{"id":761,"date":"2023-02-22T10:56:56","date_gmt":"2023-02-22T09:56:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=761"},"modified":"2023-05-09T15:57:19","modified_gmt":"2023-05-09T13:57:19","slug":"silvia-ferrari","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=761","title":{"rendered":"Silvia Ferrari"},"content":{"rendered":"\n\n\t<h2>\u00ab Les mots malgr\u00e9 tout nous restent comme seule arme \u00bb :<\/h2>\n<h4>la mosa\u00efque d&rsquo;une \u00e9thique et d&rsquo;une esth\u00e9tique du bonheur dans la correspondance de Robert Desnos<\/h4>\n<h1><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/h1>\n<p>Avant de se pencher sur les passages des lettres les plus embl\u00e9matiques dans notre perspective, nous citerons deux aphorismes des ann\u00e9es 1922-23 qui esquissent d\u00e9j\u00e0, dans leur ton gouailleur et insouciant, la d\u00e9termination libertaire &#8211; ce qui semble un oxymore &#8211; qui habite Desnos, pendant sa vie, et ce jusqu&rsquo;au bout :<\/p>\n<blockquote><p>Rrose S\u00e9lavy sait bien que le d\u00e9mon du remords ne peut mordre le monde<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Morts f\u00e9rus de morale, votre tribu attend-elle toujours un tribunal?<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>La cadence de proverbe que le rythme conf\u00e8re \u00e0 ces aphorismes po\u00e9tiques, selon la d\u00e9finition de Michel Leiris, en renforce l&rsquo;aspect subversif : l&rsquo;obstination du remords est bris\u00e9e par un jeu de mots qui semble mat\u00e9rialiser, par l&rsquo;effet d&rsquo;\u00e9cho et de chiasme (mon-mor-mor-mon), la pens\u00e9e obs\u00e9dante qui paralyse celui qui est en proie aux remords. Les sonorit\u00e9s \u00e9voqu\u00e9es ici exorcisent, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, l&rsquo;aller-retour d&rsquo;une pens\u00e9e qui revient sans cesse sur elle-m\u00eame. Le deuxi\u00e8me aphorisme se moque des bien-pensants, pr\u00eats souvent \u00e0 condamner, mais rarement \u00e0 donner le bon exemple. En particulier, il est possible de voir en contrepoint, dans le premier aphorisme, le calembour de la pr\u00e9face des <em>Nouvelles Histoires extraordinaires<\/em> : \u00ab nous sommes tous n\u00e9s marquis pour le mal ! \u00bb.<\/p>\n<p>Relisant son texte sur \u00e9preuves, dat\u00e9es du 26 janvier 1857 et qui donnaient \u00abmarqu\u00e9s pour le mal\u00bb, Baudelaire corrige marqu\u00e9 en marquis. [&#8230;] Mais Sade voyait la volupt\u00e9 dans le crime, il y cr\u00e9ait son \u00e9rotisme, alors que Baudelaire voit le mal dans la volupt\u00e9, dans le plaisir, dans l&rsquo;amour m\u00eame, comme il voit le mal partout<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, dans <em>Pens\u00e9e et aphorismes, <\/em>le 26 ao\u00fbt 1851, Baudelaire note ceci : \u00ab si l&rsquo;id\u00e9e de la Vertu et de l&rsquo;Amour universel n&rsquo;est pas m\u00eal\u00e9e \u00e0 tous nos plaisirs, tous nos plaisirs deviendront tortures et remords \u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.\u00a0 En 1862 il avoue : \u00abAu moral comme au physique, j&rsquo;ai toujours eu la sensation du gouffre, non seulement [la] du gouffre du sommeil, mais du gouffre de l&rsquo;action, du r\u00eave, du souvenir, du d\u00e9sir, du regret, du remord, du beau, [&amp;] du nombre, etc. &#8230;.\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> . Le th\u00e8me du remords se fait aussi jour, chez Baudelaire, dans les po\u00e8mes \u00ab\u00a0Les petites vieilles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Remords posthume\u00a0\u00bb, dont la cl\u00f4ture est embl\u00e9matique:\u00a0 \u00ab \u2012 Et le ver rongera ta peau comme un remords \u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a><\/p>\n<p>Revenant \u00e0 Desnos, nous sommes face, \u00e0 ce stade pr\u00e9-surr\u00e9aliste, \u00e0 deux traits qui caract\u00e9riseront \u00e0 la fois la conduite et la po\u00e9tique du po\u00e8te : l&rsquo;exaltation de la joie de vivre et l&rsquo;anticonformisme. Ces deux facettes se traduisent toujours par un \u00e9lan de libert\u00e9. C&rsquo;est dans cette optique qu&rsquo;il faut lire les allusions d&rsquo;abord \u00e0 Dada, dans les lettres adress\u00e9es \u00e0 Georges Gautr\u00e9 datant de 1920-1921 (\u00e9crites pendant le service militaire \u00e0 Chaumont, puis au Maroc), ensuite \u00e0 Marcel Duchamp (le 23 f\u00e9vrier 1923) et au marquis de Sade (le 28 mars 1923) au fil de la correspondance avec Jean Carrive en 1923 :<\/p>\n<blockquote><p>Chaumont ce vendredi [1920]<\/p>\nMon cher Georges,<br \/>\nC&rsquo;est d&rsquo;un lit d&rsquo;h\u00f4pital et d&rsquo;une main confraternelle que je t&rsquo;\u00e9cris ces lignes. Sache que j&rsquo;ai contract\u00e9 non un engagement volontaire mais les oreillons lesquels ont provoqu\u00e9 une orchite. Comme tu vois c&rsquo;est tr\u00e8s charmant. Mais parlons d&rsquo;autre chose. [&#8230;]<br \/>\nTu parles de mes po\u00e8mes : je suis de plus en plus r\u00e9volutionnaire. Je suis en rapport avec les chefs de Dada. J&rsquo;en suis et ne suis pas que cela. Dada c&rsquo;est la r\u00e9volution totale: le bolchevisme en litt\u00e9rature d&rsquo;o\u00f9 partira quelque chose de neuf. Cela ne supprime pas le pass\u00e9, mais le remet en place. Et puis <strong>Dada c&rsquo;est le rire et le rire est le propre de l&rsquo;homme.<\/strong> [&#8230;]<br \/>\nVois un exemplaire de mes productions peu r\u00e9volutionnaires vraiment :<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\nQuand je sortis il faisait nuit<br \/>\nUne femme fard\u00e9e m&rsquo;accosta<br \/>\nMeurent les porte-lyre<br \/>\nLe rimeur Jean Aicard<br \/>\nOuvre la bouche en tirelire<br \/>\nSI VOUS VOULEZ DU CHOCOLAT<br \/>\nMETTEZ DEUX SOUS DANS L&rsquo;APPAREIL.\n<p>J&rsquo;esp\u00e8re que tu admireras comme il convient la disposition qui consiste \u00e0 <strong>mettre le titre \u00e0 la fin du po\u00e8me. <\/strong>[&#8230;]<\/p>\nDes deux mains ton ami<br \/>\nRobert Desnos\nH\u00f4pital Mixte<br \/>\nPavillon Maillot<br \/>\nChaumont H. M. <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;enthousiasme pour la r\u00e9volution de Dada marque cette lettre, qui repr\u00e9sente aussi une sorte de mode d&#8217;emploi par rapport au recueil de po\u00e8mes <em>Prospectus <\/em>(1919), inspir\u00e9 des slogans et des panneaux qui d\u00e9ferlent dans le Paris du d\u00e9but du si\u00e8cle. La missive qui suit, datant de f\u00e9vrier 1923, t\u00e9moigne en revanche d&rsquo;un d\u00e9passement des positions dada\u00efstes :<\/p>\n<blockquote>Pour Dada c&rsquo;est un petit vieux. Nous cheminons maintenant dans une sorte de d\u00e9sert ignor\u00e9 des cartes. La puret\u00e9 des banquises s&rsquo;y allie \u00e0 la solennelle chaleur des Saharas. Pour les for\u00eats, la mer, les villes, les montagnes de beaux mirages aussi tangibles que la r\u00e9alit\u00e9 nous en tiennent lieu. [&#8230;]<br \/>\n<strong>J&rsquo;attache la plus grande importance \u00e0 Marcel Duchamp.<br \/>\n<\/strong>Pour \u00e9crire : ne pas avoir un liard d&rsquo;ambition litt\u00e9raire, soyez aussi de bonne volont\u00e9. Vous savez bien que la mystification n&rsquo;existe pas et que seul le mystificateur en est la victime. [&#8230;]<br \/>\n\u00c9crire sous la dict\u00e9e d&rsquo;une voix des phrases qui apparaissent spontan\u00e9ment, toutes pr\u00eates et parfaitement \u00e9quilibr\u00e9es ou des mots sans suite hach\u00e9s incoh\u00e9rents en apparence. C&rsquo;est un renouvellement de l&rsquo;inspiration.<br \/>\nOn peut aussi proc\u00e9der de la fa\u00e7on suivante :<br \/>\n\u00c9crire pendant dix minutes tout ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;esprit sans que celui-ci n&rsquo;ait le temps de raisonner ni de critiquer<br \/>\nNous devons beaucoup \u00e0 Freud.<br \/>\nEssayez voir un peu [&#8230;]<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Non seulement le po\u00e8te renseigne son interlocuteur sur les m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9criture automatique, mais il d\u00e9fige les formules fig\u00e9es dans ses missives aussi, mettant en pratique sa profession d&rsquo;anti-acad\u00e9misme. Dans une missive de mars 1923 se trouve une allusion \u00e0 Sade, sur lequel nous reviendrons :<\/p>\n<blockquote><p>J&rsquo;aime par-dessus tout le marquis de Sade [&#8230;]<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;importance du sentiment de l&rsquo;amour \u00e9merge dans une lettre que Desnos \u00e9crit, le 1<sup>er<\/sup> mai 1923, au jeune Pierre Picon, adolescent \u00e2g\u00e9 de 16 ans, lorsque son ami Jean Carrive l&rsquo;introduit dans le cercle des correspondants desnosiens. Apr\u00e8s avoir cit\u00e9 ses derniers \u00e9crits, en partie seulement publi\u00e9s de son vivant, qui sont frapp\u00e9s par la censure pour leur anticonformisme (<em>P\u00e9nalit\u00e9s de l&rsquo;enfer<\/em>, <em>Rrose S\u00e9lavy<\/em>, <em>L&rsquo;Aumonyme<\/em>), il confie ceci :<\/p>\n<blockquote><p>Dans la vie deux choses comptent seulement : <u>l&rsquo;amour<\/u> sous toutes ses formes, sans restriction, en libert\u00e9 et <u>le sens de l&rsquo;infini, de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/u> sans lequel on n&rsquo;est qu&rsquo;un pauvre bougre. Il faut se foutre du pass\u00e9 humain, se foutre du futur humain, se foutre du pr\u00e9sent humain. La civilisation est affaire d&rsquo;individualit\u00e9 et doit se faire verticalement vers l&rsquo;infini non \u00e0 fleur de terre le long des si\u00e8cles comme la gloire cette saloperie <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans la lettre \u00e0 Jean Carrive du 2 mai 1923, Desnos fait allusion \u00e0 son anthologie sur l&rsquo;\u00e9rotisme en litt\u00e9rature, \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;intention