connais personne au monde \u00e0 qui adresser mon Amiti\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb, sous-entendu\u00a0: personne d&rsquo;autre. Pour finir, Desnos op\u00e8re un \u00e9trange rapprochement amoureux\u00a0: \u00ab\u00a0Je me contenterai de faire l&rsquo;amour avec d\u00e9sespoir et si par hasard nous nous rencontrons soyez certain que j&rsquo;attendrai que vous me reconnaissiez.\u00a0\u00bb Que conclure de cette alliance de sentiments amoureux, litt\u00e9raires, amicaux\u00a0? Desnos semble avoir report\u00e9 sur Breton et les sommeils tous ses espoirs litt\u00e9raires et \u00e9thiques\u00a0: la d\u00e9fection le laisse dans un cas d&rsquo;anomie classique\u00a0: de tout c\u00f4t\u00e9 nul espoir, impossible d&rsquo;\u00e9crire et de se r\u00e9soudre au silence. Mime-t-il les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs de Breton\u00a0? Cette lettre, on le rappelle, suit une d\u00e9claration de son ami dans le <em>Journal du peuple <\/em>(avril\u00a01924), o\u00f9 il annonce ne plus jamais \u00e9crire&#8230;<\/p>\n<p>Allons plus loin. Sans mentor, Desnos sombre, ayant perdu \u00ab\u00a0cette place de curiosit\u00e9\u00a0\u00bb qui gouvernait sa vie depuis pr\u00e8s de huit mois. Marguerite Bonnet a li\u00e9 cette derni\u00e8re expression \u00e0 son (suppos\u00e9) narcissisme, lequel e\u00fbt toujours voulu attirer l&rsquo;attention\u00a0; ici, par le chantage au suicide (\u00ab\u00a0J&rsquo;ai bien peur de mourir sans cela\u00a0\u00bb). Peut-\u00eatre est-il plus juste d&rsquo;\u00e9voquer une Galat\u00e9e abandonn\u00e9e\u00a0: de l&rsquo;aveu de Desnos, c&rsquo;est Breton-Pygmalion qui a fait germer cette inqui\u00e9tude\u00a0; c&rsquo;est lui qui autorisa son flot po\u00e9tique et lui r\u00e9v\u00e9la une nouvelle vision de la po\u00e9sie. L&rsquo;en retranchant, il lui \u00f4te donc la raison de vivre\u00a0; Desnos refuse d&rsquo;\u00eatre un \u00ab\u00a0d\u00e9chu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette lettre (que Desnos a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 conserver) donne la clef de la relation Breton-Desnos\u00a0: le psychodrame de tout cr\u00e9ateur et de sa cr\u00e9ature lorsque le premier se d\u00e9tourne du second\u00a0; l&rsquo;ancien \u00ab\u00a0beau souci\u00a0\u00bb ne se \u00ab\u00a0contente plus que de promesses\u00a0\u00bb\u00a0; il ne saurait renoncer \u00e0 ce qu&rsquo;il fut. La crise mentionn\u00e9e le 15\u00a0f\u00e9vrier trouve tout son sens\u00a0: elle ne sera jamais d\u00e9pass\u00e9e\u00a0; la correspondance s&rsquo;\u00e9panouira dans le souvenir d&rsquo;une idylle des mots perdue\u00a0; la relation, exclusive \u00e0 distance, survivra et mourra par le souvenir. Cette lettre fait penser \u00e0 celle de Nadja, le 30 novembre 1926, \u00e9crite apr\u00e8s que Breton a donn\u00e9 des signes d&rsquo;agacement (\u00ab\u00a0Je m&rsquo;ennuie\u00a0<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>\u00a0\u00bb), o\u00f9 elle lui demande \u00a0de \u00ab\u00a0l&rsquo;utiliser\u00a0\u00bb et elle \u00ab\u00a0fera de [son mieux]\u00a0\u00bb pour produire quelque chose de \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb. Son \u00ab\u00a0souffle\u00a0\u00bb, m\u00eame, commence avec celui de Breton&#8230;<\/p>\n<p>M\u00eame ton de supplication\u00a0; m\u00eame d\u00e9sir de renouer avec l&rsquo;\u00eatre perdu, quitte \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0utilis\u00e9\u00a0\u00bb par lui\u00a0; m\u00eame nostalgie du lien mystique qui unissait deux \u00eatres. Plus remarquable encore est la r\u00e9currence d&rsquo;un d\u00e9sir d&rsquo;<em>\u00eatre utilis\u00e9 <\/em>pour que l&rsquo;attention de Breton se porte \u00e0 nouveau sur lui \u00a0et illumine les \u00ab\u00a0mots\u00a0\u00bb du surr\u00e9alisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous assure que rien de pareil n&rsquo;arrivera plus, si vous me donnez la satisfaction d&rsquo;\u00eatre mon ami. Nous causerons s\u00e9rieusement voulez-vous. Vous m&rsquo;utiliserez et je ferai de mon mieux pour vous aider \u00e0 quelque chose de bien&#8230;\u00a0\u00bb Quelque chose a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Breton (Gracq parlait \u00e0 son sujet d&rsquo;un \u00ab\u00a0effet radium\u00a0\u00bb)\u00a0; en retranchant la possibilit\u00e9 de l&rsquo;exprimer, il \u00f4te une part importante de l&rsquo;\u00eatre, presque sa d\u00e9finition. Symptomatiquement, comme s&rsquo;il souhaitait rejouer ses anciens \u00e9tats hypnotiques, Desnos agit de mani\u00e8re provocatrice durant toute l&rsquo;ann\u00e9e\u00a01923. Le 23\u00a0juillet, Simone Kahn raconte \u00e0 sa cousine \u00ab\u00a0les disputes contre Baron, surexcit\u00e9es d&rsquo;ailleurs par Desnos qui se trouve aussi \u00e0 son fait dans la haine qu&rsquo;Aragon dans l&rsquo;amour, se r\u00e9veillent \u00e0 toute occasion, et Andr\u00e9 lui en a voulu deux jours pour avoir \u00e9t\u00e9 d&rsquo;un avis oppos\u00e9 au leur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>II.\u00a0 \u00ab Un certain \u00e9tat de fureur \u00bb : Desnos, figure de proue du surr\u00e9alisme<\/h3>\n<h4><em>a. <\/em><em>\u00ab\u00a0Il est entendu que nous continuons\u00a0\u00bb L&rsquo;ami du quotidien<\/em><\/h4>\n<p>Il faut cependant pr\u00e9ciser que la lettre n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e \u00e0 Breton, mais \u00e0 Desnos lui-m\u00eame &#8211; preuve que la rupture d\u00e9plor\u00e9e par Desnos n&rsquo;a pas eu lieu\u00a0; du point de vue de Breton, l&rsquo;amiti\u00e9 tient toujours. Non content de le recommander aupr\u00e8s de Jacques Doucet, et de servir d&rsquo;interm\u00e9diaire pour la vente d&rsquo;un manuscrit (il vante aussi son livre <em>D\u00e9sordre formel<\/em> comme \u00ab\u00a0absolument capital\u00a0<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>\u00a0\u00bb) il d\u00e9clare \u00e0 \u00c9luard, en ao\u00fbt, que Desnos est un \u00ab\u00a0type \u00e9patant\u00a0<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>\u00a0\u00bb. Dans deux lettres, il r\u00e9clame sa pr\u00e9sence\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Mon cher ami,<br \/>\nN&rsquo;oubliez pas de vous rendre \u00e0 l&rsquo;Eldorado ce soir 8\u00a0h 15. Le temps m&rsquo;a manqu\u00e9 pour mettre debout la sc\u00e8ne tropicale. De toute mani\u00e8re, il est entendu que nous continuons demain.<br \/>\nRien de nouveau, sinon une engueulade extr\u00eamement brillante, Aragon et moi, avec M. Crotti. Lettre de Jacques Baron.<br \/>\n\u00c0 tout \u00e0 l&rsquo;heure, mon tr\u00e8s cher ami\u00a0<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Puis, un mois et demi plus tard\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Cher ami, nous irons demain ap. midi \u00e0 Cambronne o\u00f9 nous resterons seulement jusqu&rsquo;au d\u00eener. \u00c0 tout hasard et quoique cela ne vous convienne sans doute pas, rendez-vous 1\u00a0h45 au terminus demain. Si vous ne pouvez venir, \u00e0 lundi soir, voulez-vous\u00a0?<br \/>\nAffectueusement\u00a0<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Desnos fait donc bien partie du groupe\u00a0: une lettre \u00e0 Simone, du 18\u00a0mars 1924, montre que Desnos a bu avec Aragon et Breton la veille au soir. On est loin de la rupture redout\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>b. <em>\u00ab\u00a0Voici Robert Desnos et Roger Vitrac, qui d\u00e9chiffrent dans le parc un vieil \u00e9dit sur le duel\u00a0\u00bb<\/em><\/h4>\n<p>Les ann\u00e9es passant, Desnos fait figure de surr\u00e9aliste exalt\u00e9\u00a0: il est si combatif que le <em>Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em> le pr\u00e9sente en train de \u00ab\u00a0d\u00e9chiffrer dans le parc\u00a0\u00bb du ch\u00e2teau transparent \u00ab\u00a0un vieil \u00e9dit sur le duel\u00a0\u00bb. La nouvelle identit\u00e9 que se construit Desnos aupr\u00e8s de Breton est marqu\u00e9e, pour reprendre l&rsquo;expression d&rsquo;Artaud, par un \u00ab\u00a0certain \u00e9tat de fureur\u00a0\u00bb. Breton, dans un article du <em>Journal litt\u00e9raire <\/em>(5\u00a0juillet 1924) \u00e9voque son \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efsme litt\u00e9raire ou plut\u00f4t po\u00e9tique\u00a0\u00bb, proche du fanatisme. Associ\u00e9 \u00e0 Picasso, Freud et Robespierre, voici Desnos explorateur, \u00ab\u00a0proph\u00e8te du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, signe d&rsquo;un \u00ab\u00a0merveilleux <em>moderne<\/em>\u00a0\u00bb, qui a enterr\u00e9 symbolisme, cubisme, et aux pieds duquel tous doivent s&rsquo;incliner. Outre l&rsquo;\u00e9loge peut-\u00eatre forc\u00e9 (pour Marguerite Bonnet, il fallait rassurer Desnos), on notera que \u00ab\u00a0Desnos est mille fois plus r\u00e9volutionnaire que la r\u00e9volution\u00a0\u00bb &#8211; comme si Desnos \u00e9tait \u00e0 nouveau celui qui faisait parler Robespierre et frappait Mayr.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 1926, la correspondance abonde en ce sens\u00a0: intr\u00e9pide, d\u00e9brouillard, Desnos est l&rsquo;ami du bon temps comme du mauvais. Breton lui \u00e9crit ce t\u00e9l\u00e9gramme de Lorient, le 22\u00a0juillet 1924\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Faites impossible nouvelles secours<br \/>\nLimbour \u00e9crit Mayence caf\u00e9 de Paris 18 juillet<br \/>\ngri\u00e8vement bless\u00e9 injures<br \/>\nr\u00e9ponse = Breton <a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a><\/blockquote>\n<p>Georges Limbour est en\u00a01924 reporter \u00e0 Mayence, dans la Rh\u00e9nanie occup\u00e9e, pour<em> L&rsquo;\u00c9cho du Rhin.<\/em> Le 14\u00a0juillet, sur les marches de l&rsquo;Op\u00e9ra, il a appel\u00e9 la population allemande \u00e0 chasser l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise d&rsquo;occupation et cri\u00e9 \u00ab\u00a0\u00c0\u00a0bas la France\u00a0!\u00a0\u00bb Le 18\u00a0juillet, il se prend de querelle au Caf\u00e9 de Paris, sans doute avec des officiers, et il est bless\u00e9 \u00e0 cette occasion. L&rsquo;intervention de Breton, Paulhan et Soupault lui permet de regagner la France\u00a0<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>. Lorsque Breton envoie la lettre, il est \u00e0 Lorient, chez ses parents pour les vacances. Desnos lui r\u00e9pond deux jours plus tard, le 24\u00a0juillet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>T\u00e9l\u00e9phone caf\u00e9 Mayence rien<br \/>\nattends communication \u00c9cho Rhin<br \/>\npr\u00e9venu Strasbourg et Bernier<br \/>\npr\u00e9venez Naville cas \u00e9ch\u00e9ant Painlev\u00e9<br \/>\nAragon s&rsquo;occupera Bergery<br \/>\nAmiti\u00e9s<br \/>\ntoujours Paris-Soir quatre \u00e0 cinq Desnos<\/blockquote>\n<p>Voici Desnos mandat\u00e9 pour sauver Limbour\u00a0: sur le champ, il contacte <em>L&rsquo;\u00c9cho du Rhin<\/em>, et pr\u00e9vient Bernier, le directeur de la galerie <em>L&rsquo;\u0152il<\/em>. Naville (avant d&rsquo;alerter le math\u00e9maticien Paul Painlev\u00e9), Aragon avec Bergery (ami commun d&rsquo;Aragon, Berl et Drieu la\u00a0Rochelle) sont aussi pr\u00e9venus. Desnos ne peut pour l&rsquo;instant se rendre sur place, \u00e9tant \u00e0 <em>Paris-Soir<\/em>, le journal o\u00f9 depuis d\u00e9but\u00a01924 il est journaliste, critique, et parfois caissier\u00a0(!). Donner le coup de poing, \u00eatre l\u00e0 dans les troubles\u00a0: Desnos se distingue la m\u00eame ann\u00e9e par un fort brutal \u00ab\u00a0attentat\u00a0\u00bb. Lors d&rsquo;une soir\u00e9e au <em>Vieux-Colombier<\/em> les surr\u00e9alistes attaquent Robert Aron, venu donner une conf\u00e9rence sur la po\u00e9sie moderne. \u00c0 peine celui-ci prononce-t-il son introduction, que Desnos affirme\u00a0: \u00ab Je vous d\u00e9fends de parler de Rimbaud.\u00a0\u00bb Une lettre \u00e0 Picabia, le 8\u00a0septembre 1924, rend bien compte de la <em>pulsio<\/em> <em>provocandi\u00a0<\/em>du jeune Apache\u00a0: tout en demandant une contribution, il annonce qu&rsquo;\u00e0 partir du deuxi\u00e8me num\u00e9ro, les surr\u00e9alistes \u00ab\u00a0boufferont les foies des emmerdeurs\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;ils vont bien \u00ab\u00a0rire\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>&#8230;<\/p>\n<h4><em>c. <\/em><em>\u00ab\u00a0Quel dommage que je ne l&rsquo;aime plus autant. Il n&rsquo;y a de grandeur r\u00e9elle peut-<\/em><em>\u00eatre<\/em><em> qu&rsquo;en lui<\/em><em>.\u00a0\u00bb<\/em><em> La naissance de la centrale<\/em><\/h4>\n<p>Proph\u00e8te, duelliste, ami de Breton au quotidien\u00a0<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>, Desnos suit de pr\u00e8s la naissance de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>. Le journaliste ne tient pas la permanence\u00a0: mais il envoie des num\u00e9ros \u00e0 Marcel Sauvage pour vanter l&rsquo;histoire du surr\u00e9alisme et faire une conf\u00e9rence \u00e0 ce sujet\u00a0<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>\u00a0; de l&rsquo;aveu de Naville, il regorge d&rsquo;id\u00e9es, volontiers radicales\u00a0; t\u00e9moin cette fantaisie typographique, en d\u00e9sirant enfreindre les r\u00e8gles traditionnelles de l&rsquo;\u00e9dition\u00a0: \u00ab\u00a0pages de format in\u00e9gal, insertion de reproductions d&rsquo;affiches publicitaires appr\u00e9ci\u00e9es dans le cours des textes\u00a0<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>\u00a0\u00bb &#8230;<\/p>\n<p>En outre, il se livre \u00e0 l&rsquo;exercice de dessins automatiques, dans la tradition des dessins de sommeils hypnotiques. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux est reproduit dans le premier num\u00e9ro.<\/p>\n<p>Il donne aussi une peinture (r\u00e9alis\u00e9e avec Naville), que Breton conserve dans son atelier\u00a0<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>. Pour Desnos, l&rsquo;automatisme, c&rsquo;est le surr\u00e9alisme. Contre la po\u00e9sie \u00e9crite et la peinture \u00ab\u00a0\u00e0 sujet\u00a0\u00bb, il est la forme d&rsquo;un \u00e9lan vital, d&rsquo;une \u00ab\u00a0voix int\u00e9rieure\u00a0\u00bb qui ne demande qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;exprimer pour d\u00e9couvrir de nouveaux horizons. Comme le rapporte Naville, Desnos sugg\u00e8re d&rsquo;entreprendre des tableaux \u00e0 plusieurs mains, automatiques, afin de briser la notion de chef-d&rsquo;\u0153uvre. Le deuxi\u00e8me num\u00e9ro de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> propose un tableau r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 quatre mains, mais cette tentative ne recueille \u00ab\u00a0ni approbations ni imitateurs\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>.<\/p>\n<p>Bon ap\u00f4tre, Desnos d\u00e9finit le surr\u00e9alisme par deux moyens\u00a0: automatisme et anti-art\u00a0; le tableau \u00e9voque aussi les suicides qui pars\u00e8ment le num\u00e9ro. H\u00e9las, nul n&rsquo;est proph\u00e8te en son parti\u00a0: Artaud puis Breton reprennent la main. Mais si Breton red\u00e9finit assez clairement les liens entre arts graphiques dans <em>Le Surr\u00e9alisme et la peinture <\/em>au d\u00e9triment du dessin automatique, il ne lui tient pas rigueur de le pratiquer\u00a0; l&rsquo;auteur de <em>Corps et biens <\/em>est pr\u00e9sent dans quasi tous les num\u00e9ros. Breton sert d&rsquo;interm\u00e9diaire\u00a0: en d\u00e9cembre\u00a01924, il lui demande un po\u00e8me pour <em>La<\/em> <em>Revue europ\u00e9enne<\/em> de Soupault, cr\u00e9\u00e9e au Sagittaire en mars\u00a01923, quoique Breton f\u00fbt agac\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9 dispers\u00e9e de Soupault\u00a0<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>. Le Sagittaire avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9dit\u00e9 <em>Deuil pour Deuil<\/em> en ce mois de d\u00e9cembre\u00a0; il \u00e9ditera en 1927 <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;amour<\/em>, sans l&rsquo;entremise de Breton cette fois-ci.<\/p>\n<blockquote>Cher ami,<br \/>\nSoupault me prie de vous demander des po\u00ebmes pour la Revue europ\u00e9enne et \u00e9ventuellement pour Kra.<br \/>\nSi vous n&rsquo;y voyez pas d&rsquo;inconv\u00e9nient, voulez-vous m&rsquo;apporter demain la copie la plus compl\u00e8te que vous ayiez. [sic]<br \/>\nTr\u00e8s affectueusement&#8230;<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a><\/blockquote>\n<p>Tandis que Desnos prend de l&rsquo;ascendant (il est au premier plan de la photographie de couverture) et qu&rsquo;il collabore au second num\u00e9ro avec le pamphlet r\u00e9volutionnaire \u00ab\u00a0La muraille de ch\u00eane\u00a0\u00bb (sur une id\u00e9e d&rsquo;Aragon), la jalousie de Breton grandit. Comme il redoute de perdre un alli\u00e9, un \u00e9l\u00e9ment essentiel du d\u00e9veloppement de sa pens\u00e9e et de l&rsquo;\u00e9volution du groupe, sa ranc\u0153ur s&rsquo;exprime dans des lettres \u00e0 Simone et Artaud. Le 21 janvier 1925, Breton d\u00e9plore que Desnos ait bu et qu&rsquo;il ne soit pas \u00ab\u00a0dr\u00f4le\u00a0<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0; surtout, l&rsquo;influence d&rsquo;Artaud semble l&rsquo;agacer. Artaud avait dress\u00e9 une liste de lettres-insultes \u00e0 composer par les membres\u00a0: Desnos r\u00e9dige avec Th\u00e9odore Fraenkel une lettre aux directeurs des asiles de fou. Il \u00e9crivit aussi un <em>Pamphlet contre J\u00e9rusalem<\/em>\u00a0: double scepticisme de Breton. Le 14\u00a0f\u00e9vrier, une lettre \u00e0 Simone laisse libre cours \u00e0 la ranc\u0153ur, la jalousie, la d\u00e9ception\u00a0envers celui pour qui il \u00e9prouve \u00ab\u00a0une grande faiblesse\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois que les autres me mangent Desnos, et que je suis mang\u00e9 pour lui par les autres, ce qui est absurde et honteux<em>. <\/em>Quel dommage que je ne l&rsquo;aime plus autant<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Desnos avait ouvert la porte d&rsquo;ivoire\u00a0: mang\u00e9 par d&rsquo;autres, Virgile succombe \u00e0 l&rsquo;histrion\u00a0; nulle \u00ab\u00a0grandeur r\u00e9elle\u00a0\u00bb \u00e0 son r\u00e9pertoire, mais des \u00ab\u00a0tics\u00a0\u00bb. Frankenstein voulait-il que le surr\u00e9alisme tourn\u00e2t autour de sa cr\u00e9ature\u00a0? Cette \u00ab\u00a0\u00e9lection\u00a0\u00bb a tourn\u00e9 court. Dans la lettre de Breton, la dramatisation abonde\u00a0: \u00ab\u00a0je ne l&rsquo;aime plus autant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0grandeur r\u00e9elle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tics tr\u00e8s graves\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0caract\u00e8re profond\u00e9ment grave\u00a0\u00bb. En v\u00e9rit\u00e9, il n&rsquo;y a que Desnos qui semble trouver gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux\u00a0; lui seul a vu le surr\u00e9alisme, car lui seul a proc\u00e9d\u00e9, avec Breton et Soupault, qui pratiqu\u00e8rent l&rsquo;\u00e9criture automatique, \u00e0 une exp\u00e9rience d\u00e9cisive. Estimant qu&rsquo;il est le seul \u00e0 le pouvoir diriger, Breton voit dans la perte de Desnos la m\u00e9taphore de la d\u00e9route du mouvement. De plus en plus agac\u00e9 par ce nouveau <em>management <\/em>et ce qui l&rsquo;accompagne (d\u00e9sespoir, exacerbation, orientation nihiliste et mystique), Breton reprend en main la revue apr\u00e8s une derni\u00e8re apostrophe \u00e0 Artaud, le 27\u00a0mars\u00a0; cette fois encore, Desnos semble un des diff\u00e9rents essentiels par sa place dans le surr\u00e9alisme, dont il est la \u00ab\u00a0part lyrique\u00a0\u00bb. Le voir se taire et perdre son aura signe l&rsquo;\u00e9chec du projet de l&rsquo;auteur du <em>P\u00e8se-nerfs<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Voyez o\u00f9 nous en sommes avec le surr\u00e9alisme : Desnos, qui a d\u00fb sentir une bonne fois, tr\u00e8s fort, (il me l&rsquo;a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 souvent) l&rsquo;inutilit\u00e9 [parfaite] d&rsquo;\u00e9lever dans ce d\u00e9testable concert une voix vraiment pure, et tout de m\u00eame les jeux de mots&#8230; Desnos, qui est par excellence un personnage lyrique, se tient d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart. Sans doute sa d\u00e9ception a \u00e9t\u00e9 trop forte.<\/p><\/blockquote>\n<p>Protecteur de Desnos, Breton aimerait le conforter dans son projet po\u00e9tique r\u00e9volutionnaire, mystique, et surtout \u00ab\u00a0lucide\u00a0\u00bb. Le conserver pour soi, comme s&rsquo;il \u00e9tait sa cr\u00e9ature, ou du moins l&rsquo;\u00eatre dont il a le plus besoin, quitte \u00e0 exalter sa fureur. Dans le num\u00e9ro\u00a0quatre de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, Desnos donne <em>La Baie de la faim<\/em> &#8211; un extrait de <em>La libert\u00e9 ou l&rsquo;amour\u00a0!<\/em> o\u00f9 l&rsquo;on voit appara\u00eetre <em>Le Corsaire Sanglot <\/em>&#8211; production litt\u00e9raire, \u00e9rotique et pleine de cocasserie, plus anarchiste, en plein dans le go\u00fbt surr\u00e9aliste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>d. <\/em><em>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a rien que je d\u00e9sire davantage\u00a0\u00bb\u00a0: Au service du surr\u00e9alisme<\/em><\/h4>\n<p>En 1925, Desnos commence \u00e0 \u00e9crire des proph\u00e9ties, que Breton garde scrupuleusement\u00a0<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. Les sommeils n&rsquo;ont pas de fin\u00a0;\u00a0Desnos est toujours ce m\u00e9dium effrayant, macabre\u00a0: au retour d&rsquo;une consultation chez une voyante o\u00f9 Baron et lui croisent Breton, celui-ci \u00e9crit\u00a0que Desnos est menac\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0grand danger\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;il risque m\u00eame la mort<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>.<\/p>\n<p>Desnos participe en outre au n\u00b0\u00a05 de La R\u00e9volution surr\u00e9aliste. Le 28\u00a0ao\u00fbt, Breton lui \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Mon tr\u00e8s cher ami,<br \/>\nMalkine m&rsquo;a remis votre lettre mais vous savez que je ne puis rien pour Leiris, encore que je n&rsquo;attache pas la m\u00eame importance que vous \u00e0 ce genre de choses. J&rsquo;ai quitt\u00e9 Nice il y a quatre jours la mer n&rsquo;en finissait pas de me faire vomir. J&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 rentrer \u00e0 Paris et l&rsquo;espoir de votre prochaine arriv\u00e9e dans le Midi m&rsquo;en a dissuad\u00e9. Vous pourriez venir habiter \u00e0 Thorenc qui est un lieu tr\u00e8s reposant c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;inverse de Nice et \u00e0 plus forte raison de Venise. Malkine nous a tenu compagnie ici jusqu&rsquo;\u00e0 hier. Il serait heureux de revenir \u00e0 Thorenc avec vous. Pour ma part, il n&rsquo;y a <u>rien<\/u> que je d\u00e9sire davantage. Voulez-vous y songer, et \u00e0 la solitude tr\u00e8s grande que ce s\u00e9jour comporte\u00a0? Voici l&rsquo;h\u00f4tel o\u00f9 nous habitons, \u00e0 3\u00a0km de Thorenc et Thorenc (10 maisons) \u00e0 30\u00a0km de tout. La pension compl\u00e8te 35\u00a0f. \u00c9crivez-moi<br \/>\ntr\u00e8s affectueusement 1713 &#8211; Grand h\u00f4tel du ch\u00e2teau &#8211; Thorenc (A.\u00a0Mar)<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a><\/blockquote>\n<p>Malkine<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a> est venu les rejoindre, et a fait office de taxi. Breton tente de faire venir aupr\u00e8s de lui ses amis (d\u00e9licate attention pour les petits porte-monnaie de ses amis\u00a0: il indique le prix de la pension compl\u00e8te \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel.<\/p>\n<p>Il est difficile de d\u00e9terminer quelle est l&rsquo;\u00ab\u00a0aventure\u00a0\u00bb de Leiris\u00a0: ce ne peut \u00eatre une allusion aux effets physiques du banquet Saint-Pol-Roux, o\u00f9 Leiris a \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 \u00e0 tabac par la foule pour avoir cri\u00e9 \u00ab\u00a0Vive l&rsquo;Allemagne\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0; il se dit d\u00e8s fin ao\u00fbt compl\u00e8tement gu\u00e9ri\u00a0<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>. Est-ce une allusion \u00e0 son mariage avec Louise Godon\u00a0? Breton, Malkine et Simone sont venus leur rendre visite \u00e0 la demeure des Kahnweiler o\u00f9 ils vivent avec le couple Masson. Il serait malvenu pour Breton de bl\u00e2mer le mariage, bien qu&rsquo;il ait pu ne pas appr\u00e9cier la nouvelle \u00e9pouse (ce que rien ne confirme). La derni\u00e8re possibilit\u00e9 serait deux articles (sur Mir\u00f3 et Picasso) parus en juillet dans <em>The Little Review<\/em>, que le groupe lui reprochera en novembre.<\/p>\n<p>Desnos vient, rejoint par Morise, Jacques Viot et par Janine, la s\u0153ur de Simone. La fin des vacances est d\u00e9volue aux loisirs et \u00e0 la p\u00eache aux \u00e9crevisses. Apr\u00e8s leur d\u00e9part, c&rsquo;est toujours de Thorenc que Breton con\u00e7oit le n\u00b0\u00a05 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>. Par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;\u00c9luard, il demande \u00e0 Desnos un projet de couverture. Comme l&rsquo;\u00e9crit Simone (qui tient la plume) \u00e0 \u00c9luard\u00a0: \u00ab\u00a0Il est persuad\u00e9 que\u00a0Desnos en s&rsquo;effor\u00e7ant un peu doit pouvoir [leur] en donner une et sugg\u00e8re de le lui demander\u00a0<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>.\u00a0\u00bb Le 7\u00a0septembre, r\u00e9ponse d&rsquo;\u00c9luard\u00a0: Desnos propose une photographie de ceinture de chastet\u00e9. Breton balaie l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un revers de main\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudrait que je voie longuement Desnos. (Naturellement pas de ceinture de chastet\u00e9\u00a0; il ne s&rsquo;agit plus de plaisanteries, m\u00eame surr\u00e9alistes\u00a0<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>.)