{"id":1058,"date":"2024-02-16T11:33:59","date_gmt":"2024-02-16T10:33:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=1058"},"modified":"2024-05-16T16:44:28","modified_gmt":"2024-05-16T14:44:28","slug":"la-semelle-et-le-brochet-autour-de-la-correspondance-de-georges-malkine-et-robert-desnos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=1058","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La semelle et le brochet\u00a0\u00bb Autour de la correspondance de Georges Malkine et Robert Desnos"},"content":{"rendered":"\n\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Nuit-dAmour-Malkine-1926-coll.-part.-reproduite-dans-la-RS-n\u00b07-juin-1926.jpg\" alt=\"Georges Malkine, Nuit d'Amour, 1926, coll. part., reproduit dans La R\u00e9volution Surr\u00e9aliste, n\u00b07, juin 1926\" itemprop=\"image\" height=\"1322\" width=\"2048\" title=\"Nuit d'Amour - Malkine - 1926 coll. part. - r\u00e9produite dans la RS, n\u00b07, juin 1926\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\tGeorges Malkine, Nuit d&rsquo;Amour,  1926, coll. part., reproduit dans La R\u00e9volution Surr\u00e9aliste, n\u00b07, juin 1926\n\t<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>Le titre de cette contribution est pr\u00e9somptueux car les lettres que j&rsquo;ai pu consulter ne constituent pas une v\u00e9ritable correspondance. En effet, malheureusement, nous n&rsquo;avons pas aujourd&rsquo;hui les lettres de Robert Desnos, si ce n&rsquo;est une carte postale et un message laiss\u00e9 vraisemblablement quand le peintre et le po\u00e8te vivaient rue Blomet, dans l&rsquo;ancien atelier d&rsquo;Andr\u00e9 Masson, qui nous laisse un mince t\u00e9moignage sur leur quotidien. Amput\u00e9e de la voix de Robert Desnos, cette correspondance, ou les traces de cette correspondance, est n\u00e9anmoins tr\u00e8s riche. Conserv\u00e9e \u00e0 la Biblioth\u00e8que Litt\u00e9raire Jacques Doucet dans le fonds Robert Desnos il s&rsquo;agit mat\u00e9riellement de 57 lettres, de 11 cartes postales, d&rsquo;une carte de visite de Malkine, de 2 t\u00e9l\u00e9grammes et des quelques feuilles autographes de la main de Malkine et aussi de Desnos<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. De cet ensemble d&rsquo;environ 70 documents, seulement une trentaine est pr\u00e9cis\u00e9ment dat\u00e9e par l&rsquo;auteur. Les lettres vont de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1924 au d\u00e9but de 1932 mais se concentrent surtout autour des ann\u00e9es 1925-1926. Elles manifestent\u00a0 la grande amiti\u00e9 entre Georges Malkine et Robert Desnos qui se sont connus en 1922 mais \u00e9galement montrent la travers\u00e9e de Malkine dans la vague du surr\u00e9alisme qui d\u00e9ferle \u00e0 partir de la publication du <em>Manifeste<\/em> et du premier num\u00e9ro de la <em>R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Si en effet, comme toute correspondance, ces lettres r\u00e9v\u00e8lent l&rsquo;intimit\u00e9 du scripteur, dans ses moments d&rsquo;euphorie et d&rsquo;entente mais aussi de d\u00e9tresse et solitude, elles laissent appara\u00eetre une sociabilit\u00e9 particuli\u00e8rement ample et dynamique qui d\u00e9passe l&rsquo;exp\u00e9diteur et le destinataire eux-m\u00eames. Cette sociabilit\u00e9 est le r\u00e9sultat des nombreuses activit\u00e9s du mouvement et des tensions personnelles et intellectuelles qui traversent le groupe \u00a0\u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Loin de Paris au moment de la sortie du <em>Manifeste<\/em> et de la <em>R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, entre 1924 et 1925, depuis Nice, o\u00f9 il est secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de services urbains, Malkine souhaite souvent avoir des nouvelles du groupe et recevoir les publications qui se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme tr\u00e8s soutenu. Le 29 septembre 1924, il demande \u00e0 Desnos un exemplaire des <em>Pas perdus<\/em> de Breton<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> et un mois apr\u00e8s il lui \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>D&rsquo;accord quant au \u00ab\u00a0Cadavre\u00a0\u00bb (que je n&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs pas du tout re\u00e7u). Ce sont des petits trucs qui sentent mauvais, la fatigue, etc. Ne m&rsquo;oublie pas pour un exemplaire 1<sup>er<\/sup> cat\u00e9gorie de <em>Deuil pour Deuil<\/em>, et dis-moi ce que je devrais \u00e0 Kra d\u00e8s que tu le sauras. Dis donc si tu as des sous, veux tu m&rsquo;envoyer un ex. des <em>7 manifestes <\/em>de Tzara. Je te renverrai \u00e7a imm\u00e9diatement. Beaucoup d&rsquo;excuse pour tous ces emmerdements que je te procure, mais je suis ici dans la brousse (Et ce n&rsquo;est m\u00eame pas vrai, malheureusement, malheureusement). O\u00f9 en sont tes rapports avec AB et FP\u00a0? Et entre eux\u00a0? Et tous ces petits messieurs\u00a0? Et ta collaboration \u00e0 la <em>R\u00e9v[olution] Surr<\/em>.\u00a0?<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Les lectures sont toujours une bonne compagnie quand on\u00a0est \u00ab\u00a0dans la brousse\u00a0\u00bb comme l&rsquo;\u00e9crit Malkine. Mais s&rsquo;il cherche \u00e0 rester inform\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;art et des nouveaut\u00e9s artistiques et litt\u00e9raires \u00e0 travers les publications, il s&rsquo;enquiert aussi des rapports, toujours tr\u00e8s turbulents, qui animent le groupe comme le r\u00e9v\u00e8lent les interrogations en conclusion de la lettre et l&rsquo;\u00e9vocation sarcastique de \u00ab\u00a0petits messieurs\u00a0\u00bb. La question des rapports entre Desnos et \u00ab\u00a0AB\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0FB\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir Andr\u00e9 Breton et Francis Picabia, se r\u00e9f\u00e8re sans aucun doute \u00e0 la querelle entre Breton et Picabia qui depuis l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1924 envenimait aussi les relations entre Breton et Desnos, au point que celui-ci h\u00e9sitait m\u00eame \u00e0 participer \u00e0 la naissance de la nouvelle revue<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. En effet, dans une vis\u00e9e d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie sur l&rsquo;avant-garde parisienne, Picabia avait publi\u00e9 en mai 1924 un num\u00e9ro, le 16, de sa revue <em>391<\/em> qui sommeillait depuis 1921 et l&rsquo;avait intitul\u00e9 de mani\u00e8re provocatrice et peut-\u00eatre parodique, \u00ab\u00a0superr\u00e9alisme\u00a0\u00bb. Dans le num\u00e9ro suivant en juin figurait un texte de Desnos, \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00c9toile au front\u00a0\u00bb, o\u00f9, en faisant\u00a0 l&rsquo;\u00e9loge du g\u00e9nie de Raymond Roussel, le po\u00e8te c\u00e9l\u00e9brait les \u00ab\u00a0rencontres impr\u00e9vues\u00a0\u00bb d&rsquo;o\u00f9 naissent les mythologies. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une formulation de cette po\u00e9tique de l&rsquo;image surr\u00e9aliste illustr\u00e9e dans le <em>Manifeste<\/em> de Breton de 1924 qui combinait le plan esth\u00e9tique au plan \u00e9thique avec le rapprochement fortuit de termes \u00e9loign\u00e9s, dans le sillage de la po\u00e9sie de Lautr\u00e9amont et Reverdy, et de la d\u00e9couverte des associations inconscientes de la psychanalyse<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Pourtant, Malkine n&rsquo;est pas r\u00e9solu \u00e0 vivre cette distance dans un r\u00f4le de simple spectateur des querelles et des activit\u00e9s du groupe. Il ne veut pas simplement \u00eatre mis au courant<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Il veut participer aux activit\u00e9s comme en t\u00e9moigne dans cette lettre son accord pour le tract \u00ab\u00a0Un cadavre\u00a0\u00bb contre Anatole France publi\u00e9 en octobre 1924. Dans ce pamphlet aucune trace de sa contribution, ni de sa signature, absence qu&rsquo;il regrettera \u00e9nergiquement aupr\u00e8s de Desnos dont la signature n&rsquo;est pas pr\u00e9sente non plus\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 d&rsquo;autre point de vue, je suis moins content. Je te fais juge\u00a0: c&rsquo;est un m\u00e9decin revenant de Saigon qui le premier m&rsquo;a parl\u00e9 du n\u00b0 de la R.S. o\u00f9 il a vu ma photo et mon nom (MOLKINE)<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Me laissera-t-on tomber avec ce n\u00b0 comme avec le \u00ab\u00a0cadavre\u00a0\u00bb\u00a0? Franchement, c&rsquo;est d&rsquo;un chic. N&rsquo;y a-t-il personne \u00e0 la RS qui soit charg\u00e9, ou pri\u00e9 d&rsquo;assumer aux absents le service des publications\u00a0? Es-tu d&rsquo;avis que j&rsquo;\u00e9crive officiellement au Bureau des recherches surr. (15 r. de Grenelle\u00a0?) pour demander compte de cette n\u00e9gligence\u00a0? Pense-t-on que la R.S.\u00a0 [publient] +\u00a0sieurs [sic] nos\u00a0? Si oui, que dois-je faire pour esp\u00e9rer les avoir? <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 cet accident concernant le \u00ab\u00a0cadavre\u00a0\u00bb, c&rsquo;est en effet d\u00e8s l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1924 que son nom commence \u00e0 figurer en bas des d\u00e9clarations collectives du surr\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Par ailleurs, se tenir inform\u00e9 et participer aux d\u00e9clarations collectives ne suffisent pas \u00e0 Malkine. M\u00eame si loin de Paris et du cercle des surr\u00e9alistes, il para\u00eet vouloir <em>pratiquer<\/em> v\u00e9ritablement le surr\u00e9alisme malgr\u00e9 les lourdes t\u00e2ches que son occupation \u00e0 Nice lui impose. Il suit ainsi de tr\u00e8s pr\u00e8s l&rsquo;intimation de Breton dans le <em>Manifeste<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0qu&rsquo;on se donne seulement la peine de <em>pratiquer<\/em> la po\u00e9sie\u00a0\u00bb. Et pratiquer la po\u00e9sie ne signifie pas seulement l&rsquo;\u00e9crire mais veut dire surtout la vivre.<\/p>\n<p><strong>Malkine surr\u00e9aliste \u00e0 Nice <\/strong><\/p>\n<p>Les lettres de Malkine \u00e0 Desnos sont, \u00e0 cet \u00e9gard, tr\u00e8s int\u00e9ressantes. En mars 1925, enthousiaste apr\u00e8s la lecture du <em>Manifeste<\/em>, il envoie \u00e0 Desnos un texte surr\u00e9aliste d&rsquo;\u00e9criture automatique qui sera publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 4 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> en juillet 1925, accompagn\u00e9 par ces mots\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>On peut imprimer ce que je t&rsquo;ai envoy\u00e9. Tant que tu feras partie de cette Revue. En somme, \u00e7a doit \u00eatre assez\u00a0: \u00ab ces contes pour grandes personnes\u00a0; ces esp\u00e8ces d&rsquo;araign\u00e9es\u00a0\u00bb dont parle Breton\u00a0? Le surr\u00e9alisme m&rsquo;an\u00e9antit. <u>Dans la vie<\/u>. Exemple\u00a0: hier matin, le directeur de la C<sup>e<\/sup> G\u00e9n-le des P\u00e9troles me demandait\u00a0: \u00ab\u00a0Pourrais-je revenir vous voir la semaine prochaine ?\u00a0\u00bb et j&rsquo;ai r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0La semelle et le brochet\u00a0\u00bb. La lucidit\u00e9 l&#8217;emporte de moins en moins fr\u00e9quemment sur le d\u00e9lire, et je sens que j&rsquo;ai totalement perdu \u00ab\u00a0le fil des id\u00e9es\u00a0\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire que je l&rsquo;ai d\u00e9couvert. O\u00f9 cela ira-t-il. Il y a longtemps que j&rsquo;ai d\u00e9pass\u00e9 le stade des obsessions et des hallucinations. Ce n&rsquo;est plus le subconscient qui est fou, maintenant, mais le conscient. Tu comprends. C&rsquo;est tellement <u>grave<\/u>, que j&rsquo;en suis heureux. Il faut donc que je fasse tr\u00e8s attention. Mais j&rsquo;ai un atout merveilleux\u00a0: jamais je n&rsquo;aurai <u>confiance en moi<\/u>. C&rsquo;est <u>d\u00e9licieux<\/u>. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 un chapeau de paille, et je me fais faire un complet-scandale<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>La citation \u00ab ces contes pour grandes personnes\u00a0; ces esp\u00e8ces d&rsquo;araign\u00e9es\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence au passage sur le merveilleux dans le<em> Manifeste<\/em> et nous sugg\u00e8re de lire le texte de Malkine comme une v\u00e9ritable r\u00e9flexion sur les propositions de Breton qui invite \u00e0 pousser les limites du sens dans l&rsquo;\u00e9criture pour atteindre ainsi le merveilleux. Voici ce que ce dernier affirme\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Le tissu des invraisemblances adorables demande a\u0300 \u00eatre un peu plus fin, a\u0300 mesure qu&rsquo;on avance, et l&rsquo;on en est encore a\u0300 attendre ces esp\u00e8ces d&rsquo;araign\u00e9es. Mais les facult\u00e9s ne changent radicalement pas. La peur, l&rsquo;attrait de l&rsquo;insolite, les chances, le go\u00fbt du luxe, sont ressorts auxquels on ne fera jamais appel en vain. Il y a des contes a\u0300 \u00e9crire pour les grandes personnes, des contes encore presque bleus<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Or, Malkine ne pousse pas les limites seulement dans l&rsquo;\u00e9criture. Il semble vouloir les franchir dans la vie-m\u00eame, comme le r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;anecdote de sa r\u00e9ponse totalement extravagante formul\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du directeur g\u00e9n\u00e9ral de la compagnie des P\u00e9troles. Comme il l&rsquo;avoue, sa vie consciente est an\u00e9antie par le \u00ab\u00a0surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, au sens o\u00f9 le subconscient envahit la partie consciente de la pens\u00e9e, ou, selon les termes de Malkine lui-m\u00eame, le \u00ab\u00a0d\u00e9lire\u00a0\u00bb remplace la \u00ab\u00a0lucidit\u00e9\u00a0\u00bb pour inscrire dans la r\u00e9alit\u00e9 une nouvelle logique, un nouveau \u00ab fil des id\u00e9es\u00a0\u00bb, non moins r\u00e9el. En effet, comme il l&rsquo;affirme de mani\u00e8re paradoxale, s&rsquo;il a perdu ce \u00ab\u00a0fil des id\u00e9es\u00a0\u00bb, il l&rsquo;a en m\u00eame temps \u00ab\u00a0d\u00e9couvert\u00a0\u00bb. Le refus, ou l&rsquo;accord, \u00e0 la demande du directeur \u00ab\u00a0Pourrais-je revenir vous voir la semaine prochaine ?