du m\u00e9c\u00e8ne Jacques Doucet (paru en 1953, chez Nadaud, sous le titre <em>De l&rsquo;\u00e9rotisme consid\u00e9r\u00e9 dans ses manifestations \u00e9crites et du point de vue de l&rsquo;esprit moderne<\/em> et, repris en 1975 dans <em>Nouvelles H\u00e9brides<\/em>). La recherche d&rsquo;un \u00e9diteur pour <em>Nouvelles H\u00e9brid<\/em><em>es<\/em> hante l&rsquo;\u00e9crivain si, ainsi que le sugg\u00e8re le <em>Cahier L&rsquo;\u00c9toile de mer <\/em>n.s. n. 9, le sigle NH qui appara\u00eet \u00e0 la proue d&rsquo;un navire \u00e9bauch\u00e9 par l&rsquo;auteur doit s&rsquo;interpr\u00e9ter comme une r\u00e9f\u00e9rence aux initiales du titre<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. La lettre contient un autoportrait o\u00f9 la signature semble sortir des l\u00e8vres et se superposer au visage repr\u00e9sent\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la lettre \u00e0 Jean Carrive du 10 juillet 1923, Desnos relate l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement qui opposa les dada\u00efstes aux futurs surr\u00e9alistes : pendant la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce de Tzara <em>Le C\u0153ur \u00e0 gaz<\/em>, le 6 juillet, une dispute entre Tzara et Breton d\u00e9g\u00e9n\u00e9ra en bagarre et passa \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 comme \u00ab La soir\u00e9e du C\u0153ur \u00e0 barbe \u00bb :<\/p>\n<blockquote><p>Vendredi nous nous sommes battus au th\u00e9\u00e2tre Michel contre Tzara, de Massot, etc&#8230; etc&#8230; Ce fut une victoire, nette et d\u00e9cisive, qui nous permettra sans doute enfin de faire autre chose. Enfin ce fut \u00e9pique<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Au mois d&rsquo;ao\u00fbt, Desnos envoie une lettre \u00e0 son m\u00e9c\u00e8ne Jacques Doucet pour lui expliquer et r\u00e9sumer le projet de l&rsquo;ouvrage <em>De l&rsquo;\u00e9rotisme<\/em>, command\u00e9 par le couturier :<\/p>\n<blockquote><p>Paris,<\/p>\nMonsieur,<br \/>\nVoici ce que j&rsquo;ai tent\u00e9 de faire.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9rotisme n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 en France du point de vue des productions litt\u00e9raires et dans l&rsquo;ensemble. Seul Guillaume Apollinaire s&rsquo;est occup\u00e9 r\u00e9ellement de cette question importante. Je me suis trouv\u00e9 sans plan pr\u00e9alable, sans document sauf <em>L&rsquo;Enfer<\/em> (de Guillaume Apollinaire) et le catalogue de Poulet-Malassis qui s&rsquo;arr\u00eate au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. J&rsquo;ai donc \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de choisir les plus importants ouvrages de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9tablir une sorte de plan. J&rsquo;ai choisi en quelque sorte le Marquis de Sade comme centre. [&#8230;] Je crois en effet que ces \u0153uvres maudites, consid\u00e9r\u00e9es d&rsquo;un point de vue \u00e9lev\u00e9, participent de l&rsquo;esprit moderne et des tendances actuelles.<br \/>\nJe vous prie de croire, Monsieur, \u00e0 mon respectueux d\u00e9vouement,<br \/>\nRobert Desnos <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a><\/blockquote>\n<p>Dans son essai introductif, Desnos part d&rsquo;une critique adress\u00e9e aux moralistes (\u00ab c&rsquo;est une hypocrisie habituelle \u00e0 ceux qui \u00e9crivent sur l&rsquo;\u00e9rotisme que de d\u00e9clamer d&rsquo;abord contre lui au nom de la morale<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a> \u00bb) et prend ses distances par rapport \u00e0 la d\u00e9finition du vocabulaire Larousse qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e \u00ab \u00e9rotisme \u00bb tranchait la question de la mani\u00e8re suivante: \u00ab amour maladif<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u00bb. L&rsquo;\u00e9crivain, ne partageant pas cette conviction, convaincu que \u00ab les mots sont plus mall\u00e9ables que la cire<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a> \u00bb, forge une nouvelle d\u00e9finition de l&rsquo;\u00e9rotisme: \u00ab tout ce qui se rapporte \u00e0 l&rsquo;amour pour l&rsquo;\u00e9voquer, le provoquer, l&rsquo;exprimer, le satisfaire, etc.<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00bb, r\u00e9habilitant ainsi la litt\u00e9rature \u00e9rotique :<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;\u00e9rotique est une science individuelle. [&#8230;] Le langage \u00e9rotique, s&rsquo;il est nombreux, est aussi le plus relatif. [&#8230;] En dehors de la psychanalyse et moins qu&rsquo;en tout autre, il n&rsquo;est pas mensonge possible en litt\u00e9rature \u00e9rotique. Dans ce miroir spirituel, l&rsquo;auteur ne d\u00e9pose jamais qu&rsquo;une exacte image de lui-m\u00eame. [&#8230;] Tout ce que nous pouvons \u00e9crire est une combinaison de notre esprit et de nos sens. Si nous comptons attentivement ces derniers, nos doigts n&rsquo;y suffiront pas. Quel num\u00e9ro donner \u00e0 la facult\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale qui nous permet de faire fonctionner les cinq ou six premiers en dehors de toute cause mat\u00e9rielle ? Ainsi en est-il de l&rsquo;\u00e9rotisme c\u00e9r\u00e9bral, le plus \u00e9lev\u00e9 de tous, qui tombe sous les sens et ob\u00e9it \u00e0 notre sensualit\u00e9<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le lien entre \u00e9ros et libert\u00e9, consacr\u00e9 par le titre du roman onirique <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;amour!<\/em> de 1927 est d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 dans l&rsquo;essai <em>De l&rsquo;\u00e9rotisme <\/em>: \u00ab <strong>L&rsquo;\u00e9rotisme appartient en propre \u00e0 l&rsquo;esprit moderne<\/strong>. Confondu jadis avec le libertinage, il ne s&rsquo;est d\u00e9gag\u00e9 en France qu&rsquo;aux approches de la r\u00e9volution romantique dont il fut l&rsquo;un des pr\u00e9curseurs<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>Il fait l&rsquo;\u00e9loge de la traduction du <em>Satyricon<\/em> de P\u00e9trone en fran\u00e7ais contemporain, propos\u00e9e par Laurent Tailhade, po\u00e8te auquel il consacre certains vers du recueil <em>Prospectus<\/em> et fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la conduite d&rsquo;\u00e9crivains condamn\u00e9s pour leurs \u00e9crits licencieux, tel que Sade-\u00ab il fut, plus que probablement, la cause de la prise de la Bastille \u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a> remarque Desnos en se souvenant de l&rsquo;esprit r\u00e9volutionnaire du marquis, qui de sa cellule \u00e0 la Bastille incitait \u00e0 l&rsquo;assaut de la prison, symbole de la monarchie\u00a0&#8211; ou encore le v\u00e9nitien Baffo (Venise, 1694-1768). Aristocrate, membre de la supr\u00eame cour de justice de Venise, il fustigea l&rsquo;hypocrisie du clerg\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9lite de G\u00eanes, coupable d&rsquo;avoir mis \u00e0 mort l&rsquo;intellectuel Jacopo Bonfadio, accus\u00e9 de sodomie, mais en r\u00e9alit\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9capitation \u00e0 la suite d&rsquo;un impitoyable r\u00e8glement de compte. L&rsquo;auteur mentionne \u00e9galement Giorgio Baffo en tant que repr\u00e9sentant de la libert\u00e9 de parole dans les <em>R\u00e9flexions sur la po\u00e9sie<\/em> (r\u00e9dig\u00e9es en janvier 1944) et dans les <em>Notes \u00e0 Calixto<\/em> (\u00e9crites en marge du recueil achev\u00e9 en septembre 1943).\u00a0 Sade occupe une place privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>C&rsquo;est qu&rsquo;en effet l&rsquo;\u0153uvre du marquis de Sade est la premi\u00e8re manifestation philosophique et imag\u00e9e de l&rsquo;esprit moderne. [&#8230;] Moraliste, Sade l&rsquo;est plus que tout autre. Tous ses h\u00e9ros sont hant\u00e9s par le d\u00e9sir d&rsquo;accorder leur vie ext\u00e9rieure et leur vie int\u00e9rieure, tous ont des id\u00e9es arr\u00eat\u00e9es sur l&rsquo;amour et l&rsquo;encha\u00eenement des faits. [&#8230;] Tandis que tous ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs en litt\u00e9rature \u00e9rotique avaient vu \u00ab la chose \u00bb avec un sourire goguenard, un scepticisme exasp\u00e9rant ou une grossi\u00e8ret\u00e9 repoussante, Sade consid\u00e8re l&rsquo;amour et ses actes du <strong>point de vue de l&rsquo;infini<\/strong>; nul sourire dans son \u0153uvre, mais parfois un tragique ricanement qui fait penser aux rires tragiques des maudits romantiques<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce qui pousse les artistes gravitant autour de la revue <em>Litt\u00e9rature<\/em> \u00e0 tirer Sade hors de sa <em>damnatio memoriae<\/em> est justement la place qu&rsquo;il accorde \u00e0 l&rsquo;amour et son approche, teint\u00e9e de scepticisme, du sujet, avec une libert\u00e9 d&rsquo;esprit inou\u00efe \u00e0 son \u00e9poque. C&rsquo;est pourquoi Man Ray, qui s&rsquo;int\u00e9resse lui aussi, d\u00e8s les ann\u00e9es vingt, aux \u00e9crits du marquis, se lance dans la r\u00e9alisation d&rsquo;un portrait imaginaire s&rsquo;appuyant sur la documentation acquise : le <em>Portrait imaginaire de D.A.F. de Sade<\/em> (1938), o\u00f9 une silhouette en pierre de l&rsquo;\u00e9crivain occupe presque la totalit\u00e9 du tableau, tandis qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan les flammes enveloppent la Bastille. Le bloc granitique assemblant le visage de profil et une sorte de montagne en briques, grav\u00e9 en lettres capitales du nom de Sade, semble symboliser sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir la foi dans la libert\u00e9, en d\u00e9pit des murailles des prisons o\u00f9 il fut reclus.