\u00a0\u00bb On trouve cependant dans le n\u00b0\u00a05 deux po\u00e8mes de Desnos et <em>Le Paradis perdu<\/em> (pr\u00e9sentation des textes d&rsquo;un autre \u00ab\u00a0facteur Cheval\u00a0\u00bb, Ulysse Pr\u00e9chacq). La couverture prendra la forme d&rsquo;une collection de num\u00e9ros d&rsquo;anciennes revues surr\u00e9alistes, sous-titr\u00e9e \u00ab\u00a0Le pass\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La collaboration continue, r\u00e9guli\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Po\u00e8mes \u00e0 la myst\u00e9rieuse\u00a0\u00bb dans le n\u00b0\u00a06, une lettre \u00e0 Pierre Millet\u00a0; Breton lui envoie une carte postale du 1<sup>er\u00a0<\/sup>janvier 1926 d&rsquo;Amsterdam.<\/p>\n<p>Le 14\u00a0ao\u00fbt 1926, Breton se trouve \u00e0 Quiberon, dans le Morbihan. Il transmet \u00e0 Desnos son adresse \u00e0 partir du\u00a016 (\u00ab\u00a0Gavarnie, Pyr\u00e9n\u00e9es\u00a0\u00bb), et lui demande des notes pour le n\u00b0\u00a08 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste <\/em>(d\u00e9cembre\u00a01926)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Tr\u00e8s cher ami, je vous communique mon adresse provisoire \u00e0 partir du 16\u00a0ao\u00fbt (Poste restante Gavarnie Hautes Pyr). Vous serez tr\u00e8s tr\u00e8s gentil de m&rsquo;\u00e9crire ce qui se passe, si peu qu&rsquo;il se passe, de m&rsquo;envoyer des textes importants, y compris des notes pour la R.S., de dire o\u00f9 en est l&rsquo;impression des papiers.<br \/>\nComment allez-vous\u00a0? Viendrez-vous dans le Midi\u00a0? De ce c\u00f4t\u00e9 ou d&rsquo;un autre\u00a0?<br \/>\nTr\u00e8s affectueusement&#8230;<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a><\/blockquote>\n<p>Desnos a r\u00e9pondu, probablement. Breton lui \u00e9crit le 20\u00a0ao\u00fbt\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Mon tr\u00e8s cher ami, n&rsquo;avez-vous toujours pas eu de r\u00e9ponse de S\u00e9verine\u00a0? N&rsquo;oubliez pas de m&rsquo;en faire part, n&rsquo;est-ce pas\u00a0? Et Germaine Berton, n&rsquo;avez-vous rien pu apprendre sur elle\u00a0? N&rsquo;avez-vous pas pu int\u00e9resser \u00ab\u00a0Paris-Soir\u00a0\u00bb \u00e0 son sort\u00a0? Que devenez-vous avec la r\u00e9daction de ce journal\u00a0? Et votre atelier\u00a0? L&rsquo;article sur la peinture surr\u00e9aliste est-il termin\u00e9 et savez-vous quand il doit para\u00eetre\u00a0? R\u00e9pondez-moi \u00e0 tous ces sujets, je vous prie.<br \/>\nAvez-vous des nouvelles d&rsquo;Yvonne Georges\u00a0?<br \/>\nDe mon c\u00f4t\u00e9 les choses ont l&rsquo;air de s&rsquo;arranger encore une fois tant bien que mal.<br \/>\nBien s\u00fbr que j&rsquo;y ai mis du mien.<br \/>\nEnvoyez-moi les \u00e9preuves du clich\u00e9 et des textes de toutes sortes<br \/>\n\u00c0 vous&#8230;<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a><\/blockquote>\n<p>Desnos semble avoir promis \u00e0 Breton un article sur \u00ab\u00a0S\u00e9verine\u00a0\u00bb (n\u00e9e Caroline R\u00e9my en 1855), grande militante anarchiste, journaliste et f\u00e9ministe engag\u00e9e dans les luttes politiques antiracistes de gauche\u00a0<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. Cette suffragette de choc militait encore en\u00a01925 et disposait d&rsquo;un grand ascendant moral. De sensibilit\u00e9 anarchiste, en veine de politiser le mouvement, Breton ne peut qu&rsquo;\u00eatre int\u00e9ress\u00e9 par une telle rencontre\u00a0; en outre, Desnos a fr\u00e9quent\u00e9 des milieux anarchistes dans sa jeunesse et semble la personne id\u00e9ale pour ce travail.<\/p>\n<p>Desnos \u00e9tait journaliste \u00e0 <em>Paris-Soir<\/em>, et avait consacr\u00e9 des articles \u00e0 divers sujets d&rsquo;actualit\u00e9 (par exemple l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>), ou fait des portraits de peintre. Germaine Berton \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;affiche du premier num\u00e9ro de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, ce qui explique la demande\u00a0; elle avait pourtant peu de chances d&rsquo;aboutir. Berton avait tout de m\u00eame tu\u00e9 Marius Plateau, le secr\u00e9taire de la Ligue d&rsquo;Action Fran\u00e7aise&#8230;<\/p>\n<p>On notera le ton quelque peu militaire de Breton lorsqu&rsquo;il en vient \u00e0 lui demander un \u00ab\u00a0compte rendu\u00a0\u00bb de ses derni\u00e8res activit\u00e9s. Cette surveillance trahit une inqui\u00e9tude\u00a0: Breton sent que Desnos acquiert de l&rsquo;ind\u00e9pendance. L&rsquo;atelier de la rue Blomet, dans lequel Desnos vient d&#8217;emm\u00e9nager, est au c\u0153ur d&rsquo;un quartier de peintres et de jeunes gens de la boh\u00e8me (Pr\u00e9vert, Baron, Masson entres autres). Breton n&rsquo;aime pas la licence, la drogue, surtout et tout ce qui \u00e9chappe \u00e0 son contr\u00f4le\u00a0; il voit donc ce d\u00e9m\u00e9nagement dans le petit clan autonome, groupe dans le groupe, d&rsquo;un mauvais \u0153il.<\/p>\n<p>L&rsquo;article sur la peinture surr\u00e9aliste ne peut, chronologiquement, qu&rsquo;\u00eatre celui publi\u00e9 dans le huiti\u00e8me num\u00e9ro de <em>Cahiers d&rsquo;art<\/em>, en\u00a01926. Breton a de quoi s&rsquo;inqui\u00e9ter\u00a0! Si l&rsquo;article de Desnos loue plusieurs peintres, son auteur refuse de dire \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb une peinture est surr\u00e9aliste. Selon lui, un vrai surr\u00e9aliste \u00ab\u00a0ne vous dira pas pourquoi une peinture est surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb (et ce apr\u00e8s trois livraisons du <em>Surr\u00e9alisme et la peinture<\/em>)\u00a0; il fait l&rsquo;\u00e9loge de Chirico, quand bien m\u00eame Breton e\u00fbt mis \u00ab\u00a0cinq ans \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer de Chirico\u00a0<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>\u00a0\u00bb et de ses \u00ab\u00a0ridicules copies de Rapha\u00ebl, ses <em>Trag\u00e9dies d&rsquo;Eschyle, <\/em>et tant de portraits \u00e0 menton fuyant et \u00e0 vaine devise latine\u00a0\u00bb. Premi\u00e8res pulsions h\u00e9r\u00e9siarques&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>III. \u00ab Un ton pers\u00e9cut\u00e9 qui devient de plus en plus sa mani\u00e8re \u00bb : une distance grandissante.<\/h3>\n<p>D\u00e8s la fin de 1926, la distance va s&rsquo;accentuant. Outre l&rsquo;affaire de la rue Blomet, c&rsquo;est aussi l&rsquo;ensemble des d\u00e9cisions journalistiques de Desnos qui agace Breton. Lui-m\u00eame devient paradoxal\u00a0: il lui demande d&rsquo;\u00e9crire sur Yvonne Georges, et publie en effet \u00ab\u00a0\u00c0 la myst\u00e9rieuse\u00a0\u00bb (<em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, n\u00b0\u00a06)\u00a0; cependant, un manuscrit de Desnos, \u00ab\u00a0Yvonne\u00a0\u00bb, conserv\u00e9 par Breton, n&rsquo;est pas publi\u00e9\u00a0<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>. Ajoutons que le po\u00e8te n&rsquo;a pas particip\u00e9 aux r\u00e9flexions sur l&rsquo;engagement communiste. D\u00e8s lors, lass\u00e9, Desnos semble s&rsquo;\u00e9carter du surr\u00e9alisme orthodoxe tout en nourrissant une secr\u00e8te ranc\u0153ur envers son fondateur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>a. <\/em><em>\u00ab\u00a0On fait ce qu&rsquo;on peut\u00a0\u00bb\u00a0: coupable absent\u00e9isme<\/em><\/h4>\n<p>\u00c0 la fin de 1926, le rapprochement avec le groupe Clart\u00e9 a ent\u00e9rin\u00e9 le d\u00e9sir d&rsquo;une grande radicalit\u00e9 politique\u00a0; la question de l&rsquo;adh\u00e9sion au parti communiste devient pressante. Le 4\u00a0d\u00e9cembre 1926, une r\u00e9union est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 la rue du Ch\u00e2teau.<\/p>\n<p>Par un pneumatique, Breton convoque donc son \u00ab\u00a0cher ami\u00a0\u00bb, dont la \u00ab\u00a0pr\u00e9sence [est] absolument indispensable \u00e0 [la] r\u00e9union demain <u>Samedi soir<\/u> 9\u00a0h rue du ch\u00e2teau\u00a0\u00bb. Il conclut\u00a0: \u00ab\u00a0En h\u00e2te. Pardon\u00a0<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>.\u00a0\u00bb \u00c0 la r\u00e9union, Desnos n&rsquo;est pas pr\u00e9sent ni tenu pour absent. Il est facile d&rsquo;expliquer une telle absence\u00a0: le 23\u00a0novembre, une autre r\u00e9union s&rsquo;\u00e9tait tenue au caf\u00e9 <em>Le Proph\u00e8te<\/em>, o\u00f9 Desnos avait d\u00e9clar\u00e9 ne pas pouvoir r\u00e9duire la r\u00e9volution surr\u00e9aliste \u00e0 la r\u00e9volution politique.<\/p>\n<p>Comme le note Anne Egger, l&rsquo;autocritique de Desnos \u00e9gr\u00e8ne les motifs de sa future excommunication. Sa peur de perdre sa sp\u00e9cificit\u00e9, la crainte de l&rsquo;enlisement, son \u00e9loge de l&rsquo;amour, la conscience de la mission po\u00e9tique, la crainte de passer pour un intellectuel pontifiant, autant d&rsquo;obstacles irr\u00e9m\u00e9diables\u00a0: il a toujours refus\u00e9 de participer \u00e0 une activit\u00e9 politique, et insiste sur les \u00ab\u00a0lacunes du groupe\u00a0\u00bb sur le plan r\u00e9volutionnaire<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>.<\/p>\n<p>Loin de se d\u00e9fendre, Desnos s&rsquo;accuse\u00a0: il participe \u00e0 un journal \u00ab\u00a0petit-bourgeois\u00a0\u00bb, il publie des textes surr\u00e9alistes, et ne pourra garantir son entr\u00e9e au P.C. faute d&rsquo;une conformit\u00e9 de caract\u00e8re et de connaissances marxistes. L&rsquo;aveu d&rsquo;avoir pass\u00e9 une ann\u00e9e \u00e0 aimer une femme, important d&rsquo;un point de vue surr\u00e9aliste, rentre peu dans le cadre d&rsquo;une discipline communiste. Desnos a en outre \u00e9crit un article \u00e0 <em>Paris-Soir<\/em> sur l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne (\u00ab\u00a0ma muse exigeante\u00a0\u00bb), qui n&rsquo;a pas eu l&rsquo;aval de Breton. Conscient de ne pouvoir \u00eatre un bon militant, Desnos rend impossible sa participation (\u00ab\u00a0refus de s\u00e9rieux\u00a0\u00bb)\u00a0; il a cependant la malice de se d\u00e9douaner\u00a0: malgr\u00e9 ses dires, il se dit \u00ab\u00a0pr\u00eat \u00e0 collaborer\u00a0\u00bb, ce qu&rsquo;on imagine difficilement. De toute fa\u00e7on, en refusant de venir le 4\u00a0d\u00e9cembre, il invalide sa bonne volont\u00e9\u00a0: c&rsquo;est le d\u00e9but de la rupture. Desnos est de ceux qui font passer l&rsquo;exigence po\u00e9tique au-dessus de tout. Comme le note Anne Egger, Robert est assez proche de Soupault, qui sera exclu avant la fin de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0: lui aussi avait refus\u00e9 l&rsquo;engagement communiste. En\u00a0mai, devenu r\u00e9dacteur \u00e0 <em>Paris-Journal<\/em>, organe de l&rsquo;anarchiste Eug\u00e8ne Merle, Desnos ne participe pas \u00e0 la brochure <em>Au grand jour<\/em>, o\u00f9 Breton, Aragon, P\u00e9ret, \u00c9luard et Unik clament leur adh\u00e9sion au parti communiste. En ao\u00fbt, \u00ab\u00a0loin de la foule d\u00e9cha\u00een\u00e9e\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0compose chastement\u00a0\u00bb <em>The Night of the Loveless Night,<\/em> \u00ab\u00a0aupr\u00e8s du soleil, comme les astrologues\u00a0\u00bb, dans une tranquille indiff\u00e9rence envers la chose politique.<\/p>\n<p>On trouve cependant dans le n\u00b0\u00a08 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, en d\u00e9cembre, une fort lyrique \u00ab\u00a0Confession d&rsquo;un enfant du si\u00e8cle\u00a0\u00bb. Desnos reste donc surr\u00e9aliste, alors m\u00eame que le surr\u00e9alisme \u00e9volue vers l&rsquo;action politique. Ce ne sont donc pas deux hommes qui s&rsquo;affrontent\u00a0: ce sont deux versions, deux visions du surr\u00e9alisme, deux gloses de l&rsquo;automatisme, comme le montrera le <em>Troisi\u00e8me Manifeste.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h4><em>b. <\/em><em>\u00ab\u00a0Griefs <\/em><em>[&#8230;]<\/em><em> et accusations <\/em><em>[&#8230;]<\/em><em> d&rsquo;un ordre assez objectif pour que je vous prie de vous en expliquer publiquement<\/em><em>.\u00a0\u00bb<\/em><em> Vers la rupture\u00a0?<\/em><\/h4>\n<p>Desnos se sent exil\u00e9, ou du moins mis en minorit\u00e9. Il l&rsquo;est en effet sur plusieurs points\u00a0: la vis\u00e9e de r\u00e9alisations concr\u00e8tes, l&rsquo;abandon de l&rsquo;automatisme, du dessin\u00a0; en apart\u00e9 Desnos se plaint m\u00eame de l&rsquo;incurie de Breton. Agac\u00e9, Breton le convoque le 17\u00a0janvier 1927\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Mon cher ami,<br \/>\nles griefs que vous avez contre moi et les accusations que vous portez sont d&rsquo;un ordre assez objectif pour que je vous prie de vous en expliquer publiquement. Comme d&rsquo;autre part, le rendez-vous que je vous avais demand\u00e9 avait un tout autre objet que cette explication [il devait s&rsquo;agir d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne Smith], voulez-vous que nous nous rencontrions seulement mercredi \u00e0 8\u00a0h\u00a045 pr\u00e9cises rue du Ch\u00e2teau, o\u00f9 je convie par la m\u00eame occasion Aragon, Jacques Baron (s&rsquo;il est de retour), Duhamel, \u00c9luard, Ernst, Hoorerman, Leiris, Morise, de Massot, Malkine, Naville, Noll, P\u00e9ret, Pr\u00e9vert, Stern, Tanguy, Tual, Unik. Nous \u00e9tudierons les possibilit\u00e9s de continuation de La R\u00e9volution surr\u00e9aliste.