\u00a0\u00bb ne se formule pas. La r\u00e9ponse normale et attendue est ainsi \u00e9vinc\u00e9e au profit d&rsquo;une image surprenante qui traduit la juxtaposition fortuite de deux termes \u00e9loign\u00e9s, la \u00ab\u00a0semelle\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0brochet\u00a0\u00bb. En somme, Malkine applique et pratique dans la vie quotidienne la po\u00e9tique de l&rsquo;image dont parle Breton dans le <em>Manifeste<\/em> : \u00ab\u00a0c&rsquo;est du rapprochement en quelque sorte fortuit des deux termes qu&rsquo;a jailli une lumi\u00e8re particuli\u00e8re, <em>lumi\u00e8re de l&rsquo;image<\/em>, \u00e0 laquelle nous nous montrons infiniment sensibles\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Une lumi\u00e8re probablement aveuglante pour l&rsquo;interlocuteur de Malkine car la r\u00e9ponse produit une sorte de court-circuit dans une situation de communication. Il est difficile d&rsquo;imaginer un tel \u00e9pisode dans un cadre professionnel et bien l\u00e9gitime de se demander s&rsquo;il ne rel\u00e8ve pas plut\u00f4t de la boutade pour \u00e9pater le destinataire de la lettre. N\u00e9anmoins, ce r\u00e9cit \u00e0 l&rsquo;allure humoristique entre le comique et la m\u00e9lancolie est pour autant r\u00e9v\u00e9lateur de cette initiation au surr\u00e9alisme \u00e0 corps perdu que Malkine, seul peintre selon le <em>Manifeste<\/em> de 1924 \u00e0 avoir fait preuve de \u00ab\u00a0surr\u00e9alisme <em>absolu<\/em>\u00a0\u00bb, poursuit loin de Paris. Cet \u00e9pisode et le texte pour la revue permettent donc \u00e0 Malkine de se rapprocher des exp\u00e9riences de son ami Robert Desnos, dans l&rsquo;\u00e9criture et dans la peinture comme dans la vie.<\/p>\n<p>Malkine \u00e0 l&rsquo;instar de Desnos cultive en effet l&rsquo;\u00e9criture parall\u00e8lement \u00e0 la peinture et il en parle souvent dans les lettres \u00e0 son ami. D&rsquo;apr\u00e8s celles-ci, il semblerait que le peintre associe cette pratique \u00e0 la consommation de l&rsquo;opium dont il sera d\u00e9pendant jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930. Toujours depuis Cannes, \u00e0 la lecture du deuxi\u00e8me num\u00e9ro de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> il \u00e9crit \u00e0 son ami\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Merci pour la R.S., que j&rsquo;ai bien re\u00e7u. Mais pourquoi n&rsquo;a-t-on pas r\u00e9alis\u00e9 ton projet de couverture\u00a0? La pr\u00e9sentation y eut gagn\u00e9 beaucoup. Pour le reste, sauf Breton et toi, \u00e7a ne\u00a0bande pas fort. Je suis compl\u00e8tement d\u00e9pourvu de vie morale depuis mon d\u00e9part de Paris. Pas une minute \u00e0 moi. C&rsquo;est seulement gr\u00e2ce au mistral et \u00e0 une semaine de temp\u00eates continuelles que j&rsquo;ai pu fumer un peu, et \u00e9crire autant. Des choses pas mal. Mais je suis si loin d&rsquo;\u00eatre dans l&rsquo;\u00e9tat qu&rsquo;il me faut<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Un mois apr\u00e8s, il r\u00e9it\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Ci-joint ma derni\u00e8re chose, \u00e9crite en fumant l&rsquo;opium il y a un mois, \u00e0 Cannes. Je suis bien entendu absolument incapable de la relire. Cependant je crois que l&rsquo;opium\u00a0ait aussi\u00a0une influence qui s&rsquo;accorde beaucoup avec l&rsquo;\u00e9criture surr\u00e9aliste, gr\u00e2ce au pouvoir qu&rsquo;il donne &#8211; qu&rsquo;il me donne. Je ne sais plus ce que je voulais dire. Mais enfin, une tr\u00e8s grande <u>simultan\u00e9it\u00e9<\/u><a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Comme l&rsquo;absence de contr\u00f4le exerc\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9criture automatique, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;abandon induit par l&rsquo;opium serait propice au surgissement d&rsquo;associations inattendues par la forme, le son et le sens. C&rsquo;est ce que pourrait signifier la \u00ab\u00a0grande simultan\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb dont parle Malkine. Mais cette exp\u00e9rience ne produit gu\u00e8re des r\u00e9sultats acceptables comme Malkine lui-m\u00eame, absolument incapable de relire ce qu&rsquo;il a \u00e9crit, est contraint \u00e0 l&rsquo;avouer. Or, l&rsquo;\u00e9criture, le surr\u00e9alisme \u00ab\u00a0an\u00e9antissant\u00a0\u00bb et enfin l&rsquo;exp\u00e9rience de la drogue semblent converger pour compenser cette absence de vie morale que Malkine \u00e9prouve, qu&rsquo;il \u00e9voque en des termes parfois dramatiques \u00e0 son ami Desnos et que probablement l&rsquo;opium m\u00eame ne fait qu&rsquo;exasp\u00e9rer. Avant de condamner toute drogue dans <em>Le Vin est tir\u00e9<\/em>, Desnos, initi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;opium par Yvonne George, avait consacr\u00e9 un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La Muse exigeante. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne d\u00e9esse du r\u00eave et de la mort\u00a0\u00bb o\u00f9, tout en alertant sur les dangers de la drogue, il \u00e9tablissait une liste \u00ab\u00a0d&rsquo;honorabilit\u00e9\u00a0des stup\u00e9fiants\u00a0\u00bb o\u00f9 figurait \u00e0 la premi\u00e8re place l&rsquo;opium<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. On conna\u00eet \u00e0 ce propos la position de Breton et Aragon sur l&rsquo;inspiration cr\u00e9atrice et la drogue. Le surr\u00e9alisme est un stup\u00e9fiant tout-puissant, nul besoin de recourir aux substances illicites pour faire surgir les images\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Qu&rsquo;avez-vous cherch\u00e9 jusqu&rsquo;ici dans les drogues sinon un sentiment de puissance, une m\u00e9galomanie menteuse et le libre exercice de vos facult\u00e9s dans le vide ? Le produit que j&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous pr\u00e9senter procure tout cela, procure aussi d&rsquo;immenses avantages inesp\u00e9r\u00e9s, d\u00e9passe vos d\u00e9sirs, les suscite, vous fait acc\u00e9der \u00e0 des d\u00e9sirs nouveaux, insens\u00e9s ; n&rsquo;en doutez pas, ce sont les ennemis de l&rsquo;ordre qui mettent en circulation ce philtre d&rsquo;absolu<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le surr\u00e9alisme ne permet pas a\u0300 ceux qui s&rsquo;y adonnent de le d\u00e9laisser quand il leur pla\u00eet. &#8211; \u00e9crit de son c\u00f4t\u00e9 Breton dans son <em>Manifeste<\/em> &#8211; Tout porte a\u0300 croire qu&rsquo;il agit sur l&rsquo;esprit a\u0300 la mani\u00e8re des stup\u00e9fiants ; comme eux il cr\u00e9e un certain \u00e9tat de besoin et peut pousser l&rsquo;homme a\u0300 de terribles r\u00e9voltes.