<\/p>\n<p>Dans une lettre de l&rsquo;automne de la m\u00eame ann\u00e9e, Jean Carrive mentionne les po\u00e8mes de Desnos parus dans <em>Litt\u00e9rature<\/em>, n. s. n.\u00b0 11-12, 15 octobre 1923\u00a0: des po\u00e8mes \u00e0 l&#8217;empreinte d\u00e9j\u00e0 surr\u00e9aliste qui conflueront dans les recueils <em>Langage cuit<\/em> et <em>C&rsquo;est les bottes de 7 lieues, cette phrase : \u00ab Je me vois \u00bb<\/em>. Il se livre ensuite \u00e0 cette consid\u00e9ration sur la technique cin\u00e9matographique :<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 propos du cin\u00e9ma, il y a quelque chose de tr\u00e8s curieux et dont je crois on pourrait attendre beaucoup. C&rsquo;est le cin\u00e9ma au ralenti. Croyez pas ? Une simple course de chevaux pass\u00e9e au ralenti est angoissante et risible. Cette d\u00e9formation lente des corps, cette irr\u00e9alit\u00e9 dans un d\u00e9cor r\u00e9el, le silence qui na\u00eet de l&rsquo;ensemble sont extraordinaires. Image de vie expirante, de d\u00e9solation <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>La passion pour le cin\u00e9ma est au c\u0153ur de la vie et de l&rsquo;esth\u00e9tique de Desnos. Ainsi que le remarque Anne Egger dans sa biographie de l&rsquo;\u00e9crivain, c&rsquo;est la d\u00e9couverte du cin\u00e9ma, de la nuit artificielle, qui chez lui pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;\u00e9criture<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. D&rsquo;ailleurs la plupart de ses articles de critique cin\u00e9matographique ont un caract\u00e8re social et certaines s\u00e9quences de ses romans oniriques rappellent des photogrammes en mouvement. C&rsquo;est le cas de ce passage de <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;amour!<\/em>, o\u00f9 le r\u00e9cit progresse \u00e0 l&rsquo;unisson des \u00e9chos sonores, dans ce roman surr\u00e9aliste o\u00f9 la pr\u00e9sence de Paris est la plus connot\u00e9e sur un plan m\u00e9talitt\u00e9raire d&rsquo;apr\u00e8s Kiyoko Ishikawa :<\/p>\n<blockquote><p>Chez Desnos, Paris n&rsquo;est point descriptif ; c&rsquo;est un d\u00e9p\u00f4t de signes &#8211; noms de rues, de monuments, de places, affiches, statues &#8211; destin\u00e9s \u00e0 [se] transformer sur le plan linguistique et s\u00e9mantique. [&#8230;] La rue des Pyramides faisant penser au d\u00e9sert, la ville nocturne devient d\u00e9serte. [&#8230;] Louise Lame, celle que poursuit le narrateur [i.e.] le Corsaire, marche devant lui vers la Place de l&rsquo;Etoile comme les \u00e9toiles guident les navires, [&#8230;] Louise Lame se d\u00e9shabille et laisse tomber un \u00e0 un ses v\u00eatements pour ne porter que son manteau de l\u00e9opard. Le narrateur se trouve alors \u00e0 la Porte Maillot ; le nom se transposerait en maillot, v\u00eatement qui colle au corps nu. [&#8230;] C&rsquo;est tout d&rsquo;abord l&rsquo;inconstance mouvante qui caract\u00e9rise le texte<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>La vitesse du temps qui s&rsquo;\u00e9coule n&rsquo;est pas sans rappeler une sorte de <em>memento mori<\/em> baroque, mais agr\u00e9ment\u00e9 d&rsquo;un ton grotesque, dans plusieurs po\u00e8mes et dans ces lignes de la premi\u00e8re page du roman <em>Deuil pour deuil, <\/em>dat\u00e9 de 1924 : \u00abJ&rsquo;ai vu de loin s&rsquo;avancer les belles millionnaires avec leur caravane de chameaux galonn\u00e9s porteurs d&rsquo;or. Je les ai attendues, impassible et tourment\u00e9. Avant m\u00eame de m&rsquo;atteindre, elles se transform\u00e8rent en petites vieilles poussi\u00e9reuses et les chameliers en ganaches<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>\u00bb. Ces m\u00e9tamorphoses dynamiques cr\u00e9ent l&rsquo;impression d&rsquo;une prise de vue cin\u00e9matographique au ralenti, de m\u00eame que cette image, \u00e9galement tir\u00e9e de <em>Deuil pour deuil <\/em>: \u00ab Et durant ce temps, le soleil d\u00e9form\u00e9 prend la forme d&rsquo;un sablier et se retourne<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>Dans un compte-rendu sur le septi\u00e8me art o\u00f9 il cite Man Ray, apr\u00e8s avoir coop\u00e9r\u00e9 avec lui \u00e0 la r\u00e9alisation du film <em>L&rsquo;\u00e9toile de mer<\/em>, Desnos, fait cette proph\u00e9tie :<\/p>\n<blockquote><p>Lorsqu&rsquo;il arrivera \u00e0 Paris en 1920, Man Ray est d\u00e9j\u00e0 susceptible de mettre en \u00e9chec la peinture et de nous donner ces \u00e9tonnantes photographies o\u00f9, \u00e0 travers les plaques g\u00e9latineuses, le papier bromure et les traitements chimiques, l&rsquo;\u00e2me humaine est comme recr\u00e9\u00e9e. Un temps viendra o\u00f9 les collections s&rsquo;enrichiront de ces formidables portraits et de ces \u00e9mouvants t\u00e9moignages de la victoire d&rsquo;un homme sur la m\u00e9canique<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le sentiment de la libert\u00e9 se traduit donc aussi comme une ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la technique, des rythmes et des slogans du capitalisme montant et des conventions bourgeoises. C&rsquo;est pourquoi les h\u00e9ro\u00efnes de ses romans sont audacieuses, et bien loin du mod\u00e8le impos\u00e9 par les codes machistes bien-pensants, partag\u00e9s par ailleurs par le chef de file des surr\u00e9alistes, Andr\u00e9 Breton.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u0153uvre du po\u00e8te, la hantise de la mort alterne avec des proclamations de foi en l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Dans l&rsquo;article paru dans <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> en janvier 1925, \u00ab\u00a0La muraille de ch\u00eane\u00a0\u00bb, Desnos esquisse son concept de \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb surr\u00e9aliste :<\/p>\n<blockquote>La mort de l&rsquo;esprit est un non-sens. Je vis dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 en d\u00e9pit du ridicule d&rsquo;une semblable d\u00e9claration. Je crois vivre, donc je suis \u00e9ternel. Le pass\u00e9 et le futur servent la mati\u00e8re. La vie spirituelle, comme l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, se conjugue au pr\u00e9sent.<br \/>\nSi la mort me touche, ce n&rsquo;est pas en ce qui concerne ma pens\u00e9e, mon esprit, que ne saurait voiturer le plus beau corbillard, mais les sens. Je n&rsquo;imagine pas d&rsquo;amour sans que le go\u00fbt de la mort, d\u00e9pourvue d&rsquo;ailleurs de toute sentimentalit\u00e9 et de toute tristesse, y soit m\u00eal\u00e9. Merveilleuses satisfactions de la vue et du toucher, perfection des jouissances, c&rsquo;est par votre entremise que ma pens\u00e9e peut entrer en relation avec la mort. [&#8230;] Le caract\u00e8re fugitif de l&rsquo;amour est aussi celui de la mort<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>La notion d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 flotte aussi sur la notice liminaire des <em>Trois livres de Proph\u00e9ties<\/em> (dat\u00e9s des 29 et 30 juillet 1925), cahiers publi\u00e9s posthumes en 1985 (dans <em>Pleine marge<\/em>, n. 2, d\u00e9cembre 1985) :<\/p>\n<blockquote><p><em>Notice<\/em><\/p>\n<p>Croire en l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9, d&rsquo;abord en l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;ob\u00e9ir au souffle po\u00e9tique. Il est venu [&#8230;]<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Dans le po\u00e8me \u00ab\u00a0Faire part\u00a0\u00bb, dans le recueil <em>C&rsquo;est les bottes de 7 lieues cette phrase: \u00ab Je me vois \u00bb<\/em> (1926)<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, le Je lyrique est aussi le destinataire d&rsquo;une missive de la part de la Mort, par le biais de la prosopop\u00e9e suivante :<\/p>\n<blockquote><p>FAIRE PART<\/p>\nSur le pont du navire la couturi\u00e8re fait le point<br \/>\ncouturi\u00e8re taille-moi un grand paon de mercure<br \/>\nje fais ce soir ma derni\u00e8re communion<br \/>\nLa derni\u00e8re hirondelle fait l&rsquo;automne<br \/>\nD&rsquo;entre les becs de gaz bl\u00eames<br \/>\nSe l\u00e8ve une figure sans signification.<br \/>\nStatues de verre flacon simulacre de l&rsquo;amour<br \/>\nVient la fameuse dame<br \/>\nFacteur de soustraction<br \/>\navec une lettre pour moi<br \/>\nMon cher Desnos Mon cher Desnos<br \/>\nJe vous donne rendez-vous<br \/>\ndans quelques jours<br \/>\nOn vous pr\u00e9viendra<br \/>\nVous mettrez votre habit d&rsquo;outre monde<br \/>\nEt tout le monde sera bien content<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Dans ce texte, qui selon la p\u00e9n\u00e9trante analyse de l&rsquo;essai de Marie-Claire Dumas, <em>Robert Desnos ou l&rsquo;exploration des limites<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\"><strong>[32]<\/strong><\/a><\/em> joue sur l&rsquo;homophonie et sur le d\u00e9figement, on peut saisir aussi une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;alchimie dans la mention du mercure &#8211; agent de transformation fondamental pour l&rsquo;alchimiste\u00a0; d&rsquo;apr\u00e8s la mythologie grecque, Herm\u00e8s, le dieu psychopompe source du Mercure romain, est justement le <em>medium<\/em> entre hommes et dieux, entre la vie et l&rsquo;autre monde. Le lex\u00e8me \u00ab facteur \u00bb, en particulier, par antanaclase assume deux significations : c&rsquo;est \u00e0 la fois le facteur qui apporte la missive et un \u00e9l\u00e9ment math\u00e9matique. L&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de l&rsquo;ensemble se prolonge jusqu&rsquo;au bout et encore au-del\u00e0, vu que l&rsquo;auteur transforme le syntagme nominal \u00ab outre-tombe \u00bb en \u00ab outre-monde \u00bb, jetant un v\u00e9ritable pont vers l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le roman d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;amour !