<br \/>\nJe compte absolument sur vous<br \/>\nVotre ami&#8230;<\/blockquote>\n<p>Nulle information sur les raisons de cette dispute, mais il semble bien que le persiflage de Desnos ait fort d\u00e9plu. Breton et Desnos devaient s&rsquo;entretenir d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne Smith<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>, mais le rendez-vous sera consacr\u00e9 aux m\u00e9disances du second. Marguerite Bonnet note qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque une certaine tension s&rsquo;instaure dans leurs rapports. Bel euph\u00e9misme\u00a0: c&rsquo;est le d\u00e9but de complications qui s&rsquo;\u00e9chelonneront toute l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0; l&rsquo;incident a eu lieu deux mois apr\u00e8s la r\u00e9union d&rsquo;autocritique\u00a0; Breton vient d&rsquo;entrer au PC le 14\u00a0janvier 1927, apr\u00e8s trois sessions d&rsquo;examens tr\u00e8s difficiles, lesquelles peuvent expliquer le ton agac\u00e9. En\u00a0ao\u00fbt, alors qu&rsquo;il est en train d&rsquo;\u00e9crire <em>Nadja<\/em> au manoir d&rsquo;Ango, Breton \u00e9crit \u00e0 Desnos\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Mon cher ami, \u00eates-vous r\u00e9ellement f\u00e2ch\u00e9 contre moi, vous devriez savoir que je vous aime toujours profond\u00e9ment et que si je ne vous pardonne pas quelque chose, c&rsquo;est d&rsquo;en douter. Comment allez-vous et que faites-vous\u00a0? \u00c9crivez-moi. N&rsquo;avez-vous rien \u00e0 me donner pour le n\u00b0\u00a09-10 (double) de La R.S. dont la plus grande partie est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;impression\u00a0? Pourquoi pas ce journal d&rsquo;une apparition dont vous aviez parl\u00e9\u00a0? Tout ce que vous voudrez d&rsquo;ailleurs.<br \/>\nTr\u00e8s affectueusement&#8230;<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0Journal d&rsquo;une apparition\u00a0\u00bb, qui semble \u00e9voquer les apparitions nocturnes de la \u00ab\u00a0Myst\u00e9rieuse\u00a0\u00bb dans l&rsquo;atelier de la rue Blomet, est publi\u00e9 dans le n\u00b0\u00a09-10\u00a0 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste <\/em>en octobre 1927<em>. <\/em>On note l&rsquo;approche diplomatique de Breton\u00a0: le r\u00e9dacteur en chef demande de quoi compl\u00e9ter le sommaire, tout en d\u00e9samor\u00e7ant la \u00ab\u00a0f\u00e2cherie\u00a0\u00bb de Desnos.<\/p>\n<p>Cette lettre, qui a pu para\u00eetre int\u00e9ress\u00e9e, n&rsquo;a pas apais\u00e9 la tension entre les deux hommes. Harcel\u00e9, d\u00e9nonc\u00e9, convoqu\u00e9, Desnos a contract\u00e9 le \u00ab\u00a0vice de Rousseau\u00a0\u00bb. En priv\u00e9, le 22 ao\u00fbt 1927, Breton se plaint de cette susceptibilit\u00e9\u00a0\u00e0 sa femme\u00a0: alors qu&rsquo;il n&rsquo;a que des textes indigents, voire \u00ab\u00a0d\u00e9ficients\u00a0\u00bb, et que le num\u00e9ro promet d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0peu brillant\u00a0\u00bb, Desnos lui \u00e9crit \u00ab\u00a0dans le ton pers\u00e9cut\u00e9 qui devient de plus en plus sa mani\u00e8re <a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>[&#8230;].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sans s&rsquo;attarder sur la conception de la \u00ab\u00a0sale revue\u00a0<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>\u00a0\u00bb, il faut consid\u00e9rer la formulation\u00a0: \u00ab\u00a0ton pers\u00e9cut\u00e9 qui devient de plus en plus sa mani\u00e8re\u00a0\u00bb, sympt\u00f4me d&rsquo;une attitude ou d&rsquo;un comportement parano\u00efaque dont Breton s&rsquo;agace de plus en plus. Ayant re\u00e7u le texte d\u00e9sir\u00e9, qui \u00e9voque des relations amoureuses et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, Breton r\u00e9pond dix jours plus tard, en\u00a0marchant sur des \u0153ufs\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Mon cher ami, je vous assure encore que vous vous trompez et qu&rsquo;il n&rsquo;y a, \u00e0 ma connaissance, aucune cabale contre vous. Je vous remercie de votre lettre et du tr\u00e8s int\u00e9ressant texte qui l&rsquo;accompagnait. J&rsquo;aimerais vous voir d\u00e8s mon arriv\u00e9e \u00e0 Paris, et vous lire quelque chose que j&rsquo;ai \u00e9crit ici et qui ne sera, d&rsquo;ailleurs, pas encore termin\u00e9. Aragon vous envoie son amiti\u00e9. Ne doutez pas de moi d&rsquo;une mani\u00e8re qui me ferait de la peine, je n&rsquo;ai jamais chang\u00e9 d&rsquo;avis ni de sentiments \u00e0 votre \u00e9gard. La vie est morne et idiote, vous le savez comme moi depuis longtemps. Mais je suis et je reste de tout c\u0153ur votre ami\u00a0<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>&#8230;<\/p><\/blockquote>\n<p>Ayant d\u00e9menti la \u00ab\u00a0cabale\u00a0\u00bb exerc\u00e9e contre Desnos, Breton utilise un ton assez neutre, tr\u00e8s en-dessous de son enthousiasme habituel (\u00ab\u00a0tr\u00e8s int\u00e9ressant texte\u00a0\u00bb) et fort \u00e9loign\u00e9 de l&rsquo;exaltation des d\u00e9buts<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a>. Signe d&rsquo;\u00e9lection, il l&rsquo;invite en tout cas \u00e0 venir \u00e9couter la lecture de <em>Nadja<\/em>, dont il a compos\u00e9 les deux premi\u00e8res parties durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Le jour de son retour \u00e0 Paris, il en fait la lecture devant Masson, P\u00e9ret et \u00c9luard\u00a0: Desnos ne vient pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>c. <\/em><em>\u00ab\u00a0Pardonnez-moi, vous savez que je ne sais pas ce que je veux.\u00a0\u00bb Une rupture par la fuite\u00a0?<\/em><\/h4>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, Breton remet \u00e0 plus tard la confrontation. Cette distance motivera sans doute, plus tard, l&rsquo;accusation de Desnos\u00a0; selon Youki, il affirmera\u00a0: \u00ab\u00a0Cela n&rsquo;a aucune importance. Ne vous tracassez pas. Breton est f\u00e2ch\u00e9 avec moi, mais, moi, je ne suis pas f\u00e2ch\u00e9 avec Breton\u00a0<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les quatre lettres suivantes, en effet, remettent \u00e0 plus tard la rencontre pour des raisons diverses.<\/p>\n<blockquote><p>Lundi 20 sept [1927]<\/p>\nMon cher ami,<br \/>\nVoulez-vous bien que nous remettions \u00e0 apr\u00e8s demain soir mercredi notre rendez-vous. Pardonnez-moi, vous savez que je ne sais pas ce que je veux.<br \/>\nJe viens de passer trois jours \u00e0 la mise en pages de cette sale revue.<br \/>\nTr\u00e8s affectueusement&#8230;<a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a><\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re excuse\u00a0: la publication du n\u00b0\u00a08 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, dont il a la charge. La semaine suivante, le mercredi 26\u00a0octobre 1927\u00a0: la maladie.<\/p>\n<blockquote>Mon cher ami<br \/>\nImpossible vous voir ce soir suis souffrant<br \/>\nT\u00e9l\u00e9phonez-moi et excusez-moi \u00e0 bient\u00f4t<br \/>\nAmiti\u00e9s&#8230;<\/blockquote>\n<p>En novembre, lors d&rsquo;une rencontre avec Emmanuel Berl pour publier <em>Nadja<\/em> et le<em> Trait\u00e9 du style<\/em> dans la collection <em>Salon particulier<\/em>, Breton s&rsquo;\u00e9prend de Suzanne Muzard. Les amants fuguent le lendemain\u00a0: voici les retrouvailles report\u00e9es <em>sine die<\/em>. Le 17\u00a0d\u00e9cembre 1927, Breton envoie une carte postale de Toulon\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Tr\u00e8s cher Ami,<br \/>\nje pense \u00e0 vous, et vous reverrai sans faute bient\u00f4t. Suzanne et moi vous ferons signe un tr\u00e8s prochain jour.<br \/>\nNe m&rsquo;oubliez pas tout \u00e0 fait.<br \/>\nTr\u00e8s affectueusement&#8230;<\/blockquote>\n<p>De retour \u00e0 Paris mi-d\u00e9cembre, Breton revoit sans doute Desnos\u00a0; <em>Nadja<\/em>, publi\u00e9 en mai, donne une \u00e9vocation tr\u00e8s vivante du po\u00e8te, qui rappelle leur relation sur deux points\u00a0: surr\u00e9alisme \u00ab\u00a0pur\u00a0\u00bb des Rrose S\u00e9lavy lors d&rsquo;un long passage sur les sommeils, et \u00ab\u00a0rendez-vous que, les yeux ferm\u00e9s, Desnos [lui a] donn\u00e9s pour plus tard avec lui, avec quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre ou avec moi-m\u00eame, il n&rsquo;en est pas un [qu&rsquo;il se] sente encore le courage de manquer, pas un seul, au lieu et \u00e0 l&rsquo;heure les plus invraisemblables, o\u00f9 [il n&rsquo;est] s\u00fbr de trouver qui il [lui a] dit.<a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Celui-ci est cr\u00e9dit\u00e9 d&rsquo;un don de vision, \u00ab\u00a0valeur absolue d&rsquo;oracle\u00a0\u00bb. Message voil\u00e9\u00a0? Breton \u00e9voque les rendez-vous \u00e0 venir. Est-ce une mani\u00e8re de r\u00e9parer la faute\u00a0? Ou de s&rsquo;excuser\u00a0? De proclamer \u00e0 nouveau son attachement et sa confiance dans le surr\u00e9alisme que lui propose son ami\u00a0? En revenant sur ces sommeils et en donnant \u00e0 leur auteur une place de choix parmi les \u00ab\u00a0co\u00efncidences merveilleuses\u00a0\u00bb qui scandent la premi\u00e8re partie de <em>Nadja<\/em>, nul doute que Breton a senti sa dette et mesur\u00e9 la puissance du souvenir sur lui\u00a0: tout peut recommencer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>d. <\/em><em>\u00ab\u00a0Le genre de rapports surann\u00e9s que vous entretenez avec moi\u00a0\u00bb\u00a0: la rupture\u00a0?<\/em><\/h4>\n<p>En f\u00e9vrier, Desnos int\u00e8gre une mission de la presse \u00e0 La\u00a0Havane en tant que journaliste\u00a0; \u00e0 son grand plaisir, il est rapidement reconnu comme le \u00ab\u00a0po\u00e8te surr\u00e9aliste\u00a0<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>\u00a0\u00bb. Il fait la rencontre de l&rsquo;Am\u00e9rique latine, d&rsquo;Alejandro Carpentier (qu&rsquo;il ram\u00e8ne dans ses bagages en France)\u00a0; il se prend de passion pour les \u00e9crits et la musique de ses nouveaux amis. La libert\u00e9 de ton et le mouvement r\u00e9volutionnaire sud-am\u00e9ricains (lequel \u00e9chappe aux griffes du PC) renforcent sa d\u00e9fiance envers la discipline et le changement politique du groupe\u00a0; lorsqu&rsquo;il rentre en France, en avril, \u00e0 peine est-il arriv\u00e9 qu&rsquo;une premi\u00e8re altercation survient.<\/p>\n<p>Youki, alors l&rsquo;amante de Foujita, a d\u00e9couvert le groupe par un exemplaire de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>\u00a0; elle d\u00e9cide de rencontrer ces jeunes explorateurs du \u00ab\u00a0merveilleux moderne\u00a0\u00bb, dont elle a lu tous les ouvrages. Apr\u00e8s sa visite \u00e0 la galerie surr\u00e9aliste, Marcel Noll devient son amant. Survient Desnos, \u00ab\u00a0gar\u00e7on mince, aux cheveux plats\u00a0\u00bb, au rire aga\u00e7ant. Il lui montre le jeu de l&rsquo;araign\u00e9e, et en revendique la paternit\u00e9. Le lendemain, elle raconte la sc\u00e8ne \u00e0 Breton, qui la trouve \u00ab\u00a0inadmissible\u00a0\u00bb et \u00e9crit sur le champ \u00ab\u00a0une lettre d&rsquo;engueulade\u00a0\u00bb. Comme Youki tente de d\u00e9samorcer l&rsquo;incident, Breton d\u00e9clare que \u00ab\u00a0c&rsquo;est beaucoup plus important que ce [qu&rsquo;elle] [croit]<a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De fait, Youki ne ment pas. La lettre de Breton est tr\u00e8s s\u00e8che &#8211; mais sa r\u00e9action n&rsquo;est pas qu&rsquo;affaire de galanterie\u00a0: il s&rsquo;agit d&rsquo;un diff\u00e9rend global, inscrit dans le temps, qui conclut toute une ann\u00e9e d&rsquo;incompr\u00e9hension.<\/p>\n<blockquote><p>3 avril 1928.<\/p>\nMon cher ami,<br \/>\nJe ne vous ai gu\u00e8re vu depuis votre retour mais j&rsquo;ai assez entendu parler de vous.<br \/>\nUne histoire qu&rsquo;on me rapporte au sujet d&rsquo;une araign\u00e9e en papier (ce n&rsquo;est rien, n&rsquo;est-ce pas, une araign\u00e9e en papier) une autre qui met en cause Marcel Noll et moi-m\u00eame de la mani\u00e8re la plus d\u00e9sobligeante, la mani\u00e8re dont vous parlez du travail qui me d\u00e9pla\u00eet, le genre de rapports surann\u00e9s que vous entretenez avec moi, toutes sortes de choses regrettables sur lesquelles j&rsquo;ai voulu passer en fonction de l&rsquo;affection sans \u00e9gale que je vous ai port\u00e9e, m&rsquo;obligent \u00e0 rompre toute relation avec vous.