<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb Pr\u00e9sent\u00e9 par Breton comme un \u00ab\u00a0<em>vice nouveau<\/em>\u00a0\u00bb, voici que ce surr\u00e9alisme qui an\u00e9antit la vie de Malkine d\u00e9pourvue de \u00ab\u00a0vie morale\u00a0\u00bb \u00e0 cause d&rsquo;un quotidien submerg\u00e9 par le travail &#8211;\u00a0 \u00ab\u00a015h de travail par jour [..] ce que \u00e7a peut m&rsquo;abrutir\u00a0\u00bb dit-il<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a> &#8211; inspire \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des obligations et de la hi\u00e9rarchie professionnelles un geste de r\u00e9volte qui s&rsquo;exprime par la rencontre incongrue &#8211; \u00ab\u00a0la semelle et le brochet\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Malkine en ces ann\u00e9es 1924-1925 semble vouloir -peut-\u00eatre un peu na\u00efvement &#8211; incarner litt\u00e9ralement le surr\u00e9alisme dont fait \u00e9tat le manifeste de 1924. Dans les lettres \u00e0 Desnos ne pouvait donc manquer un long r\u00e9cit de r\u00eave. Dans ce r\u00eave plut\u00f4t sombre, Malkine se retrouve prisonnier dans un couloir labyrinthique aux murs encombr\u00e9s de valises. Ces murs d\u00e9filent et des personnes inconnues d\u00e9passent le peintre sans mot dire. L&rsquo;impression est que tout bouge autour du r\u00eaveur, sauf lui-m\u00eame. Il interagit seulement vers la fin du r\u00eave avec un \u00ab\u00a0jeune homme blond p\u00e2le\u00a0\u00bb au visage \u00ab\u00a0dissym\u00e9trique\u00a0\u00bb qui porte \u00e9pingl\u00e9e sur son \u00e9paule la carte de visite de Picasso. Alors, remarquant \u00ab\u00a0que ses omoplates \u00e9taient des seins de femme\u00a0\u00bb, il le frappe d&rsquo;un \u00ab\u00a0grand coup de toutes [ses] forces\u00a0\u00bb. Le r\u00eave se termine quand Malkine, sortant d&rsquo;un cabinet de toilette, entre dans le hall de la gare Saint-Lazare. La lettre o\u00f9 figure ce r\u00eave est introduite par \u00ab Mon cher Robert &#8211; avant de retourner \u00e0 Paris\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. Si le r\u00e9cit semble donc cristalliser des \u00e9l\u00e9ments de la vie imm\u00e9diate, son voyage pr\u00e9vu \u00e0 Paris &#8211; le couloir figure celui du wagon de train -, mais pourrait finalement symboliser des soucis plus profonds qui concernent son activit\u00e9 de peintre. Le contenu manifeste du r\u00eave, l&rsquo;immobilisme de Malkine, sa violence contre la figure de Picasso, ne sont-ils pas les indices d&rsquo;une pens\u00e9e latente qui exprime une pr\u00e9occupation face \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 et au d\u00e9sir de se faire une place en tant qu&rsquo;artiste\u00a0? \u00a0Il se voit coinc\u00e9 dans une impasse o\u00f9 les autres le laissent sur place.<\/p>\n<p><strong>Malkine, les surr\u00e9alistes et la peinture<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>Dans les lettres \u00e0 Desnos rares sont les dessins. On trouve quelques signes, quelques croquis en marge, par moments une figure accompagnant un mot et, bien s\u00fbr, l&rsquo;\u00e9toile, embl\u00e8me mythique de son ami. Pourtant l&rsquo;activit\u00e9 de peintre dont parle souvent Malkine dans ses lettres, prouve qu&rsquo;elle demeure le moyen privil\u00e9gi\u00e9 par lequel il participe \u00e0 l&rsquo;aventure du groupe surr\u00e9aliste. Mais, plus que l&rsquo;\u00e9criture, elle semble aussi l&rsquo;exposer \u00e0 des difficult\u00e9s. D&rsquo;autant plus qu&rsquo;en 1925-1926 la question de la peinture surr\u00e9aliste ou du \u00ab\u00a0surr\u00e9alisme et la peinture\u00a0\u00bb, selon le titre des textes de Breton parus dans la <em>R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, sont sujets \u00e0 dissensions et r\u00e9flexion dans le groupe. Max Morise avait lanc\u00e9 le d\u00e9bat dans le premier num\u00e9ro de la revue <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> en d\u00e9cembre 1924 en\u00a0d\u00e9clarant : \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui nous ne pouvons imaginer ce que serait une plastique surr\u00e9aliste qu&rsquo;en consid\u00e9rant certains rapprochements d&rsquo;apparence fortuite mais que nous supposons dus \u00e0 la toute-puissance d&rsquo;une loi intellectuelle sup\u00e9rieure, la loi m\u00eame du surr\u00e9alisme.<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0\u00bb Pierre Naville n&rsquo;avait pas attendu pour r\u00e9pliquer\u00a0: \u00ab\u00a0Plus personne n&rsquo;ignore qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de peinture surr\u00e9aliste.<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>\u00a0\u00bb Andr\u00e9 Breton avait alors r\u00e9dig\u00e9 une s\u00e9rie d&rsquo;articles entre juillet 1925 et juin 1926, puis en octobre 1927, afin de surmonter les contradictions entre l&rsquo;automatisme et la ma\u00eetrise du pinceau, \u00a0entre le temps plus ou moins long n\u00e9cessaire \u00e0 la technique et le jaillissement instantan\u00e9, entre la manifestation d&rsquo;un r\u00eave surgi de l&rsquo;inconscient et sa traduction mat\u00e9rielle par une activit\u00e9 consciente<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. Mais cela n&rsquo;existe-il pas d\u00e9j\u00e0 par le <em>medium<\/em> du langage\u00a0? Breton en effet esquive l&rsquo;apparente aporie en proclamant que, comme il n&rsquo;est pas question de <em>litt\u00e9rature<\/em> dans le surr\u00e9alisme, il n&rsquo;est pas non plus question de <em>peinture<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>On a dit qu&rsquo;il ne saurait y avoir de peinture surr\u00e9aliste. Peinture, litt\u00e9rature, qu&rsquo;est-ce l\u00e0, \u00f4 Picasso, vous qui avez port\u00e9 \u00e0 son supr\u00eame degr\u00e9 l&rsquo;esprit, non plus de contradiction, mais d&rsquo;\u00e9vasion ! Vous avez laiss\u00e9 pendre de chacun de vos tableaux une \u00e9chelle de corde, voire une \u00e9chelle faite avec les draps de votre lit, et il est probable que, vous comme nous, nous ne cherchons qu&rsquo;\u00e0 descendre, \u00e0 monter de notre sommeil. Et ils viennent nous parler de la peinture, ils viennent nous faire souvenir de cet exp\u00e9dient lamentable qu&rsquo;est la peinture<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a> !<\/p><\/blockquote>\n<p>Comme on peut le lire dans ces lignes, Breton c\u00e9l\u00e8bre avec emphase le peintre catalan, que son ind\u00e9pendance amenait \u00e0 fuir toute affiliation \u00e0 un groupe, par une tentative de s\u00e9duction. Dans le <em>Manifeste<\/em>, il ne demeure pas dans le ch\u00e2teau imaginaire de Breton, mais \u00ab\u00a0chasse dans les environs\u00a0\u00bb. Or, l&rsquo;attention enthousiaste dans l&rsquo;\u00e9crit de Breton pourrait expliquer la pr\u00e9sence de Picasso dans le r\u00eave de Malkine. Sa r\u00e9action, le \u00ab\u00a0grand coup\u00a0\u00bb au jeune homme affichant la carte de visite de Picasso, ne serait alors que le d\u00e9sir de se frayer un chemin parmi les peintres que Breton tente de f\u00e9d\u00e9rer autour du surr\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Pourtant, Breton avait confi\u00e9 \u00e0 Malkine, probablement d\u00e9j\u00e0 en 1924, la composition du logo de la <em>R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> qu&rsquo;on retrouve sur l&rsquo;en t\u00eate des lettres.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1075\" aria-describedby=\"caption-attachment-1075\" style=\"width: 577px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/En-tete-des-lettres-de-La-Revolution-surrealiste.png\" alt=\"\" width=\"577\" height=\"270\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1075\" class=\"wp-caption-text\">En t\u00eate des lettres de La R\u00e9volution surr\u00e9aliste, image Atelier Andr\u00e9 Breton.