<\/em>, le po\u00e8te va jusqu&rsquo;\u00e0 abolir le temps du choix :<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, voil\u00e0 le th\u00e9\u00e2tre somptueux o\u00f9 la libert\u00e9 et l&rsquo;amour se heurtent pour ma possession. L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, comme une immense coquille d&rsquo;\u0153uf m&rsquo;entoure de tous c\u00f4t\u00e9s [&#8230;] Je ne saurais choisir, sinon que demeurer ici sous la coupole translucide de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.<\/p>\n<p>Tu n&rsquo;es pas la passante, mais celle qui demeure. La notion d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 mon amour pour toi<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Chez Desnos, en d\u00e9pit du titre du roman il n&rsquo;y a pas de disjonction, pas d&rsquo;opposition entre libert\u00e9 et amour. C&rsquo;est ce dernier, au contraire, qui rend \u00e9ternel l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9, et c&rsquo;est ce sentiment d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 qui fait percevoir \u00e0 l&rsquo;homme toute sa libert\u00e9. Bien qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de documents attestant sa connaissance de la part de Desnos, nous trouvons des r\u00e9sonances dans l&rsquo;<em>\u00c9thique<\/em> du philosophe Spinoza (appel\u00e9 aussi \u00ab le philosophe de l&rsquo;amour \u00bb par Chantal Jaquet<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>) qui relie justement la libert\u00e9 humaine \u00e0 la capacit\u00e9 pour l&rsquo;homme de saisir son appartenance \u00e0 la substance \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Le sens de l&rsquo;infini pour Desnos signifie toujours la joie du partage et l&rsquo;appel \u00e0 la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme, une valeur qui trouve dans la libert\u00e9 sa condition pr\u00e9alable. En 1931, Desnos \u00e9crit \u00e0 son ami Armand Salacrou<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a> pour lui pr\u00e9senter les publicit\u00e9s radiophoniques de ses produits et son recueil de po\u00e8mes <em>Les sans cou <\/em>:\u00a0 la publication, avec deux eaux fortes d&rsquo;Andr\u00e9 Masson (mai 1934) a re\u00e7u sur l&rsquo;appui financier de Salacrou. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un cycle de seize po\u00e8mes (sans doute r\u00e9dig\u00e9s deux ann\u00e9es auparavant) qui d\u00e9cline dans une perspective sociale le th\u00e8me surr\u00e9aliste de l&rsquo;ac\u00e9phale : ses <em>sans-cou<\/em> seraient les gens vivant en marge de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La correspondance entre Desnos et les Milhaud pendant les ann\u00e9es trente t\u00e9moigne d&rsquo;un lien d&rsquo;amiti\u00e9 et d&rsquo;une entente artistique : au fil des \u00e9changes il est question notamment de la composition de la <em>Cantate pour l&rsquo;inauguration du Mus\u00e9e de l&rsquo;Homme<\/em>, une sorte d&rsquo;hymne \u00e0 la dignit\u00e9 et \u00e0 la solidarit\u00e9 humaines, qui fait allusion aux quatre \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;alchimie, mis en musique par Darius Milhaud en vue de l&rsquo;ouverture du mus\u00e9e le 21 juin 1938. Une missive de Desnos aux Milhaud accompagne la <em>G\u00e9om\u00e9trie de Daniel<\/em> de 1939, un album de dessins et de po\u00e8mes enfantins adress\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enfant du couple. Dans les deux cas, c&rsquo;est l&rsquo;exaltation de la joie de vivre qui \u00e9merge, tout comme la pr\u00e9sence \u00e9thique toujours coh\u00e9rente et sous-jacente. On le v\u00e9rifie sans cesse dans les correspondances de Desnos. Le 18 f\u00e9vrier 1940, le sergent Desnos \u00e9crit \u00e0 Gaston Criel :<\/p>\n<blockquote>Sergent Desnos<br \/>\naux arm\u00e9es F.M.<br \/>\nGaston Criel<br \/>\nC.I.S.F. 2<sup>\u00e8me<\/sup> C<sup>ie<br \/>\n<\/sup>Secteur Postal 193\n<p>18 f\u00e9vrier 1940<\/p>\n<p>J&rsquo;attendais votre livre pour vous \u00e9crire et il ne m&rsquo;est pas encore parvenu. Je suppose que vous \u00eates jeune et par cons\u00e9quent vous ne devez compter sur aucune bou\u00e9e pour vous maintenir mais seulement sur vos propres forces. Ne vous accrochez \u00e0 rien. <em>Ce qui importe ce n&rsquo;est pas ce qui reste mais ce que l&rsquo;on est <\/em>; moi qui suis dans la m\u00eame situation que vous je dois \u00e0 cette r\u00e8gle de vie de garder ma lucidit\u00e9, mon \u00e9quilibre et une partie de mon bonheur. Bonheur ch\u00e8rement acquis, bonheur l\u00e9gitime et qui tient peut-\u00eatre en cette formule : <em>\u00eatre un homme et aimer la vie<\/em>. J&rsquo;attends votre livre.<\/p>\nDesnos<br \/>\n1<sup>\u00e8re<\/sup> C<sup>ie<\/sup>\/436 R.P.<br \/>\nS.P. 5.947<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a><\/blockquote>\n<p>Cet appel au courage est \u00e9galement attest\u00e9 par une d\u00e9claration du po\u00e8te dans un article d&rsquo;<em>Aujourd&rsquo;hui<\/em> dat\u00e9 de 1942, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0L&rsquo;Avenir de la po\u00e9sie\u00a0\u00bb, o\u00f9 il affirme que, pour le po\u00e8te, l&rsquo;\u00e9thique a plus d&rsquo;importance que l&rsquo;esth\u00e9tique et que l&rsquo;\u00e9thique, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, subit l&rsquo;influence de la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 et de nouvelles th\u00e9ories sur la lumi\u00e8re<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;article suivant, paru \u00e9galement dans <em>Aujourd&rsquo;hui <\/em>en 1942, Desnos d\u00e9fie sans d\u00e9tours Pierre Pascal, r\u00e9dacteur en chef de l&rsquo;<em>Appel<\/em>, revue antis\u00e9mite et fasciste\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Traduire la po\u00e9sie<\/p>\n<ol>\n<li>Pierre Pascal vient d&rsquo;assumer une t\u00e2che dangereuse en publiant au Mercure de France une traduction en vers des <em>Po\u00e8mes<\/em> d&rsquo;Edgar Poe. Le premier mot qui vient \u00e0 l&rsquo;esprit en lisant ces pages lourdes d&rsquo;ennui, c&rsquo;est que le grand Edgar Allan ne m\u00e9ritait pas cette trahison. En effet, si le livre \u00e9tait lu par un curieux de Poe, curieux ignorant les traductions de Baudelaire et Mallarm\u00e9, ce qui serait un comble, il ne pourrait que renoncer \u00e0 poursuivre l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;une \u0153uvre confuse, balbutiante et vide de sens. [&#8230;] Si jamais le mot \u00ab po\u00e9sie \u00bb eut un sens, ce fut celui d&rsquo;une voix, d&rsquo;un envol et d&rsquo;une \u00e9motion. Edgar Poe est, ici, priv\u00e9 de la premi\u00e8re, du second et de la troisi\u00e8me.<\/li>\n<\/ol>\n<p>C&rsquo;est que traduire et comprendre sont deux. M. Pierre Pascal manie le vers fran\u00e7ais avec une rare maladresse et ne ressent pas la po\u00e9sie quelle qu&rsquo;elle soit. Le pr\u00e9sent livre ira rejoindre, \u00e0 la fabrique de papier, un certain nombre d&rsquo;ouvrages sans int\u00e9r\u00eat qui, refondus, permettront peut-\u00eatre la publication d&rsquo;\u0153uvres lisibles<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>La lettre suivante constitue la r\u00e9ponse de Pierre Pascal\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>On vous conna\u00eet \u00ab Monsieur \u00bb. Vous ne me connaissez pas. Aussi votre r\u00e8glement de compte de ce jour me fait bien rire. Antifasciste, enjuiv\u00e9, perdu de tout, tel vous \u00e9tiez avant <em>notre<\/em> guerre. <em>Votre<\/em> d\u00e9faite ne vous a pas permis de subtiliser la gloire que vos cong\u00e9n\u00e8res et complices esp\u00e8rent encore rapiner. Vous envoyez mes livres au pilon ? O\u00f9 vous enverra-t-on, le jour de notre R\u00e9volution ? [&#8230;]<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>En octobre, Desnos \u00e9crit \u00e0 Paul \u00c9luard pour lui donner des indications sur la composition du recueil <em>Contr\u00e9e<\/em>, dont il est question aussi dans la lettre suivante :<\/p>\n<blockquote><p>Paris, le 8 octobre 1942<\/p>\nMon cher Paul,<br \/>\nMe voici de retour \u00e0 Paris apr\u00e8s une belle campagne normande o\u00f9 les champignons en ont vu de cruelles. Mais, je ne me suis pas born\u00e9 \u00e0 chasser le c\u00e8pe et les girolles, <strong>j&rsquo;ai continu\u00e9 <em>Contr\u00e9e<\/em><\/strong>. Je t&rsquo;envoie avec cette lettre les po\u00e8mes que tu ne connais pas. C&rsquo;est pour moi une curieuse exp\u00e9rience. <strong>Je vais \u00e0 t\u00e2tons mais les images, les mots, les rimes, s&rsquo;imposent comme les d\u00e9tails d&rsquo;une cl\u00e9 pour ouvrir une serrure. Il faut que tout soit utile et indispensable pour que le po\u00e8me tienne, que tout y soit, et rien de plus, pour qu&rsquo;il soit termin\u00e9. Je me demande pourquoi ils prennent ais\u00e9ment la forme du sonnet. <\/strong>Je crois de plus en plus que l&rsquo;\u00e9criture et le langage automatiques ne sont que les stades \u00e9l\u00e9mentaires de l&rsquo;initiation po\u00e9tique. Par eux on enfonce des portes. Mais derri\u00e8re ces portes il y en a d&rsquo;autres avec des serrures de s\u00fbret\u00e9 qui ne c\u00e8dent que si on cherche et trouve leur secret. L&rsquo;inspiration devient une ivresse plus subtile. Elle confine \u00e0 ces fum\u00e9es de souvenirs. Ces souvenirs si d\u00e9pouill\u00e9s de leurs substances imm\u00e9diatement humaines que je ne puis les comparer qu&rsquo;aux sensations pures, qu&rsquo;elles soient lumineuses, sonores, tactiles, parfum\u00e9es ou aromatiques. Malgr\u00e9 tout, ces essais sont encore imparfaits. Je r\u00eave de po\u00e8mes qui ne pourraient \u00eatre que ce qu&rsquo;ils sont. Dont personne ne pourrait imaginer un d\u00e9roulement diff\u00e9rent. Quelque chose d&rsquo;aussi implacable que la r\u00e9solution d&rsquo;une \u00e9quation ou les phases d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne mystique. J&rsquo;en suis encore \u00e0 des probl\u00e8mes \u00e0 solutions multiples&#8230; Imperfection de la m\u00e9canique humaine en g\u00e9n\u00e9ral, grossi\u00e8ret\u00e9 de nos \u00e9talons-mesures. Je voudrais arriver \u00e0 une \u00ab po\u00e9tique fine \u00bb comme les math\u00e9maticiens sont arriv\u00e9s \u00e0 des \u00ab calculs fins \u00bb indispensables en relativit\u00e9 ou en m\u00e9canique ondulatoire.