<br \/>\nCroyez que j&rsquo;en suis tr\u00e8s triste mais faites-moi l&rsquo;honneur de croire aussi que je suis seul \u00e0 d\u00e9cider d&rsquo;une chose aussi grave (pour moi)\u00a0<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Quelles sont ces histoires ? Tout d&rsquo;abord, Breton pointe l&rsquo;absence de Desnos aupr\u00e8s de lui depuis son retour ; \u00e0 cela s&rsquo;ajoutent l&rsquo;affaire de l&rsquo;araign\u00e9e, et le cocuage\u00a0<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a> de Noll. En outre, Breton \u00e9voque sa propre personne. Pourquoi\u00a0? On peut supposer qu&rsquo;en sous-main, Desnos se plaignait de son attitude, d&rsquo;o\u00f9 ces rapports \u00ab\u00a0surann\u00e9s\u00a0\u00bb (comprendre\u00a0: dont la politesse n&rsquo;est qu&rsquo;une fa\u00e7ade, et sans r\u00e9elle affection). Jouant le chantage, Breton annonce avoir pass\u00e9 l&rsquo;\u00e9ponge sur un certain nombre de m\u00e9faits, au nom de l&rsquo;affection pass\u00e9e. Quels sont-ils\u00a0? On peut d\u00e9nombrer\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Le refus du communisme<\/li>\n<li>La participation \u00e0 <em>Paris Soir<\/em> puis <em>Paris Journal<\/em><\/li>\n<li>L&rsquo;alcoolisme (r\u00e9el ou non), auquel s&rsquo;ajoute la fr\u00e9quentation \u00e9pisodique de la drogue<\/li>\n<li>Les accusations de cabales<\/li>\n<li>Son alliance avec le parti de Simone Kahn apr\u00e8s le divorce<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0La mani\u00e8re dont vous parlez du travail qui me d\u00e9pla\u00eet\u00a0\u00bb\u00a0: allusion sans doute au journalisme, mais aussi les concessions faites au travail alimentaire de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale\u00a0<a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Mais ces concessions le mettent en position de majest\u00e9\u00a0: son pardon demande une soumission et des excuses (on notera l&rsquo;incise perfide\u00a0: \u00ab\u00a0une chose aussi grave (pour moi)\u00a0\u00bb). Desnos n&rsquo;a pas r\u00e9pondu, jugeant sans doute la r\u00e9action disproportionn\u00e9e (mais on ne peut pas exclure une r\u00e9ponse de Desnos\u00a0: encore une fois, <em>c\u00e6tera desunt<\/em>)\u00a0<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a>. Pour Polizzotti, Breton refuse de voir Desnos avec une autre femme qu&rsquo;Yvonne Georges (ce qui est peu probable, car Desnos a connu d&rsquo;autres femmes avant Youki)\u00a0; toujours selon Polizzotti, Breton ne peut en outre tol\u00e9rer qu&rsquo;un des membres du groupe f\u00fbt tromp\u00e9, comme lui trompait Simone avec Suzanne\u00a0: c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame d&rsquo;amour absolu unique qu&rsquo;enfreint Desnos par son attitude, d&rsquo;o\u00f9 sa r\u00e9action. Breton avait une certaine affection pour Noll, qui lui \u00e9tait tout d\u00e9vou\u00e9. L&rsquo;hypoth\u00e8se ne suffit pas \u00e0 justifier la rupture. C&rsquo;est plut\u00f4t la somme des incompr\u00e9hensions et de muettes ranc\u0153urs qui a provoqu\u00e9 cette r\u00e9action. D&rsquo;o\u00f9 une reprise de Breton, le 6\u00a0avril\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Mon cher ami,<br \/>\nChaque fois que je vous ai vu ces derniers mois j&rsquo;ai tout fait, j&rsquo;ai conscience d&rsquo;avoir tout fait pour \u00eatre le plus moi-m\u00eame et par l\u00e0 vous amener \u00e0 \u00eatre le plus vous-m\u00eame. Rappelez-vous\u00a0: depuis longtemps, au contraire de ce que vous dites, c&rsquo;est moi qui vous parle presque seul, il n&rsquo;est rien que j&rsquo;aie eu \u00e0 c\u0153ur, dont j&rsquo;ai eu \u00e0 c\u0153ur, dont j&rsquo;ai laiss\u00e9 passer une occasion de vous entretenir. En avez-vous fait toujours autant\u00a0? Si nos rencontres ont \u00e9t\u00e9 rares, vous l&rsquo;avez attribu\u00e9 vous-m\u00eame au peu de go\u00fbt que vous aviez de me trouver avec tel ou tel. Vous savez que moi je ne puis vivre seul. Mais chaque fois que vous \u00eates venu, je me suis arrang\u00e9 pour que vous ne trouviez que moi. Je pr\u00e9tends encore une fois avoir toujours cherch\u00e9 \u00e0 entretenir avec vous les rapports <u>humains<\/u> les plus v\u00e9ritables, dans la mesure o\u00f9 la fatigue et divers d\u00e9go\u00fbts que vous partagez le permettent.<br \/>\nVous savez que j&rsquo;ai toujours eu un besoin terrible de <u>vivre<\/u> avec les gens et particuli\u00e8rement avec vous. Sorti de l\u00e0, je perds de vue. Je me fais une raison de l&rsquo;absence et je ne vous apprends pas ce que peut \u00eatre une telle raison.<br \/>\nSi vous en avez le temps et le moindre d\u00e9sir, venez donc me parler ou donnez-moi rendez-vous quelque part. Je vous dirai bien volontiers de quoi je me suis \u00e9mu et \u00e0 quoi j&rsquo;ai ob\u00e9i en vous \u00e9crivant l&rsquo;autre jour. Ne feignez pas de croire que j&rsquo;ai chang\u00e9 d&rsquo;opinion sur le travail, ni qu&rsquo;il eut suffi d&rsquo;un propos m\u00eame injuste sur Noll pour que vous m&rsquo;apparaissiez chang\u00e9 du tout au tout. Il y avait la mani\u00e8re dont divers propos avaient \u00e9t\u00e9 tenus, <u>pour une fois<\/u> c&rsquo;est tr\u00e8s s\u00e9rieux. Il n&rsquo;y avait \u00e0 coup s\u00fbr pas id\u00e9e de calomnie chez ceux qui me les rapportaient. Ne dites pas qu&rsquo;il ne faut rien \u00e9couter. Il faut \u00e9couter au contraire et dissiper tout ce qui est dissipable. [sic]<br \/>\nJe n&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;aucune fluctuation sentimentale \u00e0 votre \u00e9gard. En vous revoyant l&rsquo;autre jour, j&rsquo;\u00e9tais vraiment tr\u00e8s heureux. Mais vous \u00eates tout de suite retourn\u00e9 au loin\u00a0<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Cette belle lettre de conciliation, qui semble avoir eu son effet, est fermement charpent\u00e9e en quatre \u00e9tapes\u00a0: tout d&rsquo;abord, Breton assure avoir toujours gard\u00e9 du temps pour la venue de Desnos\u00a0; de l&rsquo;aveu m\u00eame de Desnos, ce sont les connaissances de Breton qui l&rsquo;ont rebut\u00e9. Pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;individualisme de son ami, Breton fait profession d&rsquo;humanit\u00e9. Il lie encore une fois les sentiments de Desnos aux siens, et essaie de le ramener dans le giron commun. Ainsi, en d\u00e9pit d&rsquo;une apparence de brouille, ils apparaissent toujours fermement unis. Enfin, il lui offre la possibilit\u00e9 de venir le lendemain, sans ranc\u0153ur. Par l\u00e0, Breton n&rsquo;a rien c\u00e9d\u00e9, a avou\u00e9 son mouvement d&rsquo;humeur, a rejet\u00e9 sur Desnos l&rsquo;accusation, et a rehauss\u00e9 l&rsquo;importance d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 tout prendre futile\u00a0: \u00ab\u00a0cette fois c&rsquo;est tr\u00e8s s\u00e9rieux.\u00a0\u00bb Somme toute, Breton ne \u00ab\u00a0l\u00e2che rien\u00a0\u00bb, et renforce m\u00eame son autorit\u00e9 &#8211; ou du moins le croit-il. La lettre finit sur un grief, \u00e9voqu\u00e9 de mani\u00e8re presque amoureuse\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates tout de suite retourn\u00e9 au loin\u00a0\u00bb, et qui rejette encore la faute sur Desnos.<\/p>\n<p>La d\u00e9fense de Noll, on le voit, reste tr\u00e8s p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0: Noll lui-m\u00eame n&rsquo;a pas les faveurs du groupe. \u00c9luard le 17\u00a0octobre \u00e9crit \u00e0 Jo\u00eb Bousquet\u00a0:\u00ab\u00a0Vous a-t-on pr\u00e9venu des infamies (et la l\u00e2chet\u00e9) du sieur\u00a0Noll\u00a0? Ceci dit pour qu&rsquo;il n&rsquo;abuse pas de votre ignorance. Il est tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able d&rsquo;\u00eatre m\u00e9pris\u00e9, bafou\u00e9, escroqu\u00e9\u00a0<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>.\u00a0\u00bb Plut\u00f4t qu&rsquo;un reflet de l&rsquo;autoritarisme d\u00e9plac\u00e9 de Breton, le conflit \u00e9tait surtout pr\u00e9texte \u00e0 un r\u00e8glement de compte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>IV. \u00ab [&#8230;] Ces vieilles ma\u00eetresses dont la puissance tient plus \u00e0 l&rsquo;habitude qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;amour qu&rsquo;elles inspirent. \u00bb : Fin de partie<\/h3>\n<h4><em>a. <\/em><em>\u00ab\u00a0Que devenez-vous<\/em><em>\u00a0<\/em><em>? N&rsquo;avez-vous vraiment plus rien, mais plus rien \u00e0 faire avec moi\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0: derniers accents d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s<\/em><\/h4>\n<p>Pass\u00e9es ces excuses, un \u00e9trange jeu du chat et de la souris d\u00e9bute\u00a0: Breton esquive la confrontation pendant plusieurs mois et cela d\u00e8s le 9\u00a0avril\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Cher ami,<br \/>\nExcusez-moi de ne pouvoir \u00eatre libre cet apr\u00e8s midi<br \/>\naffectueusement<br \/>\nAndr\u00e9 Breton<a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a><\/blockquote>\n<p><em>Idem <\/em>le 20 avril\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>20 avril 28<\/p>\nterriblement fatigu\u00e9. Tr\u00e8s bas. Pardonnez-moi. Bien affectueusement<br \/>\nBreton<a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a><\/blockquote>\n<p>Conc\u00e9dons que les difficult\u00e9s sont multiples \u00e0 ce moment\u00a0: incomp\u00e9tence de Noll, qui multiplie les b\u00e9vues \u00e0 la galerie\u00a0; absence de Suzanne Muzard, partie avec Emmanuel Berl\u00a0; amateurisme de la centrale (voir lettre du 8\u00a0mai)\u00a0: autant de soucis qui d\u00e9tournent Breton de retrouvailles qui ne pourront qu&rsquo;\u00eatre douloureuses.<\/p>\n<p>En juin, la situation ne s&rsquo;est pas am\u00e9lior\u00e9e\u00a0; si Breton a revu Desnos, ils n&rsquo;ont pu discuter en t\u00eate \u00e0 t\u00eate\u00a0; dans une lettre \u00e0 Simone, le 16\u00a0juin 1928, il exprime une franche lassitude quant \u00e0 ses nouvelles manies\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 part cela, beaucoup de choses ne vont pas mieux. Ne voil\u00e0-t-il pas que Desnos est venu me confier hier qu&rsquo;il \u00e9tait amoureux fou de Youki, que pour lui il ne s&rsquo;agissait plus aucunement d&rsquo;Yvonne George\u00a0! Il explique cela par les Y des pr\u00e9noms. Un Y ne suffit pas \u00e0 former une fl\u00e8che (Y) mais 2, oui, et cette fl\u00e8che ne peut traverser qu&rsquo;un c\u0153ur qui est le sien. Il s&rsquo;est battu avec Noll l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Il dit \u00eatre s\u00fbr que c&rsquo;est lui que Youki aime. Il est d&rsquo;ailleurs compl\u00e8tement fou (d\u00e9j\u00e0 il croit l&rsquo;aimer depuis plus d&rsquo;un an, l&rsquo;avoir aim\u00e9e bien avant que Noll la conn\u00fbt, et tout ce qu&rsquo;il a \u00e9crit est proph\u00e9tique et il continue \u00e0 proph\u00e9tiser. Il annonce qu&rsquo;il se r\u00e9veille d&rsquo;un long somme et qu&rsquo;on va bien voir. Il va recevoir des coups de revolver qui ne l&rsquo;atteindront pas gri\u00e8vement mais qui lui laisseront une blessure au t\u00e9ton \u00e0 l&rsquo;endroit du c\u0153ur). Tu juges \u00e0 peu pr\u00e8s\u00a0<a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>&#8230;<\/p><\/blockquote>\n<p>De m\u00eame, deux jours plus tard, il \u00e9crit \u00e0 \u00c9luard\u00a0que \u00ab\u00a0Desnos et Noll [sont] toujours assez s\u00e9rieusement aux prises\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;il \u00ab\u00a0ne sait trop ce qui en r\u00e9sultera\u00a0(18 juin)<a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>\u00a0\u00bb. Sans doute lass\u00e9, il \u00e9vite Desnos par un \u00ab\u00a0pneu\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Cher ami pardonnez-moi fatigue extr\u00eame, fi\u00e8vre, etc. Croyez. C&rsquo;est tr\u00e8s vrai.<br \/>\nAffectueusement\u00a0<a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a>&#8230;<\/blockquote>\n<p>On notera la pr\u00e9cision \u00ab\u00a0c&rsquo;est tr\u00e8s vrai\u00a0\u00bb qui laisse entendre que Desnos pourrait croire \u00e0 de la simulation. Fin juillet, Breton lui \u00e9crit depuis l&rsquo;\u00eele de Sein, o\u00f9 il se trouve avec Suzanne\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Alors c&rsquo;est fini\u00a0?<br \/>\nVous disiez que rien au monde ne saurait nous f\u00e2cher. Je le croyais aussi.<br \/>\nJe pense vous avoir exprim\u00e9 directement et indirectement en toutes occasions mon affection. Il me semble que toujours vous avez pu compter sur moi. S&rsquo;il est une chose sur quoi les pires remous n&rsquo;ont rien pu, c&rsquo;est cela, me dis-je quelque fois avec un peu d&rsquo;amertume. Est-ce que pour vous ce n&rsquo;est plus rien\u00a0? Vous me deviez au moins de me le dire, n&rsquo;est-ce pas\u00a0?<br \/>\nQue devenez-vous\u00a0? N&rsquo;avez-vous vraiment plus rien, mais plus rien \u00e0 faire avec moi\u00a0?<br \/>\nVotre ami&#8230;<a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a><\/blockquote>\n<p>Le 28 ao\u00fbt 1928, Desnos d\u00e9dicace \u00e0 Breton <em>La Place de l&rsquo;\u00e9toile<\/em>, drame en neuf tableaux. On le retrouve, une derni\u00e8re fois\u00a0: le 16 janvier 1929, pour une soir\u00e9e consacr\u00e9e aux cadavres exquis.