<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;\u00e9claboussure rouge sur laquelle se d\u00e9tache un cygne noir et une enclume blanche d&rsquo;o\u00f9 se penche un crabe, est inspir\u00e9e par un passage du\u00a0VI\u00e8me chant des <em>Chants de Maldoror<\/em> qui \u00e9voque un cygne \u00ab\u00a0compl\u00e8tement noir\u00a0[&#8230;] supportant une enclume, surmont\u00e9e du cadavre en putr\u00e9faction d&rsquo;un crabe tourteau\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Malkine est donc investi d&rsquo;une fonction importante qui lui donne une position consid\u00e9rable au sein du groupe gr\u00e2ce \u00e0 la place laiss\u00e9e vacante par Picabia, apr\u00e8s la disparition de la revue <em>Litt\u00e9rature <\/em>dont il avait dessin\u00e9 les couvertures de la nouvelle s\u00e9rie. Par ailleurs, il est le seul peintre selon le <em>Manifeste <\/em>\u00a0de 1924 \u00e0 avoir fait preuve de \u00ab\u00a0surr\u00e9alisme <em>absolu<\/em>\u00a0\u00bb. Mais loin de Paris en 1925, fatigu\u00e9 par sa vie professionnelle et peut-\u00eatre aussi d\u00e9courag\u00e9 par le d\u00e9bat sur l&rsquo;existence d&rsquo;une peinture surr\u00e9aliste, Malkine semble se chercher dans son art et s&rsquo;\u00e9puise \u00e0 lui donner une direction. Entre temps, Andr\u00e9 Masson, en revanche, occupe une place de plus en plus forte au sein du mouvement et aux yeux de Breton. Ses \u0153uvres ne cessent d&rsquo;illustrer <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> depuis le premier num\u00e9ro.\u00a0 Le 16 ao\u00fbt 1925 Breton parle de lui \u00a0\u00e0 Doucet en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0c&rsquo;est un homme de grand caract\u00e8re et, pour tout dire, une conscience comme l&rsquo;art pictural de ces derni\u00e8res ann\u00e9es n&rsquo;en r\u00e9v\u00e8le pas une.<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>\u00bb Avant de conna\u00eetre Masson \u00a0et de se lier \u00e0 lui, Malkine, qui demeure par ailleurs critique envers les premiers num\u00e9ros de la revue, \u00e9crit en mars 1925 \u00e0 Desnos\u00a0: \u00ab\u00a0je me m\u00e9fierais de Masson. Si c&rsquo;\u00e9tait tout autre que toi qui me parlait de lui. Je d\u00e9sire trop conna\u00eetre des \u00ab\u00a0gens nouveaux\u00a0\u00bb pour ne pas craindre de conna\u00eetre de \u00ab\u00a0nouvelles gens\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Et dans la m\u00eame p\u00e9riode, il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire laconiquement ni \u00e0 souligner son refus \u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<u>Je ne veux pas<\/u> parler de Breton\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>, alors que pour les collages de Max Ernst il se dit enthousiaste\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9patant, les gravures [de] Ernst\u00a0; je n&rsquo;avais rien vu de lui d&rsquo;aussi \u00e9tendu.<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>\u00bb Sans tomber forcement dans une quelconque rivalit\u00e9, Masson et Malkine interpr\u00e8tent n\u00e9anmoins deux tendances de la peinture, voire du surr\u00e9alisme lui-m\u00eame, comme le sugg\u00e8re Desnos dans son enqu\u00eate \u00ab\u00a0Dada-Surr\u00e9alisme. 1927\u00a0\u00bb command\u00e9e par Jacques Doucet. Dans la partie \u00ab\u00a0Surr\u00e9alisme 1924-1927\u00a0\u00bb et sous le titre \u00ab\u00a0Les diff\u00e9rentes tendances de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, annot\u00e9 de mani\u00e8re sch\u00e9matique, on peut lire\u00a0: \u00ab\u00a0Le r\u00f4le d&rsquo;Andr\u00e9 Masson\u00a0; L&rsquo;importance croissante de la peinture de Georges Malkine\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>. On pourrait se demander si cette \u00ab\u00a0importance croissante\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tait pas destin\u00e9e \u00e0 faire de l&rsquo;ombre au \u00ab\u00a0r\u00f4le\u00a0\u00bb de Masson. Leurs approches de la pratique picturale, sur la forme comme sur le fond, sont par ailleurs tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Masson \u00e9labore l&rsquo;h\u00e9ritage cubiste pour imprimer du dynamisme aux objets int\u00e9grant un vague souvenir futuriste, et se livre en m\u00eame temps au dessin automatique appliquant pleinement le pr\u00e9cepte de la dict\u00e9e de la pens\u00e9e. Malkine adopte en revanche un lyrisme des formes dans une atmosph\u00e8re suspendue, proche par moments de Mir\u00f3, et compose des images o\u00f9 l&rsquo;association des objets se rattache au principe du d\u00e9paysement et du merveilleux comme le collage chez Max Ernst. Il suffit de regarder les pages de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> o\u00f9 les illustrations de Malkine et de Masson se c\u00f4toient.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1079\" aria-describedby=\"caption-attachment-1079\" style=\"width: 191px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/La-Revolution-surrealiste-n\u00b0-7-juin-1926-p.-23.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/La-Revolution-surrealiste-n\u00b0-7-juin-1926-p.-23-191x300.jpg\" alt=\"La R\u00e9volution surr\u00e9aliste, n\u00b0 7, juin 1926, p. 23.\" width=\"191\" height=\"300\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1079\" class=\"wp-caption-text\">La R\u00e9volution surr\u00e9aliste, n\u00b0 7, juin 1926, p. 23.<\/figcaption><\/figure>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"642\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<figure id=\"attachment_1080\" aria-describedby=\"caption-attachment-1080\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/La-Revolution-surrealiste-n\u00b0-11-mars-1928-p-17.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/La-Revolution-surrealiste-n\u00b0-11-mars-1928-p-17-300x297.png\" alt=\"La R\u00e9volution surr\u00e9aliste, n\u00b0 11, mars 1928, p. 17\" width=\"300\" height=\"297\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1080\" class=\"wp-caption-text\">La R\u00e9volution surr\u00e9aliste, n\u00b0 11, mars 1928, p. 17.<\/figcaption><\/figure>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"321\"><\/td>\n<td width=\"321\">\n<figure id=\"attachment_1082\" aria-describedby=\"caption-attachment-1082\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/La-Revolution-surrealiste-n\u00b0-11-mars-1928-p.-23.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/La-Revolution-surrealiste-n\u00b0-11-mars-1928-p.