\n<p>En fait, rien ne me para\u00eet plus important dans ce domaine que Nerval. J&rsquo;ai tent\u00e9 de repartir de son point d&rsquo;arriv\u00e9e et j&rsquo;ai pu constater des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;\u00e9critures qui expliquent certaines de ces versions des <em>Chim\u00e8res<\/em> o\u00f9 les quatrains et les tercets sont interchangeables. Dans cette \u00e9criture \u00e0 t\u00e2tons il y a parfois des groupes de vers qui ne sont pas \u00e0 leur place, qu&rsquo;il faut retirer et qui, isol\u00e9s, imposent leur compl\u00e9ment et deviennent \u00e0 leur tour et \u00e0 leur place fragments d&rsquo;un po\u00e8me autonome. Mais il faudrait s&rsquo;expliquer aussi sur <strong>l&rsquo;influence de l&rsquo;actualit\u00e9 la plus imm\u00e9diate sur ces po\u00e8mes <\/strong>qui, semble-t-il, devraient en \u00eatre \u00e9loign\u00e9s. Nerval n&rsquo;y a pas \u00e9chapp\u00e9 (allusion \u00e0 Napol\u00e9on, par exemple) ni moi. Mais il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une dissimulation comme, par exemple, le langage de Mallarm\u00e9 qui, me semble-t-il, lui a permis sans choquer son milieu bourgeois de satisfaire \u00e0 son \u00e9rotisme, d&rsquo;exhiber m\u00eame.<\/p>\nPeut-\u00eatre le but final de cela serait-il d&rsquo;arriver \u00e0 une conciliation Nerval-Rimbaud, afin de repartir vers ailleurs. On verra bien.<br \/>\nJ&rsquo;aime ton petit bouquin. C&rsquo;est m\u00eame un de ceux que je pr\u00e9f\u00e8re sinon celui que j&rsquo;\u00e9dite.<br \/>\nQuand te vois-je ? Amiti\u00e9s \u00e0 Nouche.\n<p>Desnos<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Cette lettre met \u00e0 nu, plus que d&rsquo;autres rares \u00e9crits programmatiques, les pr\u00e9occupations de l&rsquo;auteur qui est en train de r\u00e9diger ses derniers ouvrages : l&rsquo;aspiration \u00e0 un po\u00e8me r\u00e9gi par une n\u00e9cessit\u00e9 presque math\u00e9matique, o\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment est retenu seulement s&rsquo;il contribue \u00e0 l&rsquo;harmonie de l&rsquo;ensemble, fait songer \u00e0 la perfection de l&rsquo;action tragique telle qu&rsquo;elle est \u00e9voqu\u00e9e par Aristote dans sa <em>Po\u00e9tique. <\/em>Il revient sur l&rsquo;importance d&rsquo;une \u00e9criture ancr\u00e9e au pr\u00e9sent, ce qui signifie, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, engag\u00e9e. Par ailleurs, le \u00ab petit bouquin \u00bb d&rsquo;\u00c9luard auquel Desnos fait allusion est, vraisemblablement, le recueil de po\u00e8mes <em>Po\u00e9sie et v\u00e9rit\u00e9<\/em>, paru en octobre 1942 aux \u00e9ditions de la Main \u00e0 la Plume, contenant le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0hymne\u00a0\u00bb de la r\u00e9sistance qu&rsquo;est devenu <em>Libert\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>La correspondance entre Youki et Pablo Picasso t\u00e9moigne de l&rsquo;engagement de la jeune femme pour r\u00e9aliser les v\u0153ux de Desnos, d\u00e9sormais d\u00e9tenu, \u00e0 propos de la publication de ce m\u00eame recueil, <em>Contr\u00e9e <\/em>:<\/p>\n<blockquote><p>Dimanche &#8211; 21 mai 1944<\/p>\nMon cher Pablo,<br \/>\nJe m&rsquo;excuse d&rsquo;\u00eatre venue vous d\u00e9ranger hier &#8211; j&rsquo;aurais tant voulu vous voir, car Godet m&rsquo;a envoy\u00e9 un coup de t\u00e9l\u00e9phone d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 &#8211; il para\u00eet que vous h\u00e9sitez \u00e0 donner votre gravure \u00e0 tirer. Ce serait une catastrophe pour moi. Car, sur le d\u00e9sir de Robert, j&rsquo;ai financ\u00e9 Godet pour que le livre paraisse, j&rsquo;ai emprunt\u00e9 de l&rsquo;argent pour cela, et si je n&rsquo;ai pas votre eau-forte, je serai oblig\u00e9e de le rendre &#8211; donc de vendre des livres ou des tableaux de Robert &#8211; ce que je voulais justement \u00e9viter. Au contraire, si le livre para\u00eet, il est d\u00e9j\u00e0 plus que enti\u00e8rement souscrit. Je rembourse la personne et cela me laissera de l&rsquo;argent pour vivre quelque temps, sans toucher aux affaires personnelles de Robert.<br \/>\nBien s\u00fbr, je sais que ce n&rsquo;est pas \u00e0 moi, mais \u00e0 Robert que vous avez donn\u00e9 cette eau-forte &#8211; seulement je ne pensais pas que vous \u00e9tablissiez une distinction entre nous. C&rsquo;est une chose qui ne me serait m\u00eame pas venue \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e.<br \/>\nRobert et moi, nous vivons sous une r\u00e8gle assez large qui consiste \u00e0 peu pr\u00e8s en ceci &#8211; tout ce que fait Robert est bien, \u00e0 mes yeux, et tout ce que je fais, est bien aux yeux de Robert &#8211; nous nous connaissons suffisamment pour nous faire confiance &#8211; et notre entente est tr\u00e8s solide. Les d\u00e9tails importent peu. J&rsquo;ai v\u00e9cu d&rsquo;ailleurs de la m\u00eame fa\u00e7on avec Foujita, et nous gardons l&rsquo;un de l&rsquo;autre le meilleur souvenir.<br \/>\nJe vous explique tout cela pour vous dire que, bien entendu, vous \u00eates libre mais si vous retirez ce chevalier casqu\u00e9, c&rsquo;est avec son \u00e9p\u00e9e que vous me blessez &#8211; Cela m&rsquo;\u00e9tonnerait tellement de vous!<br \/>\nMon cher Picasso, je suis bien triste. De toute fa\u00e7on, je n&rsquo;\u00e9crirai pas cela \u00e0 Robert. Il est parti plein de s\u00e9curit\u00e9, me voyant tranquille et courageuse, je ne veux pas le troubler \u00e0 mon sujet.<br \/>\nGodet m&rsquo;a dit qu&rsquo;il lui faudrait une r\u00e9ponse mercredi, au plus tard. Lacouri\u00e8re tirera cela tr\u00e8s vite, pour me faire plaisir. D\u00e9cidez ce que de tout c\u0153ur vous voulez faire. Je vous envoie mon souvenir ainsi qu&rsquo;\u00e0 Dora.<br \/>\nYouki Desnos<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a><\/blockquote>\n<p>Ici, le chevalier casqu\u00e9, dans le style nomm\u00e9 \u00ab araign\u00e9e \u00bb, qui donne un sentiment de claustrophobie en \u00e9cho aux tensions politiques et sociales de l&rsquo;\u00e9poque, vient en droite ligne du frontispice de la premi\u00e8re \u00e9dition de <em>Contr\u00e9e<\/em>. Le titre de ce recueil po\u00e9tique joue sur les homonymes \u00ab contr\u00e9e \u00bb, substantif qui fait allusion aux diff\u00e9rents lieux \u00e9voqu\u00e9s et \u00ab contrer \u00bb, verbe qui cache le v\u00e9ritable d\u00e9fi lanc\u00e9 par l&rsquo;auteur : il s&rsquo;agit de faire face \u00e0 l&rsquo;ennemi, de r\u00e9sister. L&rsquo;appel \u00e0 l&rsquo;insoumission masqu\u00e9 par les ambiances bucoliques et les renvois mythologiques est bien r\u00e9sum\u00e9 dans l&rsquo;eau-forte demand\u00e9e \u00e0 Picasso par le po\u00e8te : une \u00e9nigmatique hybridation de formes, esquissant un chevalier surmont\u00e9 d&rsquo;un heaume et qui para\u00eet surgir d&rsquo;une rang\u00e9e de livres. L&rsquo;amiti\u00e9 entre Desnos et Picasso avait d&rsquo;ailleurs commenc\u00e9 longtemps avant par une lettre dat\u00e9e du 15 mars 1924, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9crivain rendait hommage au peintre, qu&rsquo;il rencontrera en personne, vraisemblablement, l&rsquo;ann\u00e9e suivante, lors de l&rsquo;exposition <em>Peinture surr\u00e9aliste<\/em> (galerie Pierre Loeb, rue Bonaparte, 14-25 novembre 1925)\u00a0: les dessins de Robert Desnos &#8211; le seul po\u00e8te invit\u00e9 \u00e0 participer<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a> &#8211; y furent expos\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tableaux d&rsquo;artistes tels que Max Ernst, Man Ray, Giorgio de Chirico, Paul Klee, Andr\u00e9 Masson.\u00a0 La pr\u00e9face du catalogue \u00e9tait le fruit d&rsquo;une coop\u00e9ration entre Breton et Desnos. Dans ses articles d&rsquo;art, ce dernier d\u00e9crit Picasso comme un alchimiste, dont les tableaux seraient capables de transmettre joie et connaissance.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re lettre, ainsi que le dernier po\u00e8me (achev\u00e9 dans le camp de Royallieu \u00e0 Compi\u00e8gne le 6 avril 1944), retrouv\u00e9s en 1969 par Pierre Lartigue, resserrent le n\u0153ud qui, dans la vie de Desnos, n&rsquo;a cess\u00e9 de relier po\u00e9sie, amour et libert\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p>Le 7 janvier 1945<\/p>\nMa grande ch\u00e9rie<br \/>\nJ&rsquo;ai re\u00e7u ta deuxi\u00e8me lettre &#8211; celle du 20 -, mais je dois te r\u00e9pondre chez notre ami le professeur Guillemin, car dans ta lettre tu as oubli\u00e9 de me donner ton adresse en Suisse. Il te donnera la lettre lui-m\u00eame, ou par l&rsquo;interm\u00e9diaire de sa belle-fille Andr\u00e9e, ou de Jean-Louis Barrault. Je le remercie de tout c\u0153ur, pour toi et pour moi. D&rsquo;abord, tous mes v\u0153ux de bonheur pour 1945, ma grande ch\u00e9rie, avec la conviction de pouvoir te les r\u00e9p\u00e9ter dans le cours de l&rsquo;ann\u00e9e, tout mon amour, toute ma tendresse. En \u00e9change, je te demande d&rsquo;\u00eatre bien patiente pendant ce trop long interm\u00e8de. Mais comme tout sera beau apr\u00e8s ! En ce qui concerne la procuration :<br \/>\n\u00ab Je soussign\u00e9 Desnos Robert n\u00e9 le 4-7-1900, \u00e0 Paris, d\u00e9clare te confier, \u00e0 toi, n\u00e9e Lucie Badoud, n\u00e9e le 31-7-1903 \u00e0 Paris, domicili\u00e9e dans notre appartement commun \u00e0 Paris 19, rue Mazarine, domicile l\u00e9gal, pouvoir g\u00e9n\u00e9ral, pendant tout le temps de mon absence commenc\u00e9e le 22-2-1944, pour me repr\u00e9senter, sans emp\u00eachement, d\u00e9fendre mes int\u00e9r\u00eats, administrer nos biens en toutes circonstances. Je d\u00e9clare \u00e9galement mon h\u00e9riti\u00e8re universelle <em>[trois mots ray\u00e9s nuls]<\/em>. Desnos Robert, Fl\u00f6ha, 7 janvier 1945.