<\/p>\n\n<h4><em>b. \u00ab Je me refuse \u00e0 accepter des mots d&rsquo;ordre et une discipline par trop arbitraire \u00bb<\/em><\/h4>\n<p>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, Breton pr\u00e9voit un grand d\u00e9bat sur les positions individuelles des membres du surr\u00e9alisme et l&rsquo;\u00e9limination des \u00e9l\u00e9ments qui ne souhaitent pas faire cause commune &#8211; les journalistes et les litt\u00e9rateurs, en un mot les sp\u00e9cialistes, \u00e9tant les premiers vis\u00e9s. Le 12\u00a0f\u00e9vrier 1929, une circulaire est envoy\u00e9e aux surr\u00e9alistes, aux sympathisants et aux membres des revues <em>Clart\u00e9<\/em>, <em>L&rsquo;Esprit<\/em>, <em>Le<\/em> <em>Grand Jeu<\/em>, les r\u00e9ponses \u00e9tant attendues pour le 25\u00a0f\u00e9vrier\u00a0: les questions portaient sur la n\u00e9cessit\u00e9 de restreindre l&rsquo;action intellectuelle \u00e0 une port\u00e9e individuelle, et la possibilit\u00e9 d&rsquo;une action commune.<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a><\/p>\n<p>Sans doute Desnos n&rsquo;a-t-il pas r\u00e9pondu car Breton \u00e9prouve le besoin de le relancer le 10 mars 1929\u00a0<a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a>. Desnos a rejoint le groupe de <em>Documents<\/em>, revue \u00e0 laquelle il collabore \u00e0 partir de septembre 1929\u00a0; il a aussi \u00e9crit dans la revue <em>Bifur<\/em> une chronique \u00ab\u00a0Les mercenaires de l&rsquo;opinion\u00a0\u00bb et \u00e9crit r\u00e9cemment des po\u00e8mes d&rsquo;apparence classique<a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a>, repris dans <em>Corps et biens.<\/em> Il ne vient pas, mais il \u00e9crit, et sa r\u00e9ponse est assez \u00e9loquente\u00a0: elle fait l&rsquo;apologie d&rsquo;une position solitaire, \u00e9talage d&rsquo;un cynisme d\u00e9sabus\u00e9 (tr\u00e8s contre-r\u00e9volutionnaire) et surtout le refus de toute \u00ab\u00a0discipline\u00a0\u00bb, un mot qui obs\u00e9dait les surr\u00e9alistes depuis qu&rsquo;ils voulaient entrer au Parti Communiste Fran\u00e7ais. Revendiquant le \u00ab\u00a0droit \u00e0 la solitude\u00a0(&#8230;) imprescriptible\u00a0\u00bb, en plein \u00ab\u00a0ratage absolu\u00a0\u00bb (sentimental et professionnel), il refuse toute activit\u00e9 commune, tout en montrant un total m\u00e9pris pour toute activit\u00e9 \u00ab\u00a0litt\u00e9raire ou artistique ou anti-litt\u00e9raire ou anti-artistique\u00a0\u00bb.<a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a><\/p>\n<p>La nouvelle vie, agit\u00e9e et libre, de Desnos avec Youki, ses nouveaux int\u00e9r\u00eats, son refus de l&rsquo;engagement communiste, et surtout de la <em>discipline <\/em>bretonienne, avec ce qu&rsquo;elle induisait (pr\u00e9sence quotidienne, soumission des textes au regard des groupes, participation aux enqu\u00eates, puret\u00e9 morale) cr\u00e9ent une distance irr\u00e9m\u00e9diable. On ne le verra donc pas dans le dernier num\u00e9ro de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, quand bien m\u00eame il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans tous les autres num\u00e9ros. Le travail de Desnos est ailleurs\u00a0: \u00e0 <em>La Gazette de Paris<\/em> il donne une chronique de disques, de cin\u00e9ma. Il d\u00e9sire, selon Anne Egger, \u00ab\u00a0apporter \u00e0 la critique de disques un esprit large, \u00e9clair\u00e9, vari\u00e9, et le point de vue le plus moderne et le mieux d\u00e9gag\u00e9 de toute litt\u00e9rature\u00a0\u00bb. Dans ces conditions, il pr\u00e9serve son \u00ab\u00a0droit absolu \u00e0 la solitude\u00a0\u00bb, et ne vient pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>c. <\/em><em>\u00ab\u00a0Que faites-vous\u00a0? Que vous arrive-t-il\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/h4>\n<p>Durant cette ann\u00e9e-l\u00e0, les rapports entre les deux hommes sont presque inexistants, si ce n&rsquo;est <em>The Night of the Loveless Nights<\/em> dans le num\u00e9ro sp\u00e9cial de <em>Vari\u00e9t\u00e9s<\/em> \u00e9voqu\u00e9 <em>supra. <\/em>Breton lui \u00e9crit cependant deux cartes postales lors d&rsquo;un voyage \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Sein avec Suzanne Muzard. La premi\u00e8re date du 22\u00a0juin 1929\u00a0:<\/p>\n<blockquote>Tr\u00e8s affectueux souvenir<a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a><br \/>\nSuzanne &amp; Andr\u00e9 Breton<\/blockquote>\n<p>La seconde la suit de peu.<\/p>\n<blockquote>Mon cher ami,<br \/>\nD\u00e9sol\u00e9 de vous savoir malade. Donnez-moi de vos nouvelles. Que faites-vous\u00a0? Que vous arrive-t-il\u00a0?<br \/>\nVous aimeriez ce pays o\u00f9 je compte encore rester quelques semaines. Les rues ont un m\u00e8tre de large et une partie du mobilier des maisons ne provient que d&rsquo;\u00e9paves. Il n&rsquo;y a pas un arbre, pas un cheval. Demain, onze mariages et en voil\u00e0 pour un an.<br \/>\nTr\u00e8s affectueusement&#8230;<a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\">[88]<\/a><\/blockquote>\n<p>Cette derni\u00e8re lettre est somme toute affectueuse et Breton a en t\u00eate la fascination de Desnos pour le vocabulaire du naufrage lorsqu&rsquo;il \u00e9voque ce lieu d\u00e9sert, rempli d&rsquo;\u00e9paves\u00a0: les onze mariages \u00e9voquent sans doute une pratique consistant \u00e0 marier les futurs \u00e9poux un seul jour de l&rsquo;ann\u00e9e dans certains hameaux o\u00f9 la plupart des hommes sont marins. Le compliment est paradoxal\u00a0: Breton sait l&rsquo;attachement de Desnos aux paysages d&rsquo;\u00e9paves marines (t\u00e9moin ses titres de recueil)\u00a0; en outre, il conna\u00eet sa demande de respect de la solitude comme valeur absolue, <em>ergo <\/em>il lui offre un lieu d&rsquo;absolue solitude. Cependant, on voit mal comment un tel d\u00e9sert, sans arbre, vie, ni f\u00eate hors un mariage annuel, pourrait convenir \u00e0 Desnos. Les lettres cessent \u00e0 partir d&rsquo;ici, mais on peut suivre la suite des \u00e9changes entre les deux hommes par d\u00e9clarations pol\u00e9miques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>d. \u00ab Enregistrer la perte de telle ou telle individualit\u00e9 m\u00eame brillante \u00bb : l&rsquo;excommunication<\/em><\/h4>\n<p>\u00c0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, le <em>Second Manifeste du surr\u00e9alisme <\/em>revient sur les difficult\u00e9s du mouvement \u00e0 d\u00e9velopper une <em>praxis <\/em>r\u00e9volutionnaire coh\u00e9rente, en m\u00eame temps qu&rsquo;il liste les tra\u00eetres et expose leurs fautes. Issu d&rsquo;une p\u00e9riode fort difficile pour Breton, entre soucis conjugaux et financiers, il fait preuve d&rsquo;une rare violence et r\u00e8gle en particulier ses comptes avec Desnos, pris \u00e0 parti <em>unus ex multis <\/em>dans un long passage\u00a0o\u00f9 il se d\u00e9clare pr\u00eat \u00ab\u00a0\u00e0 enregistrer la perte de telle ou telle individualit\u00e9 m\u00eame brillante\u00a0\u00bb, car elle a montr\u00e9 \u00ab\u00a0par tout son comportement qu&rsquo;elle d\u00e9sire rentrer dans la norme<a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\">[89]<\/a>.\u00a0\u00bb L&rsquo;attaque est forte\u00a0: Desnos est ramen\u00e9 \u00e0 son individualisme\u00a0; aussi n\u00e9cessaire f\u00fbt-il, il ne m\u00e9rite pas qu&rsquo;on lui sacrifie la p\u00e9rennit\u00e9 du mouvement. La violence contre Desnos s&rsquo;explique par le r\u00f4le immense qu&rsquo;il a tenu, et par la grandeur proportionnelle de sa trahison\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e9crire des livres\u00a0\u00bb pour \u00e9crire des livres. De l\u00e0, il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9tudier les raisons qui ont \u00ab\u00a0emp\u00each\u00e9 Desnos d&rsquo;\u00eatre Desnos\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn90\" name=\"_ftnref90\">[90]<\/a>. Deuxi\u00e8me moment de l&rsquo;attaque\u00a0: juger que l&rsquo;absence de culture philosophique revendiqu\u00e9e par Desnos cache une peur d&rsquo;\u00eatre soi. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre abrit\u00e9 derri\u00e8re Robespierre ou Hugo, il se replie dans l&rsquo;activit\u00e9 journalistique, sans suivre le surr\u00e9alisme dans sa pente r\u00e9volutionnaire et marxiste. Breton \u00e9voque alors rapidement la \u00ab\u00a0m\u00e9thode individualiste\u00a0\u00bb de Desnos\u00a0: journaux o\u00f9 Desnos peint avec complaisance (selon Breton) les m\u0153urs des \u00ab\u00a0mercenaires de l&rsquo;opinion\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;alexandrins, enfin le pastiche de Rimbaud, trois preuves d&rsquo;une \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb et d&rsquo;un refus d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de sa t\u00e2che historique<a href=\"#_ftn91\" name=\"_ftnref91\">[91]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c0 force de jouer, \u00e0 ne pas vouloir \u00eatre s\u00e9rieux, Desnos a perdu son int\u00e9grit\u00e9, il a \u00ab\u00a0m\u00e9sus\u00e9\u00a0\u00bb de son pouvoir, au m\u00eame titre que Chirico par le pass\u00e9, dont il s&rsquo;est d&rsquo;ailleurs rapproch\u00e9. Suit un r\u00e9cit \u00e0 charge de l&rsquo;incident du caf\u00e9 Maldoror et du suppos\u00e9 alcoolisme de Desnos, comme preuve d&rsquo;une d\u00e9cadence morale et artistique. D\u00e8s lors, Breton s&rsquo;interdit \u00ab\u00a0de formuler le moindre jugement sur ce que Desnos \u00e9crira.\u00a0\u00bb. Et l&rsquo;ancien \u00e9diteur des sommeils de critiquer le \u00ab\u00a0don verbal, quand il est destin\u00e9 \u00e0 masquer une absence radicale de pens\u00e9e et \u00e0 renouer avec la tradition imb\u00e9cile du po\u00e8te \u00ab\u00a0dans les nuages\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb. Voulant \u00f4ter \u00e0 Desnos sa radicalit\u00e9, Breton le coupe de la tradition surr\u00e9aliste (Borel, Nerval, Baudelaire, Rimbaud, <em>etc.<\/em>), pour le ramener aux \u00ab\u00a0rimailleurs attard\u00e9s\u00a0\u00bb. Le g\u00e9nie libre et spontan\u00e9 a fait long feu, pour d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en \u00ab\u00a0coup du Bateau ivre\u00a0\u00bb. Au fond, Desnos n&rsquo;est pas s\u00e9rieux\u00a0: il \u00ab\u00a0veut rire\u00a0\u00bb\u00a0: le retrancher du surr\u00e9alisme est une mesure \u00ab\u00a0d&rsquo;hygi\u00e8ne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour violente qu&rsquo;elle soit, la rupture n&rsquo;est pas sans regret. Un passage assez \u00e9tonnant lie toujours les deux hommes, comme par une pr\u00e9destination. Apr\u00e8s lui avoir r\u00e9serv\u00e9 ses attaques les plus rudes, Breton accr\u00e9dite encore l&rsquo;hypoth\u00e8se que Desnos sont pr\u00e9destin\u00e9s, unis par une conformit\u00e9 de temp\u00e9rament et d&rsquo;exp\u00e9rience presque surnaturelle, comme si le lien mystique des sommeils n&rsquo;\u00e9tait pas encore rompu. Un tel aveu de d\u00e9ception prend la forme d&rsquo;une note, et retrouve le ton des \u00ab\u00a0co\u00efncidences miraculeuses\u00a0\u00bb qui ouvraient <em>Nadja<\/em><em>\u00a0<\/em>: comme dans <em>Les mots sans rides<\/em>, les deux hommes ont \u00e9voqu\u00e9 et comment\u00e9 les m\u00eames images \u00e0 propos d&rsquo;Abraham Juif. Ainsi, dit-il, les \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9dianimiques vont jusqu&rsquo;\u00e0 survivre aux liens affectifs.\u00a0\u00bb, l&rsquo;hypoth\u00e8se de la transmission de pens\u00e9e \u00e9tant exclue<a href=\"#_ftn92\" name=\"_ftnref92\">[92]<\/a>.<\/p>\n<p>Triple effet de cette note\u00a0: elle donne plus de poids au geste de Breton, op\u00e9r\u00e9 malgr\u00e9 une \u00e9vidente affinit\u00e9 spirituelle. Elle pr\u00e9sente aussi son adversaire comme un \u00e9rudit de moins bonne qualit\u00e9, dont il critique \u00ab\u00a0la vulgarit\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb (il n&rsquo;est pas impossible, cependant, que cette remarque s&rsquo;applique aux images elles-m\u00eames\u00a0; la d\u00e9pr\u00e9ciation persiste). Enfin, elle fait paradoxalement de Breton le seul capable d&rsquo;appr\u00e9cier le travail m\u00e9dianimique de Desnos \u00e0 sa juste valeur\u00a0: lui n&rsquo;a pas reni\u00e9 le surr\u00e9alisme, et il est donc \u00e0 m\u00eame de relever, de d\u00e9crire, de v\u00e9rifier, ces \u00ab\u00a0co\u00efncidences fabuleuses\u00a0\u00bb que Desnos ne m\u00e9rite plus. Ce faisant, Breton r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;accusation d&rsquo;avoir oubli\u00e9 le \u00ab\u00a0domaine du merveilleux\u00a0\u00bb, propre du surr\u00e9alisme\u00a0; ce \u00ab\u00a0merveilleux\u00a0\u00bb toujours li\u00e9 en son esprit \u00e0 l&rsquo;action r\u00e9volutionnaire\u00a0: c&rsquo;est un double enterrement en grande classe. On notera qu&rsquo;au mois d&rsquo;ao\u00fbt m\u00eame, Breton esquissait par lettre une piste de r\u00e9conciliation\u00a0: la r\u00e9action de Desnos ne peut qu&rsquo;\u00eatre plus dure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>e. <\/em><em>\u00ab\u00a0J&rsquo;eus un ami sinc\u00e8re\u00a0: Robert Desnos. Je le trompai. Je lui mentis, je lui donnai faussement ma parole d&rsquo;honneur.