-23-260x300.png\" alt=\"La R\u00e9volution surr\u00e9aliste, n\u00b0 11, mars 1928, p. 23\" width=\"260\" height=\"300\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1082\" class=\"wp-caption-text\">La R\u00e9volution surr\u00e9aliste, n\u00b0 11, mars 1928, p. 23<\/figcaption><\/figure><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"642\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aux moments des retrouvailles avec Andr\u00e9 Breton, Simone, Janine Kahn et Max Morise sur la c\u00f4te d&rsquo;Azur, en ao\u00fbt-septembre 1925, \u00a0Malkine fait finalement connaissance de Masson. Avant que son ami Desnos les rejoigne, il lui \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je t&rsquo;attends \u00e9norm\u00e9ment. Encore 15 jours maintenant. [&#8230;] Je suis tr\u00e8s content de conna\u00eetre Masson, cela me rend un peu de cet espoir qui fondait si vite \u00e0 Paris, aupr\u00e8s de tous les petits cons. Encore Breton le trouve-t-il aplati, peut-\u00eatre par son s\u00e9jour ici.<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>\u00bb C&rsquo;est \u00e0 partir de ce moment que Makine reprend \u00a0confiance dans son m\u00e9tier et retrouve en effet l&rsquo;inspiration et l&rsquo;\u00ab\u00a0espoir\u00a0\u00bb. Entre lui et les membres du groupe se cr\u00e9e ainsi une toile tiss\u00e9e par un fi\u00e9vreux \u00e9change de dessins et tableaux. Malkine envoie des \u0153uvres \u00e0 Masson, Fraenkel, Morise et Breton. Il en re\u00e7oit de Masson et m\u00eame de Picabia. Voici, dans une lettre de l&rsquo;automne 1925 les traces de ces liens amicaux b\u00e2tis par des dons et contre-dons,\u00a0dont font partie aussi les d\u00e9dicaces comme celle de Breton \u00e0 Malkine de la \u00ab\u00a0Lettre aux voyantes\u00a0\u00bb publi\u00e9e dans la <em>R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> en octobre :<\/p>\n<blockquote><p>As-tu bien retrouv\u00e9 le dessin que je t&rsquo;ai dit pour <u>Masson<\/u>. Il faut absolument qu&rsquo;il l&rsquo;ait. Je t&rsquo;envoie le tien mais je ne sais pas encore comment \u00e0 cause du format. Puisque Fraenkel en a d\u00e9j\u00e0 pris un, je te donne celui que je me proposais de lui envoyer\u00a0; c&rsquo;est un grand que j&rsquo;aime assez tu verras. Peut-\u00eatre j&rsquo;en ferai encore<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans une autre lettre d&rsquo;octobre de la m\u00eame ann\u00e9e,\u00a0Malkine \u00e9crit : \u00ab\u00a0Masson a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s gentil et m&rsquo;a donn\u00e9 deux beaux dessins. Un \u00e9rotique et ces esp\u00e8ces de sarcophages debout dans un d\u00e9sert avec des sortes de corps humains dedans\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>. Cet enthousiasme ne dissipe pas les incertitudes comme le r\u00e9v\u00e8le cette m\u00eame lettre o\u00f9 il d\u00e9plore de ne pas avoir la \u00ab\u00a0s\u00fbret\u00e9 de mouvement\u00a0\u00bb pour tracer des nouveaux dessins. Par ailleurs, \u00e0 peine Desnos \u00e9tait-il rentr\u00e9 \u00e0 Paris depuis les vacances dans le sud avec Malkine et les autres membres du groupe, que le peintre lui avait adress\u00e9 une lettre concernant encore des dispositions \u00e0 prendre quant \u00e0 la distribution de ses dessins, qui se terminait ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois finalement qu&rsquo;Andr\u00e9 Breton aura emport\u00e9 une opinion trop mauvaise de moi. Et il ne s&rsquo;agit pas ici de <u>statistique<\/u>\u00a0!\u00a0\u00bb Pourtant, malgr\u00e9 ses doutes, \u00e0 partir de cette p\u00e9riode Malkine s&rsquo;affirme davantage dans le mouvement en tant que peintre et dessinateur &#8211; et dans sa personnalit\u00e9, aussi. En septembre 1925, Breton \u00e9crit \u00e0 \u00c9luard\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois que nous pouvons beaucoup compter sur Malkine.<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>\u00a0\u00bb L&rsquo;affirmation du peintre ne fera que se consolider avec son retour d\u00e9finitif \u00e0 Paris en d\u00e9cembre 1925. L&rsquo;ann\u00e9e 1926 est en effet une ann\u00e9e tr\u00e8s prolifique, la plus prolifique peut-\u00eatre\u00a0: une sorte de cons\u00e9cration pour Malkine. Soutenues par Aragon, et bien s\u00fbr par son cher Robert Desnos, ses \u0153uvres sont reproduites dans les num\u00e9ros de juin et de d\u00e9cembre 1926 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> et en janvier 1927 la Galerie surr\u00e9aliste accueille sa premi\u00e8re exposition.\u00a0\u00ab\u00a0Po\u00e8te et peintre passionn\u00e9, Georges Malkine est un grand explorateur de ces pays du r\u00eave \u00e9lus par ses amis surr\u00e9alistes.\u00a0\u00bb \u00c0 deux mois du vernissage de la premi\u00e8re exposition personnelle, ces mots de Robert Desnos dans un portait de l&rsquo;artiste de <em>Paris-Soir<\/em> le 13 novembre 1926, scellent \u00e0 la fois la contribution de Malkine au surr\u00e9alisme en cette ann\u00e9e particuli\u00e8rement fertile et l&rsquo;amiti\u00e9 entre les deux hommes qui d\u00e9m\u00e9nageront dans l&rsquo;hiver entre 1926 et 1927 au mythique 45 de la rue Blomet, dans l&rsquo;atelier laiss\u00e9 libre par Masson.<\/p>\n<p><strong>Robert Desnos et Georges Malkine<\/strong><\/p>\n<p>Je souhaiterais en conclusion m&rsquo;arr\u00eater sur l&rsquo;amiti\u00e9 et les affinit\u00e9s qui traversent cette correspondance.<\/p>\n<p>D\u00e8s la premi\u00e8re lettre on peut constater le lien tr\u00e8s fort et amical entre les deux camarades. Les adresses sont, \u00e0 elles seules, tr\u00e8s \u00e9loquentes\u00a0: \u00ab\u00a0mon cher Robert\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Bob\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mon vieux\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors le tutoiement est oblig\u00e9. Malgr\u00e9 le peu de temps que le travail laisse \u00e0 Malkine, celui-ci ne peut pas s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 son ami\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Mon cher Robert, t&rsquo;es le seul homme avec lequel il me plaise de correspondre, et le seul &#8211; \u00e0 des si rares exceptions pr\u00e8s -, \u00e0 qui j&rsquo;\u00e9crive. J&rsquo;\u00e9cris et j&rsquo;\u00e9crirai de moins en moins, sans doute. Lettres ou autre chose. C&rsquo;est tellement s&rsquo;arr\u00eater, tout de m\u00eame<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;\u00e9criture \u00e9pistolaire fait bien figure de lien vital sans lequel on risque de \u00ab\u00a0s&rsquo;arr\u00eater\u00a0\u00bb, comme il dit. La correspondance avec Desnos lui permet aussi de garder le cordon qui le relie \u00e0 la capitale et aux activit\u00e9s du surr\u00e9alisme.\u00a0Mais dans ce rapport d&rsquo;exclusivit\u00e9, Malkine met toute sa confiance en Desnos tel celui qui voit avec les yeux d&rsquo;autrui, guid\u00e9 par lui. On l&rsquo;a vu dans le cas de Masson, il se m\u00e9fierait de ce dernier si son ami n&rsquo;\u00e9tait pas de l&rsquo;avis contraire. \u00ab\u00a0Toi, tu es celui dont je ne me demande jamais si etc.