\u00bb<br \/>\nCeci n&rsquo;est peut-\u00eatre pas fait suivant les r\u00e8gles, mais si tu fais traduire cette lettre par un traducteur jur\u00e9, elle peut cependant te servir. Vois cela avec Delattre, Francis G\u00e9rard et Lesage. <strong>As-tu \u00e9t\u00e9 contente de la d\u00e9dicace de <em>Contr\u00e9e <\/em>?<\/strong> As-tu re\u00e7u l&rsquo;exemplaire de luxe ? Combien en reste-t-il ? Ne les vends pas au-dessous du prix. Y a-t-il eu une critique ? <strong>Est-ce que les po\u00e8mes d&rsquo;enfants sont parus chez Gr\u00fcnd <\/strong>et la N.R.F.? Est-ce que la N.R.F. a redonn\u00e9 <em>Fortunes<\/em> et <em>Le vin est tir\u00e9 <\/em>? Demande \u00e0 Ferdi\u00e8re ce qu&rsquo;il en est du livre qui devait para\u00eetre \u00e0 Rodez. Est-ce que Diol\u00e9 et Guitte ont aussi les m\u00eames id\u00e9es sur les po\u00e8mes ? On pourrait en parler avec Picasso.<br \/>\nMes amiti\u00e9s \u00e0 tous ceux que j&rsquo;ai admir\u00e9s, \u00e0 tous ceux dont tu m&rsquo;as parl\u00e9, \u00e0 tous ceux que je n&rsquo;oublie pas mais que je ne peux nommer \u00e0 cause du manque de place. Que deviennent Jeanson et Galtier ? \u00c9cris-moi longuement sur tous. L&rsquo;un d&rsquo;eux pourrait m&rsquo;\u00e9crire de temps en temps, Lucienne aussi. Meilleurs v\u0153ux et baisers \u00e0 Lucienne, tante Juliette, ainsi qu&rsquo;\u00e0 Georges. Vois aussi \u00c9luard, Morin, Vaillant \u00e0 <em>Paris-Midi<\/em>, Pascal Pia, qui connaissent mes affaires. Amiti\u00e9 au bon Docteur et au grand Hemingway. Que deviennent tes tableaux ? Envoie-moi une photo de toi. J&rsquo;ai en tout re\u00e7u sept paquets le premier de J.L. Barrault. Aucun de la Croix-Rouge. Ils commencent seulement \u00e0 arriver. Fais m&rsquo;en encore envoyer aussi. Seulement des vivres, du tabac, du savon, une paire de bas, pas de v\u00eatements civils. Nous sommes habill\u00e9s dans le camp. Pour la malle, voir au chemin de fer. Elle \u00e9tait adress\u00e9e : Mme Desnos, \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel 105, rue de Paris, Compi\u00e8gne, et portait aussi ton adresse de Paris. Elle contient presque tous les v\u00eatements que tu m&rsquo;as envoy\u00e9s, mon portrait, et une serviette de cuir. <strong>Pour le reste je trouve un abri dans la po\u00e9sie. Elle est r\u00e9ellement le cheval qui court au-dessus des montagnes dont Rrose S\u00e9lavy parle dans un de ses po\u00e8mes et qui pour moi se justifie mot pour mot.<\/strong> Vois les Valerio pour notre maison \u00e0 Belle-\u00cele et la pr\u00e9fecture de la Seine pour un bel appartement dans le genre \u00ab 6, rue de Seine \u00bb. Et \u00e0 toi, ma grande ch\u00e9rie, mon entier amour qui t&rsquo;arrivera mais tr\u00e8s refroidi par le voyage et la traduction.<br \/>\n\u00c0 bient\u00f4t ! tout mon amour!<br \/>\nR.D.<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a><\/blockquote>\n<p>Cette lettre, qui est la derni\u00e8re \u00e9crite par le po\u00e8te, est un t\u00e9moignage \u00e9mouvant de la coh\u00e9rence par laquelle l&rsquo;auteur a maintenu la foi en la libert\u00e9, en la joie de vivre et en les ressources de la po\u00e9sie. Le titre de son dernier sonnet, <em>Printemps<\/em>, est embl\u00e9matique de cet \u00e9lan in\u00e9puisable et son <em>incipit<\/em> \u00e9voque, encore une fois, Rrose S\u00e9lavy, qu&rsquo;il cite dans la lettre pour faire allusion \u00e0 l&rsquo;aphorisme suivant, des ann\u00e9es 1922-23 :<\/p>\n<blockquote><p>Rrose S\u00e9lavy peut rev\u00eatir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les mots po\u00e9tiques, polys\u00e9miques, deviennent ainsi vecteurs de connaissance et un espace fondamental pour r\u00e9cup\u00e9rer les facult\u00e9s d&rsquo;expression et de communication propres \u00e0 l&rsquo;homme, \u00e0 plus forte raison dans la d\u00e9shumanisation progressive que le camp entra\u00eene. Dans les derni\u00e8res paroles du po\u00e8te on retrouve la valeur heuristique qu&rsquo;il a toujours assign\u00e9e \u00e0 la po\u00e9sie et \u00e0 l&rsquo;art d&rsquo;autant que <em>le<\/em> sel \u00e9voqu\u00e9 par la contrep\u00e8terie de Rrose S\u00e9lavy pour faire d\u00e9chiffrer au lecteur le nom de Marcel Duchamp est aussi un \u00e9l\u00e9ment alchimique, ainsi que le remarque Nicola Ferrari dans sa r\u00e9cente \u00e9tude et r\u00e9\u00e9criture des aphorismes en italien (2021)<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>:<\/p>\n<blockquote><p>Rrose S\u00e9lavy conna\u00eet bien le marchand du sel<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>La polys\u00e9mie est \u00e0 m\u00eame d&rsquo;abattre la cloison illusoire de la r\u00e9alit\u00e9 et nous projette dans une \u00e9ternit\u00e9 d&rsquo;arch\u00e9types. Arch\u00e9types \u00e9ternels, tels sont aussi les personnages des <em>Chantefables<\/em> dont l&rsquo;auteur demande des nouvelles dans sa derni\u00e8re lettre. On sait d&rsquo;ailleurs que derri\u00e8re ces r\u00e9cits esquiss\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;air innocent de comptine, se cachent des allusions \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 (nous nous limitons \u00e0 rappeler qu&rsquo;en argot \u00ab hippocampe \u00bb a le sens d&rsquo;\u00ab insoumis \u00bb<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>) et des messages \u00e9thiques non n\u00e9gligeables : le ch\u00e2timent de l&rsquo;escargot est une condamnation de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme, l&rsquo;attitude de l&rsquo;hippocampe est une exaltation de l&rsquo;abn\u00e9gation, l&rsquo;amertume du crocodile marque le triomphe de l&rsquo;intelligence sur la force. De m\u00eame, l&rsquo;opposition entre le grand ours enferm\u00e9 dans une cage et la grande ourse dans le po\u00e8me \u00ab\u00a0L&rsquo;ours\u00a0\u00bb (qui n&rsquo;est pas sans rappeler le <em>Spectacle interrompu<\/em> de Mallarm\u00e9), l&rsquo;antanaclase entre <em>un<\/em> blaireau et <em>le<\/em> blaireau dans le po\u00e8me <em>Le blaireau<\/em>, ainsi que le dialogisme et la prosopop\u00e9e mis en place dans maints autres po\u00e8mes desnosiens, remettent en question l&rsquo;anthropocentrisme :<\/p>\n<blockquote><p>Le blaireau<\/p>\nPour faire ma barbe<br \/>\nje veux <strong>un<\/strong> blaireau,<br \/>\nGraine de rhubarbe,<br \/>\nGraine de poireau.\nPar mes poils de barbe!<br \/>\nS&rsquo;\u00e9crie <strong>le<\/strong> blaireau,<br \/>\nGraine de rhubarbe,<br \/>\nGraine de poireau,\nTu feras ta barbe<br \/>\nAvec un poireau,<br \/>\nGraine de rhubarbe<br \/>\n<strong>T&rsquo;auras pas ma peau<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a>. <\/strong><\/blockquote>\n<p>Les fragments des lettres et les esquisses consign\u00e9es dans <em>R\u00e9flexions sur la po\u00e9sie<\/em> et dans <em>Notes \u00e0 Calixto<\/em>, recomposent ainsi la mosa\u00efque d&rsquo;une po\u00e9tique qui est aussi une \u00e9thique visant \u00e0 assurer la dignit\u00e9 et la libert\u00e9 de tout \u00eatre humain, dans un cosmos per\u00e7u comme une \u00e9ternelle m\u00e9tamorphose. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;auteur insiste sur l&rsquo;importance d&rsquo;une po\u00e9sie attentive \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 et, par cons\u00e9quent, fugitive, mais capable de d\u00e9jouer la censure sous l&rsquo;Occupation. C&rsquo;est ce courage que son ami Paul \u00c9luard lui reconna\u00eet dans l&rsquo;allocution prononc\u00e9e le 15 octobre 1945 \u00e0 la L\u00e9gation tch\u00e8que \u00e0 Paris<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>, pour c\u00e9l\u00e9brer le retour des cendres de Desnos :<\/p>\n<blockquote>Chers amis tch\u00e8ques,<br \/>\n[&#8230;] <strong>Jusqu&rsquo;\u00e0 la mort, Desnos a lutt\u00e9 pour la libert\u00e9.<\/strong> Tout au long de ses po\u00e8mes l&rsquo;id\u00e9e de libert\u00e9 court comme un feu terrible, le mot libert\u00e9 claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La po\u00e9sie de Desnos, c&rsquo;est <strong>la po\u00e9sie du courage<\/strong>. Il a toutes les audaces possibles de pens\u00e9e et d&rsquo;expression. Il va vers l&rsquo;amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante tr\u00e8s haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d&rsquo;un peuple soumis \u00e0 la prudence, \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie, \u00e0 la patience [&#8230;]<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, Desnos, arr\u00eat\u00e9 le 22 f\u00e9vrier 1944, assuma sa coh\u00e9rence, au-del\u00e0 de tout fanatisme, au-del\u00e0 de toute partialit\u00e9 et au-del\u00e0 de toute hypocrisie, ainsi qu&rsquo;en t\u00e9moigne cette lettre prononc\u00e9e en hommage au po\u00e8te, en 2015, par Andr\u00e9 Bessi\u00e8re qui rencontra Desnos dans le camp de Royallieu le 21 mars 1944. Ils firent partie tous les deux du \u00ab convoi des tatou\u00e9s \u00bb<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>\u00a0; 1700 hommes subirent la d\u00e9portation de Compi\u00e8gne le 27 avril, pour arriver bien moins nombreux \u00e0 Auschwitz le 30 avril, continuer \u00e0 Buchenwald le 14 mai, \u00e0 Flossenburg le 25 mai, \u00e0 Fl\u00f6ha le 2 juin et terminer \u00ab la marche de la mort \u00bb du 14 avril 1945 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Terezin le 7 mai 1945.