\u00a0\u00bb<\/em><\/h4>\n<p>La r\u00e9ponse de Desnos, au d\u00e9but de 1930, est des plus violentes\u00a0; elle seule \u00e9gale l&rsquo;attaque de Breton. Autour de Georges Bataille et du groupe de <em>Documents<\/em>, un d\u00e9sir de contre-attaquer s&rsquo;\u00e9labore sur une id\u00e9e de Desnos, selon Georges Bataille. Ce dernier trouve les fonds aupr\u00e8s de Georges-Henri Rivi\u00e8re avant de prospecter pour recevoir des contributions, m\u00eame si Desnos fait preuve d&rsquo;ultimes remords (cela ne pouvait que \u00ab\u00a0renforcer le cr\u00e9dit\u00a0\u00bb de Breton)<a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\">[93]<\/a>.<\/p>\n<p>L&rsquo;attaque de Desnos est la plus pr\u00e9cise, car elle vise le projet de Breton en lui-m\u00eame. Elle retourne m\u00eame les accusations du <em>Second Manifeste<\/em> en ramenant le surr\u00e9alisme \u00e0 une op\u00e9ration d&rsquo;auto-promotion\u00a0; Desnos reprend m\u00eame un paragraphe le concernant en le taxant de b\u00eatise. On lit surtout ce reproche de Breton, tr\u00e8s symptomatique\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;eus [C&rsquo;est Breton qui parle] un ami sinc\u00e8re\u00a0: Robert Desnos. Je le trompai. Je lui mentis, je lui donnai faussement ma parole d&rsquo;honneur.\u00a0\u00bb Il ne nous est pas parvenu de pistes permettant d&rsquo;\u00e9tayer cette accusation, qui rel\u00e8ve (mais avec quelle intensit\u00e9\u00a0!) du contexte priv\u00e9. Dernier reproche, et des plus caustiques\u00a0: Breton vit de la vente de tableaux\u00a0: le reproche de \u00ab\u00a0travail alimentaire\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9croule donc&#8230;<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pliquer, Breton choisit de comparer la premi\u00e8re d\u00e9claration de Desnos, en 1924, o\u00f9 il le cr\u00e9ditait de recr\u00e9er une nouvelle \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bb, \u00e0 <em>Un cadavre<\/em>, qui l&rsquo;accuse de \u00ab\u00a0puer comme un faisan\u00a0\u00bb. Nouveau reproche d&rsquo;incons\u00e9quence.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse de Desnos augmente d&rsquo;un cran dans la violence. Le titre (<em>Troisi\u00e8me Manifeste<\/em>) est extr\u00eamement symbolique\u00a0; il confirme l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une rivalit\u00e9 profonde autour de la d\u00e9finition du surr\u00e9alisme. Touch\u00e9, Breton \u00e9crira seulement des <em>Prol\u00e9gom\u00e8nes<\/em> <em>\u00e0 un troisi\u00e8me manifeste, ou non<\/em>. Desnos conteste l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de Breton en attaquant toutes les fameuses \u00ab\u00a0relations humaines\u00a0\u00bb dont il se targuait dans ses lettres pr\u00e9c\u00e9dentes. En ajoutant des d\u00e9tails sur son rapport (suppos\u00e9) \u00e0 l&rsquo;argent, il r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;accusation de v\u00e9nalit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Il est tout de m\u00eame curieux de constater que les seuls peintres dont il dise du bien sans restriction soient ceux avec lesquels il lui est possible de faire des affaires.\u00a0\u00bb Mais le reproche principal reprend le fil du secret, sous la forme d&rsquo;une attaque <em>ad hominem <\/em>sans explicitation mais suffisamment violente pour d\u00e9cr\u00e9dibiliser sa capacit\u00e9 de leader (trahison, mensonge, l\u00e2chet\u00e9 remplacent fid\u00e9lit\u00e9, v\u00e9rit\u00e9 et le courage)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>J&rsquo;ai confi\u00e9, fort de son amiti\u00e9, un secret \u00e0 Andr\u00e9 Breton. Ce secret, il l&rsquo;a trahi. Cette trahison, il m&rsquo;a donn\u00e9 sa parole d&rsquo;honneur qu&rsquo;il en ignorait l&rsquo;auteur, puis, plusieurs mois apr\u00e8s, il m&rsquo;a tout avou\u00e9, et m&rsquo;a demand\u00e9 pardon. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;estime et la confiance n&rsquo;existent plus, il ne saurait \u00eatre question d&rsquo;amiti\u00e9<a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\">[94]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>D\u00e8s lors il est ais\u00e9 pour Desnos de d\u00e9voiler l&rsquo;hypocrisie de Breton, en retournant tous les arguments, y compris l&rsquo;alcoolisme, la publication dans des revues petites-bourgeoises, enfin la qualit\u00e9 \u00ab\u00a0d&rsquo;homme de plume\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;\u00e9crit qu&rsquo;en vue d&rsquo;une situation. En accusant pour finir Breton de croire au surnaturel, Desnos reprend \u00e0 son compte le concept des \u00ab\u00a0co\u00efncidences miraculeuses\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il transforme en fascination pour une r\u00e9alit\u00e9 seconde. L\u00e0 s&rsquo;\u00e9nonce de mani\u00e8re d\u00e9finitive la diff\u00e9rence essentielle des deux versions du surr\u00e9alisme\u00a0: une version qui cherche \u00e0 transformer l&rsquo;existence, et un surr\u00e9alisme \u00ab\u00a0d&rsquo;expression\u00a0\u00bb, qui est une r\u00e9invention de la parole, et fait fi de consid\u00e9rations politiques, de \u00ab\u00a0discipline\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p>Et je proclame ici Andr\u00e9 Breton tonsur\u00e9 de ma main, d\u00e9pos\u00e9 dans son monast\u00e8re litt\u00e9raire, sa chapelle d\u00e9saffect\u00e9e, et le surr\u00e9alisme tomb\u00e9 dans le domaine public, \u00e0 la disposition des h\u00e9r\u00e9siarques, des schismatiques et des ath\u00e9es.<\/p><\/blockquote>\n<p>On comprend que face \u00e0 des attaques si circonstanci\u00e9es, Breton n&rsquo;ait pas r\u00e9pondu et soit all\u00e9 se r\u00e9fugier avec Char et \u00c9luard \u00e0 L&rsquo;Isle-sur-Sorgue. L&rsquo;absence des lettres de Desnos dans l&rsquo;atelier de Breton s&rsquo;explique, selon \u00c9tienne-Alain Hubert, par un geste de col\u00e8re, de d\u00e9pit face \u00e0 une attaque touchant aux inqui\u00e9tudes profondes de Breton\u00a0: les lettres sont sans doute br\u00fbl\u00e9es. Il faudra la guerre et la mort de Desnos pour que l&rsquo;amiti\u00e9, bris\u00e9e, subsiste dans le souvenir et l&rsquo;hommage.<\/p>\n<p>______________________________________<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00ab\u00a0Troisi\u00e8me manifeste du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, Robert Desnos, [1930], in <em>\u0152uvres<\/em>, ed. Marie-Claire Dumas, 1999, p. 484.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Marguerite Bonnet, <em>Andr\u00e9 Breton ou la naissance de l&rsquo;aventure surr\u00e9aliste<\/em>, [1975] Jos\u00e9 Corti, 1989.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Anne Egger, <em>Robert Desnos<\/em>, Fayard, 2007.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Marie-Claire Dumas, <em>Etude de \u00ab\u00a0<\/em><em>Corps et biens<\/em>\u00a0\u00bb <em>de Robert Desnos<\/em>, Slatkine, 1984.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Marie-Claire Dumas, <em>Robert Desnos ou l&rsquo;exploration des limites<\/em>, [1980] Klincksieck, 2000.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Thomas l&rsquo;imposteur\u00a0\u00bb, in <em>Un cadavre <\/em>[1930], repris dans Jos\u00e9 Pierre (ed.), <em>Tracts surr\u00e9alistes et d\u00e9clarations collectives<\/em>, Tome 1 1922-1939, Eric Losfeld, 1980, p. 144.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Rencontrant par hasard Youki Foujita dans un caf\u00e9, Desnos pr\u00e9sente un jeu surr\u00e9aliste teint\u00e9 d&rsquo;allusion sexuelle en transformant un papier en araign\u00e9e. Ayant appris l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, Breton lui \u00e9crit une violente lettre d&rsquo;admonestation et de rupture (voir <em>infra<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Youki Desnos, <em>Les <\/em><em>Confidences de Youki<\/em>, Fayard, 1999, p. 12.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Andr\u00e9 Breton, \u00ab\u00a0Entr\u00e9e des m\u00e9diums\u00a0\u00bb, <em>Les Pas Perdus<\/em> [1923], in Marguerite Bonnet (\u00e9d.), <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. I., Gallimard, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, p. 277.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Robert Desnos, Andr\u00e9 Breton et <em>alii<\/em>, \u00ab\u00a0Entr\u00e9e des M\u00e9diums\u00a0\u00bb, <em>Litt\u00e9rature<\/em>, nouvelle s\u00e9rie, n\u00b06, 1<sup>er<\/sup> novembre 1922, p. 10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Breton, dans le <em>Second manifeste<\/em>, notera la disposition aux \u00ab\u00a0puissances des t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb du jeune po\u00e8te.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Simone Breton, <em>Lettres<\/em><em> \u00e0 Denise L\u00e9vy<\/em>, 1919-1929, \u00c9ditions Jo\u00eblle Losfeld, 2005, p. 108.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Nadja <\/em>[1928], in <em>OC 1<\/em>, p. 661.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Andr\u00e9 Breton, &amp; Paul \u00c9luard, <em>Correspondance 1919-1938<\/em>, \u00e9d. \u00c9tienne-Alain Hubert, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Blanche\u00a0\u00bb, 2019, p. 87.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a><em>Litt\u00e9rature<\/em>, ns, VIII, p. 8<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a><em>Litt\u00e9rature<\/em>, ns, X, p. 24<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Andr\u00e9 Breton &amp; Paul \u00c9luard, <em>Correspondance<\/em>, p.\u00a090-91, sans date, novembre 1922. E-A. Hubert note\u00a0: \u00ab\u00a0Michel Sanouillet a cit\u00e9 cette lettre, conserv\u00e9e alors par Andr\u00e9 Breton, dans Dada \u00e0 Paris (p.\u00a0376) en la datant du 14\u00a0novembre 1922\u00a0\u00bb (p. 90).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> BLJD, DSN C 250. Date sur le tampon : 27.11.22, envoy\u00e9 de Paris central et adress\u00e9 boulevard Rivoli.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> BLJD, DSN C 251.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Mark Polizzotti, <em>Andr\u00e9 Breton<\/em>, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biographies\u00a0\u00bb, 1999, p. 213.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a>Andr\u00e9 Breton, <em>Entretiens <\/em>[1952], repris dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. III, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1999, p. 483-484.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Lettre consultable sur le site Andr\u00e9 Breton\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100592970\">https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100592970<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Le num\u00e9ro 8 de <em>Litt\u00e9rature<\/em> (f\u00e9vrier-mars 1922), contient les \u00ab\u00a0Stupra\u00a0\u00bb de Rimbaud.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> BLJD DSN C 252.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Desnos \u00e0 Jean Carrive, 1<sup>er<\/sup> mars 1923, repris dans <em>L&rsquo;\u00c9toile de mer<\/em>\u00a0<em>: Cahiers Robert Desnos<\/em>, nouvelle s\u00e9rie, n\u00b09, 2020, p. 41.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> BLJD, DSN C 279.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Roger Vitrac, \u00ab\u00a0<em>Andr\u00e9 Breton n&rsquo;\u00e9crira plus<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Le Journal du peuple<\/em>, 7 avril 1923, reproduit en grande partie dans <em>O.C.<\/em>, I, Paris, Gallimard, coll. \u00ab Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1988, p. p. 1214-1215.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Robert Desnos, Marie-Claire Dumas (ed.), <em>\u0152uvres<\/em>, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Quarto\u00a0\u00bb, 1999, p. 162-163.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> \u00ab\u00a0Nous d\u00e9ambulons par les rues, l&rsquo;un pr\u00e8s de l&rsquo;autre, mais tr\u00e8s s\u00e9par\u00e9ment. Elle r\u00e9p\u00e8te \u00e0 plusieurs reprises, scandant de plus en plus les syllabes : \u00a0\u00bb\u00a0Le temps est taquin. Le temps est taquin parce qu&rsquo;il faut que toute chose arrive \u00e0 son heure.\u00a0\u00a0\u00bb Il est impatientant de la voir lire les menus \u00e0 la porte des restaurants et jongler avec les noms de certains mets. Je m&rsquo;ennuie.\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 Breton, <em>Nadja<\/em> [1928], in <em>OC<\/em><em> 1<\/em>, p. 710).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Lettre du 1<sup>er<\/sup> septembre 1923, reproduite <em>in<\/em> Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres \u00e0 Jacques Doucet<\/em>, Gallimard, 2016, p. 156.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Lettre du 22 ao\u00fbt 1923\u00a0: \u00ab\u00a0Desnos est d\u00e9cid\u00e9ment un type \u00e9patant et, comme je n&rsquo;envoie pas de nouvelles circulaires, dis<u>-lui que je l&rsquo;aime infiniment et que je ne cesse pas de penser \u00e0 lui.\u00a0\u00bb<\/u><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> 16 d\u00e9cembre 1923. BLJD DSN C 253.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> 31 janvier 1924. BLJD DSN C 254.