<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>\u00a0\u00bb \u00e9crit \u00e0 nouveau Malkine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les plus beaux yeux du monde ont connu nos pens\u00e9es\u00a0\u00bb \u00e9crit Desnos dans <em>The Night of loveless nights<\/em>. Son po\u00e8me, illustr\u00e9 par Malkine, publi\u00e9 en 1930 a rendu c\u00e9l\u00e8bre la collaboration entre les deux artistes. Ce vers, reproduit dans la marge inf\u00e9rieure d&rsquo;une gouache qui reprend le sujet d&rsquo;une des illustrations de la plaquette, l&rsquo;\u0153il final, formule cette heureuse union entre les deux amis. Leur collaboration pour ce long po\u00e8me appara\u00eet aujourd&rsquo;hui comme une sorte de chant du cygne car c&rsquo;est \u00e0 partir de 1930 que la relation entre les deux hommes se d\u00e9grade pour s&rsquo;achever ensuite en raison de l&rsquo;inimiti\u00e9 entre l&rsquo;\u00e9pouse de Malkine, Yvette B\u00e9atrice Ledoux, et Desnos. Une lettre poignante, la derni\u00e8re en date de l&rsquo;ensemble conserv\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que Litt\u00e9raire Jacques Doucet, le constate\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis plus un homme seul &#8211; Robert, et ce que je veux dire par l\u00e0 c&rsquo;est que je vis pour ma femme\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>.<\/p>\n<p>Si <em>The Night of loveless nights<\/em> cristallise, on ne peut mieux, la complicit\u00e9 et l&rsquo;harmonie entre les deux amis, les lettres de Malkine nous r\u00e9servent d&rsquo;autres t\u00e9moignages. Une lettre de 1924 reporte en <em>post scriptum<\/em>, ce que Malkine d\u00e9finit comme son \u00ab\u00a0dernier \u00e9crit\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0DEMAIN ON \/ RASE GRATIS\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>. Distique qui ne va pas sans rappeler les clausules lapidaires des po\u00e8mes de <em>Prospectus<\/em> de Robert Desnos inspir\u00e9es par les affiches des commerces et des publicit\u00e9s. Cette passion pour la formule br\u00e8ve et humoristique avait peut-\u00eatre amen\u00e9 Desnos \u00e0 solliciter Malkine d\u00e8s 1925 pour le bandeau de <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;Amour\u00a0!<\/em>.Voici la r\u00e9ponse de Malkine\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Pour <u>La libert\u00e9 et l&rsquo;amour\u00a0!<\/u>\u00a0 tu sais que je serais heureux de faire les bandeaux. Mais quel genre\u00a0? Guide-moi tout de m\u00eame de quelques mots. Je te ferai autant de bandeaux que tu voudras. Autant de bandeaux diff\u00e9rents que de pages si tu veux, mais cela reviendrait peut-\u00eatre cher\u00a0? [&#8230;] Envoie-moi les tuyaux pour les bandeaux et d\u00e8s que tu pourras, un extrait du livre<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Malheureusement, \u00e0 ma connaissance, il n&rsquo;y a pas trace de ce ou de ces \u00e9preuves de bandeau. Malkine \u00e9crira en revanche le pri\u00e8re d&rsquo;ins\u00e9rer de <em>C&rsquo;est les bottes de 7 lieues cette phrase\u00a0<\/em>: <em>\u00ab\u00a0je me vois\u00a0\u00bb<\/em> de 1926 dont on trouve dans les lettres un manuscrit accompagn\u00e9 d&rsquo;une version de Desnos lui-m\u00eame\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Le tour du jour en quatre-vingt mondes<\/p>\n<p>Les dangers liants<\/p>\n<p>La nuit d&rsquo;un \u00e9t\u00e9 de songes<\/p>\n<p>Les si\u00e8cles de la l\u00e9gende<\/p>\n<p>Le boudoir dans la philosophie<\/p>\n<p>Vingt mille mers sous les bottes de sept lieues<\/p>\n<p>Des beaux-arts consid\u00e9r\u00e9s comme un assassinat<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce livre est de Robert Desnos<\/p>\n<blockquote><p>Georges Malkine<\/p>\n<p>Les profondeurs de l&rsquo;amour\u00a0!<\/p>\n<p>Et si jamais le soleil se couche car il n&rsquo;est jamais couch\u00e9, aurore bor\u00e9ale, il se prolongera<\/p>\n<p>Sur l&rsquo;univers d&rsquo;Andr\u00e9 Masson<\/p>\n<p>Robert Desnos<\/p><\/blockquote>\n<p>Cet ajout de Desnos dispara\u00eet finalement du bandeau au profit de Malkine, sans doute parce que la pr\u00e9sence du nom de Masson, qui illustre le recueil, pourrait raviver une blessure d&rsquo;amour-propre chez son ami.<\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 la r\u00e9ponse \u00ab\u00a0surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb de Malkine au directeur de la Compagnie G\u00e9n\u00e9rale des P\u00e9troles\u00a0rapport\u00e9e quelques jours avant la lettre sur le bandeau de <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;Amour\u00a0!<\/em>. Dans cette missive, il demande \u00e0 Desnos de pouvoir en lire quelques extraits. Au chapitre \u00ab\u00a0R\u00e9v\u00e9lation du monde\u00a0\u00bb\u00a0de ce r\u00e9cit, on lit : \u00ab\u00a0Corsaire Sanglot n&rsquo;eut pas besoin de suivre son chemin pour que les all\u00e9es de cypr\u00e8s du songe solitaire connussent les semelles de son imagination.\u00a0\u00bb Doit-on voir dans la r\u00e9ponse de Malkine la r\u00e9surgence de ces audacieuses \u00ab\u00a0semelles de l&rsquo;imagination\u00a0\u00bb\u00a0? Voil\u00e0 qui n&rsquo;aurait pas manqu\u00e9 d&rsquo;alerter les gardiens de l&rsquo;ordre public et les censeurs et de l&rsquo;\u00e9poque qui s&rsquo;inqui\u00e9t\u00e8rent tant de <em>La Libert\u00e9 ou l&rsquo;Amour\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Damiano de Pieri<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voici les cotes du catalogue dans le fonds Roberts Desnos de la Biblioth\u00e8que Litt\u00e9raire Jacques Doucet, d\u00e9sormais BLJD\u00a0: DSN C 1588 &#8211; DSN C 1616\u00a0; DSN C 1618 &#8211; DSN C 1632\u00a0; DSN C 1634 &#8211; DSN C 1661\u00a0; DSN C 2393 &#8211; DSN C 2395.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Pour une biographie synth\u00e9tique sur le peintre je renvoie \u00e0 <em>Georges Malkine, le vagabond du surr\u00e9alisme<\/em>, par B\u00e9atrice Riottot El-Habib et Vincent Gille catalogue de l&rsquo;exposition au Pavillon des Arts de Paris, 28 avril-29 ao\u00fbt 1999, Paris, Paris-Mus\u00e9e, 1999.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0Veux-tu te charger de demander \u00e0 Breton, pour moi, un <em>Les pas perdus<\/em>\u00a0? Je serais tr\u00e8s content. J&rsquo;aurais la voiture plus t\u00f4t que je ne le pensais. Peut-\u00eatre l&rsquo;Amilcar <u>Grand Sport<\/u>. Tr\u00e8s important. (140 \u00e0 l&rsquo;heure)\u00a0\u00bb, BLJD, DSN C 1591.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Lettre sans date, fin octobre d\u00e9but novembre 1924, BLJD, DSN C 1594.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir les lettres d&rsquo;Aragon \u00e0 Breton du 14 ao\u00fbt 1924 et du 29 septembre 1924, <em>Lettres \u00e0 Andr\u00e9 Breton. 1918-1931<\/em><em>, \u00e9dition \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Lionel Follet, Paris, Gallimard, \u00ab\u00a0Nrf\u00a0\u00bb, 2011.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9toile au front\u00a0\u00bb, <em>391<\/em>, n\u00b0 17, juin 1924, s.p.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Lettre depuis Cannes dat\u00e9e \u00ab\u00a029 d\u00e9c. 1924\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Justement, mon vieux, je ne t&rsquo;\u00e9crivais. <u>Je ne saurais assez te remercier de me mettre aussi au courant, comme je le d\u00e9sire beaucoup.<\/u>\u00a0\u00bb BLJD, DSN C 1596.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> En effet, c&rsquo;est l&rsquo;orthographe sur la couverture du n\u00b0 1 de la <em>R.S.<\/em>. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur le nom est \u00e9crit correctement.