<\/p>\n<blockquote><p>Mars 2015<\/p>\nMon cher Robert,<br \/>\nC\u00e9l\u00e9brer en ce printemps 2015 les 70 ans de la lib\u00e9ration des camps de concentration, c&rsquo;est aussi comm\u00e9morer ton d\u00e9c\u00e8s, toi mon regrett\u00e9 compagnon de paillasse de Fl\u00f6ha, toi qui vis toujours en moi.<br \/>\nJe te revois dans cette \u00e9curie de la mort d&rsquo;Auschwitz Birkenau o\u00f9 tout en toi se r\u00e9voltait contre la rumeur d&rsquo;une mort programm\u00e9e. Alors que nous \u00e9tions tous terrass\u00e9s, tu allais de groupe en groupe, t&#8217;emparais ici et l\u00e0 d&rsquo;une main pour en lire les lignes \u00e0 haute voix. Quel que soit le sujet le d\u00e9nouement \u00e9tait toujours idyllique apr\u00e8s d&rsquo;extravagantes aventures mais tu parlais d&rsquo;avenir avec une telle certitude, une telle force de conviction, que les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de l&rsquo;instant d&rsquo;avant oubliaient leur mis\u00e9rable condition et se reprenaient \u00e0 esp\u00e9rer.<br \/>\nJe t&rsquo;entends encore certains dimanches apr\u00e8s-midi, lors de notre court repos de la semaine, interpr\u00e9ter bien des r\u00eaves, toujours de fa\u00e7on humoristique \u00e0 haute voix et \u00e0 la cantonade.<br \/>\nDe m\u00eame le soir, avant l&rsquo;extinction des feux, j&rsquo;\u00e9tais tout ou\u00efe lorsque tu nous confiais des bribes de ton tumultueux pass\u00e9 \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s. Tes talents de conteur donnaient des couleurs \u00e0 ton r\u00e9cit dans lequel \u00e9voluaient des artistes et des \u00e9crivains qui se forgeaient une r\u00e9putation que l&rsquo;apr\u00e8s-guerre allait asseoir : Madeleine Renaud, Jean-Louis Barrault, Picasso, Pr\u00e9vert, Mouloudji&#8230;<br \/>\n\u00c0 force de c\u00f4toyer le pire, ces sombres pressentiments devaient te ronger, comme le soir o\u00f9, apr\u00e8s une pendaison o\u00f9 nous \u00e9tions tenus d&rsquo;assister, je me rappelle tes propos, comme si tu te parlais \u00e0 toi-m\u00eame :<br \/>\n<strong>\u00ab On se croit fort, mais dans le fond on passe sa vie \u00e0 se distraire de la mort. On attend des tas de choses tout au long du parcours puis, brutalement, on se trouve en face de la seule, de l&rsquo;authentique attente : la mort, preuve irr\u00e9futable de l&rsquo;absurdit\u00e9 de la vie. Et c&rsquo;est le tragique de la mort qui transforme la vie en destin. \u00bb<br \/>\n<\/strong>Apr\u00e8s la s\u00e9v\u00e8re correction que deux kapos t&rsquo;avaient administr\u00e9e, tu n&rsquo;\u00e9tais plus le m\u00eame. Ta verve s&rsquo;\u00e9tait tarie. Tu as peu \u00e0 peu vers\u00e9 dans l&rsquo;obsession de raconter un jour ce que nous vivions, ce que nous subissions, et tu m&rsquo;avais confi\u00e9 ton obsession :<br \/>\n<strong>\u00ab Vois-tu, il faudra que le monde sache, il faudra le dire et l&rsquo;\u00e9crire mais l&rsquo;\u00e9norme difficult\u00e9 consistera \u00e0 trouver les mots appropri\u00e9s pour \u00eatre cr\u00e9dible sans sombrer dans le path\u00e9tique de feuilleton. \u00bb<br \/>\n<\/strong>Tu n&rsquo;as pas eu la chance de rentrer et ce n&rsquo;est que bien des ann\u00e9es plus tard que j&rsquo;ai compris ton message. Mon cher Robert, tu me passais le relais de ton obsession.<br \/>\nCette obsession, je l&rsquo;ai faite mienne et j&rsquo;ai \u00e9crit notre trag\u00e9die en veillant \u00e0 ne pas trahir l&rsquo;h\u00e9ritage dont je me suis senti le d\u00e9positaire.\nAndr\u00e9<br \/>\n185074<br \/>\n9377<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a><\/blockquote>\n<p>La pr\u00e9sence de la mort et l&rsquo;exigence de documenter, de raconter la vie avec des mots secs et sinc\u00e8res repr\u00e9sente, en fait, un fil rouge tout au long de la production de l&rsquo;auteur. Nous nous quitterons sur la citation des deux strophes centrales du po\u00e8me <em>Chant pour la belle saison<\/em> car, bien qu&rsquo;il remonte \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente, il appara\u00eet de nos jours d&rsquo;une actualit\u00e9 br\u00fblante et atteste chez Desnos de la qu\u00eate inlassable de l&rsquo;humain et de la transmission, jusqu&rsquo;au bout, de son amour de la vie :<\/p>\n<blockquote>Je chante ce soir non ce que nous devons combattre<br \/>\nMais ce que nous devons d\u00e9fendre.<br \/>\nLes plaisirs de la vie.<br \/>\nLe vin qu&rsquo;on boit avec ses camarades.<br \/>\nL&rsquo;amour.<br \/>\nLe feu en hiver.<br \/>\nLa rivi\u00e8re fra\u00eeche en \u00e9t\u00e9.<br \/>\nLa viande et le pain de chaque repas.<br \/>\nLe refrain que l&rsquo;on chante en marchant sur la route.<br \/>\nLe lit o\u00f9 l&rsquo;on dort.<br \/>\nLe sommeil, sans r\u00e9veils en sursaut, sans angoisse du lendemain.\nLe loisir.<br \/>\nLa libert\u00e9 de changer de ciel.<br \/>\nLe sentiment de la dignit\u00e9 et beaucoup d&rsquo;autres choses<br \/>\nDont on ose refuser la possession aux hommes<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>.<\/blockquote>\n<p>Si ces vers, d&rsquo;une part, font venir \u00e0 l&rsquo;esprit les r\u00e9flexions de son ami Raymond Queneau dans l&rsquo;article <em>La l\u00e9gende de Desnos<\/em> (\u00ab Il collait au quotidien, il en acceptait les responsabilit\u00e9s \u00bb<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>), ils renvoient, d&rsquo;autre part, \u00e0 un commentaire dans le roman de Dominique Desanti, qui, \u00e0 notre sens, r\u00e9sume bien l&#8217;empathie que les po\u00e8mes de l&rsquo;auteur sont capables de susciter :<\/p>\n<blockquote><p>Robert avait le don de se citer sans le dire, comme celui de commencer \u00e0 vous communiquer un po\u00e8me sur le ton de la conversation, quitte, au fur et \u00e0 mesure que le texte l&rsquo;entra\u00eenait, \u00e0 le scander, en accentuant \u00e0 peine, sans d\u00e9clamation aragonienne, sans majest\u00e9 bretonienne, sans d\u00e9rision p\u00e9retiste, sans exag\u00e9ration tzaresque. \u00c9luard et lui partageaient ce pouvoir de faire entrer leurs textes dans la vie sans guillemets. Il y faut sans doute une grande proximit\u00e9 avec l&rsquo;auditeur et la conviction intime que la po\u00e9sie est donn\u00e9e \u00e0 chacun quand on la lui tend simplement, comme un verre d&rsquo;eau<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Silvia Ferrari<\/em><\/strong><\/p>\n<p>__________________________________________<\/p>\n<p><em>Corpus\u00a0:<\/em><\/p>\n<p>Desnos, Robert, <em>Nouvelles H\u00e9brides et autres textes 1923-1930, <\/em>\u00e9dition \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Marie-Claire Dumas, Gallimard, Paris, 1978\u00a0: Lettre \u00e0 Jacques Doucet (sans date, 18\/08\/1923), p. 505-506.<\/p>\n<p>Desnos, Robert, <em>\u0152uvres,<\/em> \u00e9dition \u00e9tablie et pr\u00e9sent\u00e9e par Marie-Claire Dumas, Paris, Gallimard, 2011: Lettre de Pierre Pascal \u00e0 Robert Desnos (1942), p. 882\u00a0; Lettre \u00e0 Youki (7\/01\/1945), p. 1278-1279.<\/p>\n<p><em>Desnos pour l&rsquo;an 2000<\/em>, colloque de Cerisy-la-Salle, textes r\u00e9unis par Katharine Conley et Marie-Claire Dumas, Gallimard, 2000\u00a0: Lettres \u00e0 Georges Gautr\u00e9 (1919-1923), p. 373-386.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;\u00c9toile de mer<\/em>, nouvelle s\u00e9rie, cahier Robert Desnos, publi\u00e9 par l&rsquo;association des Amis de Robert Desnos\u00a0:<\/p>\n&#8211; Cahier n\u00b0 1, 2008, <em>Desnos et les Milhaud<\/em>, \u00a0Pr\u00e9sent\u00e9 par Thomas Simonnet, Lettres de Desnos aux Milhaud (1936-1941), p. 40-50.<br \/>\n&#8211; Cahier n\u00b0 6, 2015, <em>Desnos et la guerre, 1939-1945<\/em>, textes r\u00e9unis par Marie-Claire Dumas et Jacques Fraenkel, Lettre d&rsquo;Andr\u00e9 Bessi\u00e8re \u00e0 Robert Desnos (mars 2015), p.12-13\u00a0; Lettre de Desnos \u00e0 Gaston Criel (18\/02\/1940), p.18.<br \/>\n&#8211; Cahier n\u00b0 20, 2020 <em>Jean Carrive, Andr\u00e9 Breton, Robert Desnos, Pierre Picon et Simone Kahn,\u00a0Une correspondance surr\u00e9aliste en 1923<\/em>, textes r\u00e9unis par Marie-Claire Dumas, p. 17-130.\n<p><em>L&rsquo;Herne<\/em>, 1987, <em>Robert Desnos<\/em>. Marie-Claire Dumas (dr.). \u00a0Lettre \u00e0 Paul \u00c9luard (8\/10\/1942), p. 304-305.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;Herne, 2014, Pablo Picasso. <\/em>Laurent Wolf et Androula Michael (dr.) <em>Lettres de Robert et Youki Desnos, p. 285-299.<\/em><\/p>\n<p>Lettre \u00e0 Armand Salacrou (1931; DSN BLJD: Ms 47047, corpus num\u00e9ris\u00e9: (http:\/\/bljd.sorbonne.fr\/ark:\/naan\/a011441804310Lxhijd)<\/p>\n<p>__________________________________________<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 Robert Desnos,<em> \u0152uvres<\/em>, \u00e9dition \u00e9tablie et pr\u00e9sent\u00e9e par Marie-Claire Dumas, Paris, Gallimard, 1999, p. 508.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a><em>\u00a0\u00a0\u00a0 Ibid.<\/em>, p. 507.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Andr\u00e9 Guyaux, \u00ab\u00a0Pr\u00e9face\u00a0\u00bb in Charles Baudelaire, <em>Fus\u00e9es. Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu et autres fragments posthumes<\/em>. \u00c9dition d&rsquo;Andr\u00e9 Guyaux, pp. 7-41: ici p. 35-36.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Charles Baudelaire, <em>Fus\u00e9es&#8230;<\/em>, cit., p. 148.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 126.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Charles Baudelaire, <em>I fiori del male. <\/em>Traduzione e cura di Antonio Prete. Testo originale a fronte, Milano, Feltrinelli, 2010, p. 89.