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> 22 juillet 1924. BLJD DSN C255<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a>Voir RIALLAND, Ivanne. <em>Introduction<\/em> In\u00a0: <em>L&rsquo;Imaginaire de Georges Limbour<\/em> [en ligne]. Grenoble\u00a0: UGA \u00c9ditions, 2009 (g\u00e9n\u00e9r\u00e9 le 24 octobre 2022). Disponible sur Internet\u00a0: &lt;http:\/\/books.openedition.org\/ugaeditions\/6155&gt;. ISBN\u00a0: 9782377471263. DOI\u00a0: https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.ugaeditions.6155.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Robert Desnos, in Michel Sanouillet, <em>Dada \u00e0 Paris<\/em> [1965], CNRS Editions, 2016, Annexe 4\u00a0: Correspondance, pi\u00e8ce 183.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> On le voit traverser la correspondance de Breton de septembre \u00e0 d\u00e9cembre, soit qu&rsquo;il attende Breton \u00e0 la gare de Lyon le 8 septembre, soit qu&rsquo;il d\u00eene avec Chirico et lui en novembre.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> Une lettre de Marcel Sauvage \u00e0 Desnos, le 11 f\u00e9vrier 1925, peut \u00eatre consult\u00e9e sur le site Breton\u00a0: <a href=\"https:\/\/cms.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600101001669\">https:\/\/cms.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600101001669<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Pierre Naville, <em>Le temps du surr\u00e9el<\/em>, Galil\u00e9e, 1977, p. 102.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> Image disponible sur le site Andr\u00e9 Breton\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100337650\">https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100337650<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> Naville, <em>Le temps du surr\u00e9el<\/em>, p. 216.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a>Ainsi le 6 f\u00e9vrier 1925\u00a0: \u00ab\u00a0Soupault est venu hier \u00e0 Cyrano. Il s&rsquo;\u00e9tonne de ce qui lui arrive\u00a0: plus je vais, plus ce que j&rsquo;\u00e9cris est mauvais. Il se sent tendre \u00e0 la nullit\u00e9.\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres \u00e0 Simone<\/em>, Gallimard, 2016, p. 235).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> BLJD DSN C 257.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres<\/em><em> \u00e0 Simone<\/em>, p. 220.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres \u00e0 Simone<\/em>, p. 223.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> Le site Breton reproduit les trois cahiers de proph\u00e9ties de Desnos\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100468630\">https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100468630<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100811060\">https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100811060<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100190080\">https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100190080<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres<\/em><em> \u00e0 <\/em><em>Simone<\/em>, 9 juillet 1925, p. 263.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> BLJD DSN C260<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> Malkine est tr\u00e8s proche de Desnos\u00a0: celui-ci \u00e9crira \u00e0 plusieurs reprises sur sa peinture.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> Lettre \u00e0 Jacques Baron, 26 juillet 1925. In Michel Leiris et Jacques Baron, <em>Correspondance<\/em>, Joseph K, 2013.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> Andr\u00e9 Breton et Paul Eluard, <em>Correspondance<\/em>, d\u00e9but septembre 1925, p. 129.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> Andr\u00e9 Breton et Paul Eluard, <em>Correspondance<\/em>, d\u00e9but septembre 1925, p. 137.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> BLJD DSN C 261.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> BLJD DSN C262.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> Voir les \u00e9changes de Desnos et Denise Montrobert dans Marie-Paule Berranger, \u00ab\u00a0Flotter dans la bourrasque\u00a0\u00bb, ci-dessus.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> <em>Paris-Soir<\/em>, 11 avril 1926, p. 1 et 3 et 13 avril 1926, p. 1 et 2. Les liens entre Desnos et la drogue sont \u00e9voqu\u00e9s dans ce chapitre d&rsquo;ouvrage d&rsquo;Emmanuelle Retaillaud-Baljac\u00a0: \u00ab\u00a0Drogues et cr\u00e9ation : la fin de l&rsquo;innocence\u00a0\u00bb (chapitre VII), in : <em>Les paradis perdus : Drogues et usagers de drogues dans la France de l&rsquo;entre-deux-guerres <\/em>[en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2009 (g\u00e9n\u00e9r\u00e9 le 24 janvier 2023).<\/p>\n<p>Disponible sur Internet : &lt;http:\/\/books.openedition.org\/pur\/126069&gt;. ISBN : 9782753566958. DOI : https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.pur.126069.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Le surr\u00e9alisme et la peinture<\/em> [1928], in Etienne-Alain Hubert (dir.), <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. IV, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 2008, p. 363.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> Consultable sur le site Andr\u00e9 Breton <a href=\"https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100620750\">https:\/\/www.andrebreton.fr\/fr\/work\/56600100620750<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> BLJD DSN C 263.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a>Marguerite Bonnet (pr\u00e9sentation et annotation), <em>Adh\u00e9rer au Parti Communiste\u00a0? <\/em>Septembre &#8211; d\u00e9cembre 1926, Gallimard &amp; Actual, coll. \u00ab\u00a0Archives du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, T. 3., p. 34-37.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> Bien connue des surr\u00e9alistes, n\u00e9e en 1881 et morte en 1920, H\u00e9l\u00e8ne Smith (n\u00e9e Catherine Elise M\u00fcller) \u00e9tait un m\u00e9dium d&rsquo;importance, admir\u00e9e par Breton et r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le psychiatre Flournoy dans le livre <em>Des Indes \u00e0 la plan\u00e8te Mars. <\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres \u00e0 Simone Kahn<\/em>, p. 288-289.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> Lettre \u00e0 Desnos, 28 septembre 1928 (voir <em>infra<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> 31 ao\u00fbt 1927. BLJD DSN C266.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui Desnos parle surr\u00e9aliste \u00e0 volont\u00e9. La prodigieuse agilit\u00e9 qu&rsquo;il met \u00e0 suivre oralement sa pens\u00e9e nous vaut autant qu&rsquo;il nous pla\u00eet de discours splendides et qui se perdent, Desnos ayant mieux \u00e0 faire qu&rsquo;\u00e0 les fixer.\/Il lit en lui \u00e0 livre ouvert et ne fait rien pour retenir les feuillets qui s&rsquo;envolent au vent de sa vie\u00a0\u00bb.Andr\u00e9 Breton, <em>Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em> [1924], repris dans <em>OC 1<\/em>, p. 331.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> Youki Desnos, <em>Les confidences de Youki<\/em>, p. 89-90.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> BLJD DSN C 280.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Nadja<\/em>, <em>in OC 1<\/em>, p. 661.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> Youki Desnos, <em>Confidences de Youki<\/em>, p. 108-110.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a> Youki Desnos, <em>ibid<\/em>, p. 89<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a>\u00a0BLJD DSN C 268.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a>Le terme est violent, mais Breton l&#8217;emploiera sans ironie dans <em>Les Vases communicants<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a>Ce qui ne manque pas de sel connaissant l&rsquo;origine des revenus de Breton.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a>Selon Youki.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> BLJD DSN C 269.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> Paul Eluard, <em>Lettres \u00e0 Joe Bousquet<\/em>, Lucien Scheler (ed.), Editeurs fran\u00e7ais r\u00e9unis, 1973, p.\u00a050<strong><em>.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> BLJD DSN C 270.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> BLJD DSN C 271.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a>Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres \u00e0 Simone<\/em>, p. 310-311<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres \u00e0 Simone<\/em>, p. 313.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> 27 juin. BLJD DSN C 272.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> 29 juillet. BLJD DSN C 275.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> Aragon et Breton, \u00ab Petite contribution au dossier de certains intellectuels \u00e0 tendance r\u00e9volutionnaire \u00bb, <em>Vari\u00e9t\u00e9s<\/em>, Num\u00e9ro hors-s\u00e9rie \u00ab Le surr\u00e9alisme en 1929\u00a0\u00bb, Bruxelles, 1929, p. III-IV.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a> Breton lui envoie une lettre le 10 mars 1929 d&rsquo;apr\u00e8s Anne Egger, mais nous ne l&rsquo;avons pas trouv\u00e9e. (DSN C 532-535)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> En particulier \u00ab\u00a0Sir\u00e8ne-An\u00e9mone\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0L&rsquo;Aveugle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mouchoirs au nadir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0De silex et de feu\u00a0\u00bb,\u00a0\u00ab\u00a0Le Po\u00e8me \u00e0 Florence\u00a0\u00bb, \u00e9crits entre 1927 et 1929.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> Lettre de Desnos, 24 f\u00e9vrier 1929, cit\u00e9e par Anne Egger, <em>Robert Desnos<\/em>, p. 394-395.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> BLJD DSN C 276.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\">[88]<\/a> BLJD DSN C 278.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\">[89]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Second manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>,\u00a0[1928], OC 1, p. 811.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref90\" name=\"_ftn90\">[90]<\/a> A. B., <em>ibid<\/em>, p. 812.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref91\" name=\"_ftn91\">[91]<\/a> A.B., <em>ibid<\/em>, p. 812-813.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref92\" name=\"_ftn92\">[92]<\/a> A.B., <em>ibid, <\/em>p. 837.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\">[93]<\/a>Georges Bataille, repris dans Jos\u00e9 Pierre (ed.), <em>Tracts surr\u00e9alistes et d\u00e9clarations collectives<\/em>, Tome 1 1922-1939, Eric Losfeld, 1980, p. 144. P. 428-429.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\">[94]<\/a> Robert Desnos, \u00ab\u00a0Troisi\u00e8me manifeste du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb [1930], in <em>\u0152uvres, <\/em>p. 484-7.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbs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loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1-Dessin-dans-la-Revolution-surrealiste.png\" alt=\"1-Dessin dans La R\u00e9volution surr\u00e9aliste n\u00b01, p. 28.\" itemprop=\"image\" height=\"801\" width=\"965\" title=\"1-Dessin dans la R\u00e9volution surr\u00e9aliste\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t1-Dessin dans La R\u00e9volution surr\u00e9aliste n\u00b01, p. 28.\n\t<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/carte-postale.jpg\" alt=\"Carte postale, DSN C 260\" itemprop=\"image\" height=\"834\" width=\"1286\" title=\"carte-postale\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tCarte postale, DSN C 260\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Cinq ann\u00e9es d&rsquo;une amiti\u00e9 totale suivies de trois ann\u00e9es de silence \u00bb La correspondance Andr\u00e9 Breton &#8211; Robert Desnos &nbsp; \u00ab\u00a0Diseur de bons mots, mauvais caract\u00e8re.\u00a0\u00bb Blaise Pascal, Pens\u00e9es\u00a0 \u00ab Elle ne ment pas\u00a0: elle invente. Elle invente tout avec une facilit\u00e9 insignifiante, jusqu&rsquo;\u00e0 ses r\u00eaves.\u00a0\u00bb Jules Renard, Journal \u00a0 \u00a0 La correspondance d&rsquo;Andr\u00e9 &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=774\"> <span class=\"screen-reader-text\">Antoine Poisson<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-774","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-et-communications"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/774","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=774"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/774\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1064,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/774\/revisions\/1064"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=774"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=774"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=774"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}