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Lettre envoy\u00e9e depuis Cannes dat\u00e9e 29 d\u00e9c. 1924, DSN C 1596.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Lettre sans date, DSN C 1609, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>, in <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. I, \u00e9d. M. Bonnet, Paris, Gallimard, \u00ab Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade \u00bb, 1988, pp. 320-321.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Ibidem<\/em>, p. 337.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Cannes le 16 f\u00e9vrier 1925, DSN C 1602, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> 20 mars 1925, DSN C 1605, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> \u00ab\u00a0La Muse exigeante. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne d\u00e9esse du r\u00eave et de la mort\u00a0\u00bb, Paris-Soir, 13 avril 1926, pp. 1-2- Plus tard, Robert Desnos, apr\u00e8s le les tourments v\u00e9cus avec Yvonne George morte de tuberculose \u00e9puis\u00e9e par l&rsquo;opium, d\u00e9noncera les effets tragiques de la drogue sur les individus dans son roman <em>Le Vin est tir\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab\u00a0Nrf\u00a0\u00bb, 1943.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00ab\u00a0Discours de l&rsquo;imagination\u00a0\u00bb, <em>Le Paysan de Paris<\/em>, in <em>\u0152uvres po\u00e9tiques compl\u00e8tes<\/em>, \u00e9d. Olivier Barbarant, Paris, Gallimard, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade \u00bb, 2007, p. 190. Dans <em>Trait\u00e9 du style<\/em> Aragon condamne totalement le recours \u00e0 la drogue\u00a0: \u00ab\u00a0Il n&rsquo;est pas lyrique de se droguer. C&rsquo;est tout simplement lamentable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>, in <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. I, op. cit, p. 337.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Lettre depuis Cannes, sans date, d\u00e9but 1925, DSN C 1601, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Lettre sans date de juin-juillet 1925, DSN C 1598, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> \u00ab\u00a0Les Beaux-arts. Les yeux enchant\u00e9s\u00a0\u00bb, <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, n\u00b0 1, d\u00e9cembre 1924, p. 27.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> \u00ab\u00a0Beaux-arts\u00a0\u00bb, <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, n\u00b0 3, avril 1925, p. 27.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> \u00ab\u00a0Le surr\u00e9alisme et la peinture\u00a0\u00bb parut dans le\u00a0n\u00b0 4, juillet 1925, n\u00b0 6, mars 1926, n\u00b0 7 juin 1926 et n\u00b0 9-10, octobre 1927 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> \u00ab\u00a0Le surr\u00e9alisme et la peinture\u00a0\u00bb, <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, n\u00b0 4, juillet 1925, p. 29.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> L&rsquo;\u00e9claboussure est peut-\u00eatre un hommage \u00e0 \u00ab\u00a0La Sainte Vierge\u00a0\u00bb de Picabia qui illustrait en juin 1920 la couverture du num\u00e9ro 12 de sa revue <em>391<\/em>, o\u00f9 les coulures noires bafouaient avec ironie la pr\u00e9somption d&rsquo;une Marie immacul\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Andr\u00e9 Breton, <em>Lettres \u00e0 Jacques Doucet<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9es et \u00e9dit\u00e9es par \u00c9tienne-Alain Hubert, Paris, Gallimard, \u00ab\u00a0NRF\u00a0\u00bb, 2016, p. 239.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Lettre sans date, DSN C 1609, BLJD. Cette lettre \u00e9voque l&rsquo;affaire de Kiki de Montparnasse arr\u00eat\u00e9e \u00e0 Villefranche et emprisonn\u00e9e \u00e0 Nice apr\u00e8s avoir insult\u00e9 le patron d&rsquo;un bar et un policier qui l&rsquo;avaient prise pour une prostitu\u00e9e. Cela nous permet de placer l&rsquo;\u00e9change en mars 1925.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Lettre dat\u00e9e simplement \u00ab\u00a0Nice samedi\u00a0\u00bb, DSN C 1600, BLJD. La lettre date vraisemblablement de fin mars 1925 car elle \u00e9voque une annonce de Desnos dans le magazine <em>Paris-Flirt<\/em> qui para\u00eetra en avril 1925.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Lettre sans date, DSN C 1597, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> <em>Dada-surr\u00e9alisme<\/em>, in <em>Nouvelles H\u00e9brides et autres textes<\/em>, \u00e9dition \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Marie-Claire Dumas, Paris, Gallimard, \u00ab\u00a0Nrf\u00a0\u00bb, 1978, p. 290.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Lettre dat\u00e9e 16 ao\u00fbt 1925, DSN C 1615, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Lettre sans date, DSN C 1643, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Lettre dat\u00e9e \u00ab\u00a0Nice 6 oct. 25\u00a0\u00bb, DSN C 1620, <em>BLJD<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> Lettre dat\u00e9e \u00ab\u00a0Thorenc, sept. 1925\u00a0\u00bb, in Andr\u00e9 Breton, Paul \u00c9luard<em>, Correspondance. 1918-1938<\/em>, op. cit., p. 137.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> Lettre sans date, DSN C 1600, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> Ibidem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Lettre sans date, cachet\u00e9e le 3 novembre 1932, DSN C 2394, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Lettre sans date, DSN C 1597, BLJD.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> Lettre dat\u00e9e \u00ab\u00a0Nice 1925\u00a0\u00bb, DSN C 1608, BLJD.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Georges Malkine, Nuit d&rsquo;Amour, 1926, coll. part., reproduit dans La R\u00e9volution Surr\u00e9aliste, n\u00b07, juin 1926 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le titre de cette contribution est pr\u00e9somptueux car les lettres que j&rsquo;ai pu consulter ne constituent pas une v\u00e9ritable correspondance. En effet, malheureusement, nous n&rsquo;avons pas aujourd&rsquo;hui les lettres de Robert Desnos, si ce n&rsquo;est une carte postale et &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/?p=1058\"> <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0La semelle et le brochet\u00a0\u00bb Autour de la correspondance de Georges Malkine et Robert Desnos<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-1058","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-et-communications"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1058","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1058"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1058\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1083,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1058\/revisions\/1083"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1058"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1058"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.archives-desnos.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1058"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}