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Lettre de Robert Desnos \u00e0 Georges Gautr\u00e9, [1920], Katharine Conley et Marie-Claire Dumas (dir.), <em>Desnos pour l&rsquo;an 2000<\/em>,\u00a0 colloque de Cerisy-la-Salle, Paris, Gallimard, 2000, pp. 375-378. C&rsquo;est nous qui soulignons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00a0Lettre de Robert Desnos \u00e0 Jean Carrive, [cachet de la poste: 23 f\u00e9vrier 1923], in <em>Id<\/em>., <em>Jean Carrive, Andr\u00e9 Breton, Robert Desnos, Pierre Picon et Simone Kahn,\u00a0Une correspondance surr\u00e9aliste en 1923<\/em>,\u00a0 r\u00e9unie et annot\u00e9e par Marie-Claire Dumas, \u00abL&rsquo;\u00c9toile de mer\u00bb, Cahier, nouvelle s\u00e9rie, n\u00b0 20, 2020, p. 22. C&rsquo;est nous qui soulignons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Lettre de Robert Desnos \u00e0 Jean Carrive, [cachet de la poste: 28 mars 1923], <em>Ibid<\/em>., p. 52.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Lettre de Robert Desnos \u00e0 Pierre Picon, 1<sup>er<\/sup> mai 1923, <em>Ibid.<\/em>, p. 70.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Lettre de Robert Desnos \u00e0 Jean Carrive, 2 mai 1923, <em>Ibid., <\/em>pp. 72-73<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>\u00a0 Lettre de Robert Desnos \u00e0 Jean Carrive (cachet de la poste: 10 juillet 1923), in <em>Ibid., <\/em>p. 101.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0 Lettre de Robert Desnos \u00e0 Jacques Doucet, [sans date; 18\/08\/1923], in Robert Desnos, <em>Nouvelles H\u00e9brides et autres textes<\/em>, \u00e9dition \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Marie-Claire Dumas, Paris, Gallimard, 1978, p. 505-506.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 107.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a><em>\u00a0 Ibid.<\/em>, p. 109.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a>\u00a0 <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 113.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 110.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 114. Nous soulignons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 132.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 134. Nous soulignons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Lettre de Jean Carrive \u00e0 Robert Desnos, [sans date], <em>in Jean Carrive, Andr\u00e9 Breton, Robert Desnos, Pierre Picon et Simone Kahn,\u00a0Une correspondance surr\u00e9aliste en 1923<\/em>, <em>op.cit<\/em>., p. 128.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a>\u00a0 Anne Egger, <em>op.cit<\/em>., p. 240.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a>\u00a0 Kiyoko Ishikawa, <em>Paris dans quatre textes narratifs du surr\u00e9alisme. Aragon, Breton, Desnos, Soupault,<\/em> Paris, L&rsquo;Harmattan, 1998, p. 158-159.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a>\u00a0 Robert Desnos, <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;amour! Suivi par Deuil pour deuil<\/em>, Paris, Gallimard, 1962, p. 121.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a><em>\u00a0 Ibid.<\/em>, p. 149.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a>\u00a0 Carole Arouet (dir.), <em>L&rsquo;\u00e9toile de mer. Po\u00e8me de Robert Desnos tel que l&rsquo;a vu Man Ray<\/em>, Rome, Gremese, 2018, p. 101-102.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a>\u00a0 Robert Desnos, \u00ab\u00a0La muraille de ch\u00eane\u00a0\u00bb, <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, n\u00b0 2, 15 janvier 1925. Repris dans <em>Nouvelles H\u00e9brides<\/em>, <em>op. cit.<\/em> p. 206-207.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a>\u00a0 Robert Desnos, <em>\u0152uvres<\/em>, <em>op. cit.<\/em> p. 263.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Robert Desnos, <em>C&rsquo;est les bottes de 7 lieues cette phrase \u00abJe me vois\u00bb<\/em>, avec quatre eaux fortes d&rsquo;Andr\u00e9 Masson, \u00e9ditions de la galerie Simon, Paris, 1926.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a>\u00a0 Robert Desnos, <em>Destin\u00e9e arbitraire<\/em>, \u00e9dition de Marie-Claire Dumas, Paris, Gallimard, p. 52.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Paris, Klincksieck, 1980, p. 354 et <em>sq<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a>\u00a0 Robert Desnos, <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;amour !<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 62.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 114.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a>\u00a0 Cf. Chantal Jaquet et alii, <em>Spinoza, philosophe de l&rsquo;amour<\/em>, Saint-Etienne, Presses Universitaires Saint-Etienne, 2006.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a>\u00a0 Lettre de Robert Desnos \u00e0 Armand Salacrou: manuscrit autographe [sans date; 1931]: Ms Ms 47047. Num\u00e9ris\u00e9: <a href=\"http:\/\/bljd.sorbonne.fr\/ark:\/naan\/a011441804310Lxhijd\/17f26a8526\">http:\/\/bljd.sorbonne.fr\/ark:\/naan\/a011441804310Lxhijd\/17f26a8526<\/a> (consult\u00e9 le 2 mai 2022).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Lettre de Robert Desnos \u00e0 Gaston Criel, [18\/02\/1940], in <em>Desnos et la guerre, 1939-1945<\/em>, \u00ab L&rsquo;\u00c9toile de mer \u00bb, Cahier, nouvelle s\u00e9rie, n\u00b0 6, 2015, p. 18.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a>\u00a0 Cf. Anne Egger, <em>op. cit<\/em>., p. 857.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Robert Desnos, \u00abChroniques des temps pr\u00e9sents\u00bb, 16 septembre 1942, in\u00a0 Id., <em>\u0152uvres<\/em>, <em>op. cit.<\/em> p. 877.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a>\u00a0 Lettre de Pierre Pascal \u00e0 Robert Desnos, [septembre 1942], Robert Desnos, <em>op.cit.<\/em> p. 882.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a>\u00a0 Lettre de Robert Desnos \u00e0 Paul \u00c9luard, [8\/10\/1942], in AA.VV., <em>Robert Desnos<\/em>, Paris, L&rsquo;Herne, 1987, p. 304-305.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a>\u00a0 Lettre de Youki Desnos \u00e0 Pablo Picasso, [21\/05\/1944], in AA.VV., <em>Pablo Picasso<\/em>, Paris, L&rsquo;Herne, 2014, p. 296.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a>\u00a0 Cf. Anne Egger, <em>op. cit<\/em>., p. 247.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a>\u00a0 Lettre de Robert Desnos \u00e0 Youki Desnos, [7\/01\/1945], Robert Desnos, <em>op. cit.<\/em> p. 1278-1279.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 503.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> Robert Desnos, <em>Rrose S\u00e9lavie. <\/em><em>Rrosa La Vita<\/em>, traduzione e cura di Nicola Ferrari, Genova, San Marco dei Giustiniani, 2021, p. 32. L&rsquo;auteur y fait r\u00e9f\u00e9rence aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude suivante : Maurizio Calvesi, <em>La tradizione esoterica in Duchamp e nel surrealismo<\/em>, in AA. VV., <em>Studi sul surrealismo<\/em>, 1977, p. 126.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a>\u00a0 Robert Desnos, <em>\u0152uvres<\/em>, cit., p. 503.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a>\u00a0 Cf. Anne Egger, <em>op. cit.<\/em>, p. 953.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a><em>\u00a0 Ibid<\/em>., p. 1338. Nous soulignons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a>\u00a0 Publi\u00e9e le 20 octobre 1945 dans <em>Les lettres fran\u00e7aises<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a>\u00a0 Paul \u00c9luard, <em>Jusqu&rsquo;\u00e0 la mort&#8230;<\/em>, dans Robert Desnos, <em>Desnos et la guerre, 1939-1945<\/em>, \u00ab L&rsquo;\u00c9toile de mer\u00bb, Cahier, nouvelle s\u00e9rie, n\u00b0 6, 2015, p. 89. Nous soulignons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a>\u00a0 Cf. Andr\u00e9 Bessi\u00e8re, \u00ab\u00a0De Compi\u00e8gne \u00e0 Terezin avec Desnos\u00a0\u00bb, <em>Desnos pour l&rsquo;an 2000<\/em>, <em>op.cit.<\/em>., p. 310-325.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a>\u00a0 Lettre (hommage posthume) d&rsquo;Andr\u00e9 Bessi\u00e8re \u00e0 Robert Desnos, [mars 2015], in Robert Desnos, <em>Desnos et la guerre, 1939-1945<\/em>, \u00abL&rsquo;\u00c9toile de mer\u00bb, Cahier, nouvelle s\u00e9rie, n\u00b0 6, 2015, p. 12-13. Nous soulignons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a>\u00a0 Robert Desnos, <em>Destin\u00e9e arbitraire<\/em>, cit., p. 157-158.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> Cf. Raymond Queneau, \u00ab\u00a0La l\u00e9gende de Desnos\u00a0\u00bb, <em>Simoun<\/em> n\u00b0 22-23, 1956.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a>\u00a0 Dominique Desanti, <em>Robert Desnos, le roman d&rsquo;une vie<\/em>, Paris, Mercure de France, 1999, p. 200-201.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Les mots malgr\u00e9 tout nous restent comme seule arme \u00bb : la mosa\u00efque d&rsquo;une \u00e9thique et d&rsquo;une esth\u00e9tique du bonheur dans la correspondance de Robert Desnos \u00a0 Avant de se pencher sur les passages des lettres les plus embl\u00e9matiques dans notre perspective, nous citerons deux aphorismes des ann\u00e9es 1922-23 qui esquissent d\u00e9j\u00e0, dans leur &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=761\"> <span class=\"screen-reader-text\">Silvia Ferrari<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-761","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-et-communications"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/761","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=761"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/761\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":961,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/761\/revisions\/961"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=761"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=761"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=761"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}